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    Gare à l'eau qui dort n° 31 

     

     

     

    Gare à l'eau qui dort n° 31 - Surprenantes révélations de Dorian

    REVELATIONS FRACASSANTES  DE DORIAN

     

    Mozart - Lacimosa

    "Mme la Baronne, j'ai devant moi un de vos amis qui demande à vous voir en urgence, un monsieur Dorian... mais il a l'air sérieusement amoché, Madame ! Que dois-je faire ?"

    "Faites le entrer de suite dans mon bureau, Ophélie et soyez gentille, ne m'appelez plus jamais Mme la Baronne, mais Mme de Montabert ou tout simplement "Madame" ! D'accord ?"

    "A vos ordres, Madame.... Je fais entrer Monsieur Dorian...." (Episode précédent - cliquez sur la phrase)

     

    "Entrez !" cria Louise.

    Ophélie ouvrit la porte en annonçant doucement :

    "Monsieur Dorian, Madame"

    Puis elle s'effaça et laissa passer un homme qui dissimulait son visage sous la large visière de sa casquette. Il traversa le salon d'une démarche lourde et incertaine et vint se planter derrière le bureau, devant Louise estomaquée qui ne le reconnaissait pas... Il salua l'inconnu à sa gauche qui se leva et lui présenta le fauteuil libre en l'aidant à s'asseoir.... 

    Encore affaibli par toutes ses mésaventures précédentes et son agression d'une brutalité inouïe, Dorian se lassa choir dans le fauteuil de cuir confortable et leva le visage en observant Louise...

    Louise sursauta violement d'un air effaré. Elle le dévisagea, les yeux écarquillés, la bouche ouverte sur un cri refoulé.... Elle en perdit les mots....Ses jambes se dérobaient sous elle. Elle se mit à trembler de peur.... Des larmes coulèrent sur ses joues livides.... Elle semblait souffrir intensément pour lui.... 

    "Dorian ? C'est bien toi ? Tu peux nous expliquer ?" articulait elle avec difficulté d'une voix blanche, clouée sur son siège...

    Il essaya de sourire pour la rassurer, mais une douleur violente lui cisailla les lèvres éclatées.

    "Oui, c'est bien moi, Louise... Disons que j'ai un faible pour la compagnie des types louches.... non, malheureusement pas celle du bienheureux Pier Giorgio Frassati, dommage... mais celle, beaucoup plus crasse, des loubards et des tabasseurs.... 

    "Un Privé se fait souvent beaucoup d'ennemis peu recommandables... tu sais ! Mais ne t'inquiète pas, je survivrai, comme d'habitude !"

    La voix de Dorian était sourde et rauque, tant son nez était enflé, et ses parole chuintaient entre les lèvres tuméfiées.... Il fallait lui prêter une attention particulière pour bien le comprendre.... 

    La vision du visage boursoufflé de Dorian, zébré de cicatrices recousues en forme de fermetures éclairs, et couvert de bleus était difficilement soutenable ! Louise sentit des sueurs glacées lui couler sur le visage et dans le dos... Elle tremblait violemment.... Au bord de la nausée, elle se détourna et évita de le regarder...

    Dorian s'en aperçut et, contrit, s'excusa doucement de sa drôle de voix :

    "Désolé, Louise.... J'espère ne pas avoir trop affecté tes employés.... J'ai fait ce que j'ai pu pour éviter les regards.... Mais il fallait que je vienne de toute urgence...."

    Le visage livide de Louise s'empourpra brusquement : elle s'exhorta au calme, au courage, refoulant nausées et larmes.... Mal à l'aise, elle s'efforça de le regarder timidement avec compassion :

    "Comment te sens-tu, Dorian ? Veux-tu une boisson ?"

    "Comme un homme passé au rouleau compresseur... Dirlo et ses acolytes ont déboulé brutalement dans mon Agence de Détectives Privés, armés de battes de baseball, et ont tout saccagé.... L'Agence aura bien besoin d'une remise à neuf ! Une chance que je sois bien assuré....

    "Ils ont fouillé partout, vidant placards et tiroirs, cherchant les documents sensibles les concernant ainsi que Agathe pour les détruire. J'me marre, car ils ont fait chou blanc sur toute la ligne.... Pas grand chose dans cette Agence qui ne reçoit que les clients.... 

    Je brouille toujours les pistes en dispatchant à plusieurs endroits les dossiers importants, bien planqués dans différents coffres introuvables... 

    Ces merdeux nous ont tabassés, mes deux collègues et moi, de garde dans l'Agence.... heureusement sans présence féminine et clients... Une chance que je n'engage que des mecs.... Nous nous sommes bien défendus, mais face à une dizaine de gars drogués à bloc, nous n'avions aucune chance... Mes deux collègues, plus agressifs que moi,  sont encore à l'Hôpital...  dont un dans un état grave... J'ai réussi à garder mon calme et à me protéger par tous les moyens.... J'ai fait semblant d'être inconscient... J'exigerai désormais que mes potes soient armés en permanence, même en présence de clients.... et je n'hésiterai pas à tirer dans le tas.... 

    Enfin, ces cons ont été filmés par des pinholes installées un peu partout dans l'Agence.. de minuscules caméras indécelables.... Je les veux tous en taule au plus vite, j'ai mis une bonne partie de l'équipe au boulot.... 

    Heureusement que l'Agence ne comporte que des ordinateurs et quelques dossiers en cours, dont les copies sont planquées ailleurs... Donc, peu de dégâts importants, hormis mes hommes.... Peu de gens connaissent l'emplacement de "La Centrale", située en sous-sol et inviolable... C'est là que se trouve tout le matos coûteux et indispensable ! ...."

    Il haletait, tant il avait du mal à parler.... 

    "Veux bien un café bien serré, Louise, avec une paille... merci !"

    Louise, bouleversée, s'empressa d'appeler Ophélie et de commander le tout.... 

    De sa main gauche encore valide, la droite étant plâtrée, Dorian sortit péniblement une épaisse enveloppe de dessous son sweat... et la posa sur le bureau de Louise....

    Stan essayait de comprendre... Il fit signe à Louise qui sembla se réveiller soudain.

    "Ah, pardon Stan.... Dorian est un ami détective privé qui travaille pour moi....

    "Dorian, Stan est Inspecteur des assurances chargé par mon père de nous coacher..."

    "Qui sont Dirlo et son équipe ?" s'enquit Stan

    "Dirlo est le souteneur de Melle Agathe, la jeune courtisane de mon ... de Damien, Stan..." commença Louise, afin de ménager Dorian...

    "Dirlo fait partie d'un réseau de prostitution enfantine où macs, clients friqués et trafiquants de drogue sèment la terreur..." enchaîna Dorian...."Je me trouve immergé dans une sombre affaire de maltraitances d'enfants... Des enfants en mal de parents aimants et compétents..."

    Il s'arrêta, au bord de l'asphyxie. Louis en profita pour lui proposer son aide financière., ainsi que de lui régler toutes affaires courantes la concernant... 

    "Ton père a eu la bonté de m'envoyer des fonds après ...."l'accident" avec Damien.... "souffla Dorian.... "Laisse toi faire, Louise, et survit comme tu peux avec Lou.... C'est.... vital pour ton père de t'aider.... comprends le ! Il souffre terriblement de toute cette situation.... Il vous aime infiniment, Lou et toi ! D'accord ?

    "Parlons affaire ! J'ai envoyé tous les documents nécessaires aux autorités intéressées, Louise. Pas d'inquiétude ! Tout est en règle ! ..."

    L'arrivée d'Ophélie le coupa dans son élan ! Elle posa son plateau chargé d'un café avec paille et d'un verre d'eau, et quelques douceurs faciles à ingurgiter, sur la table du salon, prit une petite table desserte en verre et la plaça à gauche du fauteuil de Dorian... Puis elle reprit son plateau et l'installa sur la petite table, à la portée de la main gauche de Dorian... 

    "Je me suis permise de rajouter un peu d'eau froide dans votre café bouillant..." lui souffla t-elle, toute compassion et doux sourire.... "Il ne faudrait pas, en plus, vous brûler.... Je pense qu'il est à bonne température..."

    Elle prit le mug rempli d'un café odorant et muni d'une paille, et lui mit dans la main... Dorian inclina la tête en guise de remerciement... 

    Il but avidement, la gorge irritée par le sang coulant encore du nez....  puis essaya d'avaler les mignardises offertes... Stan et Louise le laissèrent se restaurer tranquillement  et reprendre son souffle.... 

    Louise, encore sous le choc, s'apaisa progressivement.... Les larmes coulaient encore sur ses joues... Elle était peu soucieuse de son coûteux maquillage, waterproof et parfaitement résistant.... 

    Rassasié, Dorian se laissa aller contre l'appui rembourré du fauteuil et soupira, exténué... 

    "Comment es-tu venu ?" s'enquit Louise, inquiète

    "Un mouchard m'a véhiculé... avec deux potes.... Ils en profitent pour planquer et surveiller l'entrée de l'immeuble.... Un autre pote, dans le rôle d'un client, planque dans la salle d'attente de ton Agence, Louise.... Il faudra vous y faire ! Je n'ai pas l'intention de vous laisser sans protection.

    D'autres potes te suivront partout comme des ombres, Louise ainsi que Lou et Nany.... J'ai fait poster des mouchards devant ton Domaine... Ton père y tient ... et il a raison...  C'est un homme redoutablement efficace ! "

    Louise blêmit : sa fille Lou ! Lou était en danger.... Son coeur s'affola.... Les coudes sur le bureau, elle appuya son visage entre ses mains, épuisée..... 

    "Ne t'inquiète pas, Louise, tout va bien aller .... Nany est prévenue... Elles partiront en voiture à l'école avec mes hommes et ils reviendront les chercher... Le Domaine est sous surveillance... La police est au courant et bien présente autour de chez toi, refoulant tout journalistes et intrus.... "

    louise bénit intérieurement son père ! Elle avait manqué de jugeotte ! Sa fille Lou ! Elle avait tellement pris l'habitude de la confier complètement à Nany, qu'elle jugeait plus compétente qu'elle en la matière.... Tout de même, quelle écervelée ! Il fallait qu'elle devienne une mère responsable.... C'était elle le chef de famille, désormais ... 

    Stan l'observait avec acuité ! Elle semblait terrifiée et totalement perdue ! Il recommença à douter d'elle ! Sera t-elle capable de gérer toutes les situations posant problèmes ??? 

    "Peut être feriez vous mieux d'envisager la fermeture provisoire de l'Agence, Louise, le temps que toute cette affaire soit réglée... à moins que vous préféreriez la vendre ?" émit doucement Stan, sur le fil du rasoir.... 

    "Comment ?" s'agita soudain Dorian, furieux "Pas question ! Je connais Louise, c'est une acharnée du travail et elle a toujours été très brillante en tout ce qu'elle décide de faire.... Vous perdez la tête, Inspecteur ! l'Agence accumulerait les problèmes si on vous écoutait.... Vous en avez d'autres comme cela à proposer ? Faut vous calmer, vieux ! Vous lèseriez gravement tous les intérêts particuliers en cours, et l'Agence coulera définitivement sans espoir d'être revendue un jour.... Vous travaillez pour un concurrent, ou quoi ? ...."

    "Bien sùr que non, Dorian" s'insurgea Stan avec hauteur.... mortifié par l'agression violente du détective.... "Je m'inquiète simplement des risques énormes que nous faisons courir aux employés et de la bonne marche de l'Agence.... Louise est pris entre de multiples feux à régler d'urgence et aura bien du mal à tout gérer.... C'est bien la première fois de toute ma carrière que je me trouve devant une affaire aussi peu banale... ça demande réflexion.... non ?

    Nous sommes responsables de tous nos collaborateurs, Monsieur le détective, nous ne pouvons pas nous permettre de les laisser aux prises avec ces racailles....... tout comme vous en avez fait les frais, vos collègues et vous " insinua t-il sur un ton sarcastique qui déplut fortement à Louise et à Dorien ...

    Il était blanc de rage, et son regard qui virait au jaune, lui donnait un air terriblement démonial.... Louis frissonna, alarmée... 

    "Il faudrait mettre un service d'ordre auprès de chacun d'eux... Imaginez un peu ! Les dealers et proxénètes sont particulièrement dangereux et encore, nous sommes loin d'imaginer toute leur infirmité côté humanité..... non ?" 

    Assainir et remonter l'Agence demanderont beaucoup d'efforts soutenus et de prudence... môssieur le détective privé.... Et ce ne sont pas de pieuses intentions qui le permettront.... Je puis vous assurer que cette situation burlesque demandera bien au-delà de tout cela..... "

     

    "Tous les renseignements recueillis par la taupe installée dans cette Agence vous éclaireront et baliseront le chemin, Stan...." le coupa brutalement Dorian de sa voix déformée par la douleur et l'effort.... "Soyez sans crainte, Louise assurera et Justine fera des miracles, comme elle en a pris l'habitude en toute humilité. Cette femme est une perle rare sur laquelle Louise pourra s'appuyer.... 

    Cependant, toute Agence d'assurances repose sur la probité de ses dirigeants.... Là est le plus gros problème à résoudre.... Il faudra regagner la confiance des uns et des autres..."

     

    "C'est pourquoi Monsieur le Baron m'en a confié momentanément la charge, Dorian " siffla ironiquement Stan, très remonté.... car je suis renommé et assermenté ! ..."

    "Bien que les autorités policières et judiciaires ont certainement déjà transmis aux Magistrats tous les éléments concernant les malversations de Damien, ce qui risque d'occasionner moults difficultés graves à l'avenir... et de provoquer de nombreux mécontentements de la part des employés, car il nous faudra établir de nouvelles dispositions, notamment de surveillance stricte, sources certaines de vexations et de rébellions à venir.... "

     

    "Ai-je eu tort de m'être ainsi immiscée dans les affaires de Damien, Stan, en provoquant tant de désordres dans l'organisation et la bonne marche de l'Agence ?" s'interposa doucement Louise, prise en étau entre ces deux gaillards montés sur leurs ergots.... 

     

    "Jamais de la vie, Louise, voyons !" se formalisa soudain Stan, qui, en se reprenant, continua avec douceur.... Le regard reprit sa couleur normale, d'un vert clair où se reflétait une surprenante tendresse.... 

    "Vous auriez favorisé les action répréhensibles de votre mari... En tant que principale actionnaire de l'Agence... et épouse, de surplus.... vous vous seriez rendue coupable de complicité... Il fallait porter plainte contre les exactions de votre mari, c'est indéniable... sinon vous auriez entravé la bonne marche de l'appareil judiciaire.... "

     

    "J'approuve ! " s'exclama Dorian, qui avait retrouvé toute sa maîtrise... "Louise, ne t'alarme pas ! Nous serons tous là auprès de toi, je le sais, pour t'aider dans ta délicate mission.... 

    Bien, passons maintenant aux affaires à régler d'urgence ! Nous connaissons les délateurs coupables des troubles qui ont affecté l'Agence et auteurs de lettres anonymes... Tu trouveras tous les noms dans ce dossier, Louise" chuinta Dorian qui essaya de reprendre un ton professionnel.... C'est fou qu'on n'arrive pas encore à enrayer de telles exactions dans les entreprises... Il va falloir trancher dans le vif, et vous aurez déjà un peu plus les mains libres.... 

    Il suffit, comme presque toujours, d'un dealer en la matière pour que tout s'enflamme, et ce dealer, c'est Adèle !...."

    "Adèle ????" cria presque Louise, fort surprise.... "Mais ... pour quelles raisons ?"

    "Ah voilà bien qui conforte ma décision de la virer au plus vite !" s'emporta soudain Stan... 

    "Nous nous appuyons sur des témoignages vérifiables, Louise." confirma Dorian avec toute l'autorité qui lui était possible avec cette voix improbable, fluctuant sans cesse en tonalité.... 

    La jalousie semblait être le motif extérieur de son attitude, mais la taupe a deviné beaucoup plus et je salue son instinct qui nous a mis sur la voie.... Elle aurait reçu des confidences curieuses qui l'auraient alertée.... 

    Car le véritable grief d'Adèle est beaucoup plus complexe et remonte à loin... Il s'agirait d'un secret concernant la véritable naissance de Damien, dans toute sa laideur... 

    Si, si !" affirma t-il devant les regards effarés de Louise et de l'Inspecteur... Nous avons fouillé tous les registres communaux et hospitaliers pour en avoir le coeur net.... 

    Damien aurait été, en fait, né sous X , de mère inconnue... Mais le supposé père de Damien l'aurait reconnu immédiatement et aurait revendiqué la garde exclusive du nourrisson ... 

    La femme de ton beau-père, Louise, aurait accepté de l'adopter et serait donc devenue la mère adoptive de Damien... 

    D'après les papiers de l'Hôpital, qui seraient sans appel : la véritable mère de Damien serait Adèle. 

    Je te laisse deviner les motifs qui auraient poussé ton beau-père à évincer la vraie mère de Damien, en la réduisant au silence , tout en s'accaparant pour lui seul l'enfant, avec la complicité de sa femme.... qui était stérile ! Là aussi, nous avons retrouvé le gynéco qui s'occupait de la femme du père de Damien.... Il est formel, elle est stérile et ne peut avoir d'enfant ! 

    Le père de Damien désirait un héritier que sa femme ne pouvait lui donner.... 

    De plus, les bâtards étaient fort mal considérés, à cette époque... ainsi que les infidélités conjugales... surtout pour la clientèle de son cabinet d'assurances.... Il fallait donc faire passer cet enfant pour le leur.... et le couple a tout fait pour.... Damien n'a jamais eu connaissance de tout cela.... "

    Il s'arrêta, hors d'haleine.... Cette révélation plongea Louise dans un abîme de stupéfaction.... Elle était atterrée, et commençait à entrevoir le drame d'Adèle...

    "Mon père est-il au courant ?" s'inquiéta t-elle soudain

    "Absolument, Louise ! C'était lui le commanditaire... dès qu'il a sut pour les lettres anonymes... Nous n'aurions jamais pu nous lancer dans de telles recherches sans son appui financier.... Je pense sincèrement avoir bien agi, pour ton bien et peut être même pour le bien de Damien, qui a toujours été fort touché par la froideur de sa soi-disant mère... et lié par l'emprise de celle-ci sur son père et lui.... 

    Ton père t'aime profondément, Louise, ainsi que Lou pour laquelle il a une admiration sans bornes... Il faut t'en réjouir, car il sera toujours à tes côtés... malgré son épouvantable caractère.... 

    Je dois te révéler aussi, que Lou et ton père ont eu des discussions houleuses pendant ta maladie... Ta fille a sérieusement bousculé son grand père à ton sujet... Elle a beaucoup d'ascendant sur son grand père et le sait ! Elle a fait preuve d'une autorité surprenante et d'une franchise pour le moins brutale et cette gamine précoce l'a mouché d'une belle manière.... "

    Profondément bouleversée, Louise, les larmes aux yeux, n'en revenait pas ! C'était beaucoup d'émotions pour une seule matinée....

    L'ironie acerbe de Stan coupa le silence :

    "La vie d'Adèle a du être lamentable... je commence à comprendre sa rigidité et son inhumanité surprenante..."

    Louise le foudroya du regard, scandalisée... Puis elle se tourna ostensiblement vers Dorian qui reprenait son souffle....  et, d'une voix douce empreinte de tendresse, elle le complimenta :

    "Ton équipe et toi, vous avez accompli un travail sensationnel, Dorian, et je vous en suis profondément reconnaissante... Je suis si touchée par ton dévouement qui t'a valu tant de désagréments et de souffrances.... "

    "Ce sont les risques du métier, Louise, ne t'emballe pas ! Par contre, j'aimerai assister à l'entretien que vous aurez avec Adèle, est-ce possible ?"

    "Nous allons le faire de suite, Dorian, cette situation ne peut attendre .... Je veux régler ce problème en priorité !"

    "Permettez moi d'être en désaccord avec vous, Louise" s'insurgea vivement Stan, inquiet. "Je me méfie des excès que toute improvisation verbale entraîne immanquablement.... Il faut d'abord en discuter avant toute entrevue... "

    Louise réfléchit et convint qu'il avait raison.... Mais son instinct l'encourageait à régler d'urgence le cas Adèle... Elle se redressa sur son fauteuil, mains à plat sur le bureau, et, toisant de ses yeux clairs le regard réprobateur de Stan, elle décida brutalement :

    Nous devons agir de suite, Stan avant toute réunion avec les employés... sinon nous courrons vers des difficultés majeures qui seront difficilement contrôlables !"

    Elle se leva et se dirigea vers le salon, enjoignit les deux hommes à la suivre, tira un des lourds fauteuils de cuir, le plus proche du bureau, vers la banquette et le proposa à Dorian, pour plus de confort pour lui... Stan aida Dorian à s'y asseoir et il choisit d'aller se planter aux côtés de Louise sur le banquette.... Louise alla appuyer sur une touche intitulée "Adèle" de l'interphone et attendit :

    "Oui, Madame la Baronne ? Je suis à votre disposition" susurra la voix doucereuse de Adèle."

    "Auriez-vous l'amabilité de venir dans le Bureau, Mademoiselle Adèle !" commanda d'une voix ferme Louise qui, coupant net le son, revint vite sur la banquette.... 

    "Entrez !" ordonna t-elle dès qu'elle entendit les légers tocs de la Secrétaire....

    Luciole

    A SUIVRE

     

    Gare à l'eau qui dort n° 31 - Surprenantes révélations de Dorian

     

    21/09/2020 : 100 visiteurs et 930 pages lues

     

    Nouvelle "Gare à l'eau qui dort" - cliquez sur les phrases ci-dessous :

     1ère Partie : Justine

    2ème Partie : Entretien d'embauche entre Damien et Justine

    3ème Partie : Damien

    4ème Partie : Louise

    5ème Partie : Justine

    6ème Partie : Lou (Louise-Hortense)

    7ème Partie : Lou

    8ème Partie : Le regard magique

    9ème Partie : l'Empreinte (1)  

    10ème Partie : L'Empreinte (2)

    11ème Partie : Le Plogging

    12ème Partie : Les enfants perdus

    13ème Partie : Quel carburant voiture ?

    14ème Partie : L'Etang

    15ème Partie : Lettres anonymes

    16ème Partie : Dorian, détective privé

    17ème Partie : Réminiscences - Tom.

    18ème Partie ; Filature

    19ème Partie : Le Poucave

    20ème Partie : Sous-marin (camion de filature) et pinholes (caméras minuscules)

    21ème Partie :Dignité bafouée 

    22ème Partie : La Charité fraternelle

    23ème Partie : Le Constat d'adultère

    24ème Partie : La road rage

    25ème Partie : le "Fouille-merde"

    26ème Partie ; Le Daron engraine

    27ème Partie : Choc émotionnel

    28ème Partie : Prodigieuse Lumière

    29ème Partie : Inspecteur Stan Faure

    30ème Partie : Etrange entretien 

     

     

     

     

     

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  • Gare à l'eau qui dort n° 30

     

    Gare à l'eau qui dort  4ème partie LOUISE

    Louise de Montabert

     

    ETRANGE ENTRETIEN AVEC L'INSPECTEUR STAN FAURE

     

    Sarabande de Handel

     

    Elle le terrassera de ses bonnes manières, cet ours mal léché, comme elle savait si bien le faire avec ses invités lors des repas mondains avec tout le gratin de la Société dans le Domaine pour le compte de Damien... Cette fois ci, ce sera pour elle ... et l'Agence ! (précédent épisode - cliquez sur la phrase)

    La jeune et pimpante Ophélie, l'Hôtesse d'accueil de la vaste Salle d'attente de l'Agence, sanglée dans son costume bleu, s'empressa de leur apporter thé, café et quelques douceurs sucrées alléchantes. 

    Sa joie de vivre était contagieuse ! Elle salua Louise avec une courtoisie charmante sans mièvrerie... Louise, ravie, lui tourna un compliment si aimable qu'Ophélie en rougit jusqu'aux oreilles... 

    L'inspecteur Stan Faure s'amusait beaucoup ! Ses yeux pétillaient de malice en suivant la gracieuse Hôtesse évoluer autour d'eux, puis s'esquiver prestement, juchée sur de périlleux haut-talons.

    La délicatesse de coeur d'Ophélie avait remué l'âme assoiffée de tendresse de Louise.

    "C'est une belle âme, n'est-ce pas, Madame la Baronne ? C'est probablement la personne la plus agréable de l'Agence et elle sera sans aucun doute votre meilleure alliée" s'esclaffa ironiquement l'Inspecteur en observant la sensibilité à fleur de peau de Louise. "Il est évident qu'elle vous admire beaucoup ! Son amabilité vous donne-t-elle des ailes ? 

    Méfiez-vous ! Dans ce milieu âpre, féroce, des assurances, évitez toutes tentatives de familiarité ou d'intimité.... si vous désirez vous faire respecter ! Même si cette jeune femme est sincère, et elle l'est, n'en doutez pas ! Mais vous lui portez grand tort en lui manifestant votre sympathie.... Elle risque fort d'être jalousée et tyrannisée par les membres de l'Agence... et vous la perdrez, ce qui serait grandement dommageable... Nous ne sommes pas dans un salon mondain ici ! 

    Vous vous attirerez servilités, jalousies, commérages et autres joyeusetés de ce genre en vous comportant ainsi... Gardez vos distances !" gronda l'Inspecteur en la regardant sévèrement droit dans les yeux....

    "Derrière toutes les bouffonneries hypocrites, les cajoleries, les assauts de séduction dont on vous abreuvera se cacheront bien souvent des intrigues malveillantes....  dont vous êtes déjà victime, si j'ai bien compris,  bien malgré vous .... Comprenez-vous ? Ne l'oubliez pas ! 

    Mme la Baronne, vous être une femme splendide, délicieuse, intelligente, sensible mais terriblement trop distinguée, trop bien élevée pour réussir dans ce monde des affaires. Ce "trop" vous nuit ! 

    Oubliez donc les principes puritains de votre éducation : ils ne vous seront ici d'aucune utilité .... 

    Vous êtes si parfaite que vous dénotez, à votre grand désavantage ! C'est si peu en adéquation avec une partie de la clientèle qui provient de milieux  ordinaires...   pour laquelle la simplicité est de rigueur

    Votre port de reine, votre conversation recherchée et cultivée, digne d'une ambassadrice ou d'une attachée culturelle sont de formidables atouts auprès des milliardaires ou des personnalités de la Haute Société....

    Mais qui vous desserviront à coup sûr auprès de votre clientèle de gens ordinaires qui sont loin de votre niveau et votre culture, et cette clientèle, non négligeable, est indispensable à la bonne marche de l'Agence.

    Comprenez que l'exemple doit venir d'"en-haut", c'est à dire de vous, pour votre groupe commercial... Si vous attendez de celui-ci cohésion et unité.... vous devez changer vos manières affectées et adopter un comportement plus adapté à ce milieu simple... il en va de la crédibilité de votre projet et de votre management.... 

    Ne vous méprenez pas, je ne cherche pas à vous démolir... Ce ne sont que de bons conseils qui font partie de mon job...." dit-il hâtivement devant la mine scandalisée de Louise, prête à rugir.... 

    "Et sans perdre de temps, appelez moi donc Stan en privé et, si cela vous offense, "Inspecteur." en public ... et refusez l'appellation de "Mme la Baronne" .... Préférez Mme de Montabert ou tout simplement "Madame" .... Je comprends parfaitement que vous refusiez de porter le nom de votre mari....  ce que je ne vous recommande pas, par ailleurs.... il est trop... entaché... 

    Cependant, afin de nous faciliter la vie, permettez moi de vous appeler "Louise" en privé... pour une meilleure collaboration : c'est plus simple ! 

    Analyser bien tous les risques avant de vous décider et préparer tous les scénarios possibles pour les prochaines rencontres avec vos collaborateurs, si vous persistez dans votre décision actuelle.... Nous allons les étudier ensemble, si vous le voulez bien ! Mon métier m'a appris toutes les ficelles pour obtenir une bonne réunion qui sera primordiale pour vous et l'Agence... 

    Et surtout ne cherchez pas à vouloir donner toutes les réponses de suite... Dites simplement "je ne sais pas, mais je vais y réfléchir".... 

    Justine est une excellente collaboratrice. Elle sera votre pilote, mais ne faites aucunement confiance en Adèle, qui devra quitter l'Agence dès que vous maîtriserez votre métier.... Pour l'instant, elle est utile, car elle soulage le travail de Justine qui est surbookée depuis le départ de votre mari... Actuellement, toute l'Agence repose sur ses frêles épaules et vous lui devez une fière chandelle.... Pourtant, Adèle, fort jalouse et cancanière, lui mène une vie impossible, affaire qu'il faudra régler au plus vite... Je m'en chargerai, si vous le désirez, tant cette affaire est d'importance.... Ce n'est pas le moment de perdre les compétences et le dévouement de Justine... Adèle souffre d'une sécheresse de coeur abyssale... 

    Cependant, permettez moi de vous demander, Louise : êtes-vous à ce point allergique au bonheur, pour vous obstiner ainsi dans une voie qui n'est pas la vôtre.... ?"

    Louise s'enfermait dans un mutisme qui semblait ne pas se résoudre ! Elle le regardait fixement, trop occupée à digérer ces remarques désobligeantes, énoncées sur un ton paternaliste qui la laissait pantoise....Etait-elle sotte à ce point ? Etait-elle une enfant pour qu'il la morigène ainsi ?

    Elle fit simplement un geste brusque, comme pour chasser un moustique, l'incitant à continuer, le regard dur et le coeur sec.... 

    "A votre aise, Louise.... mais vous étincelez comme un diamant - ce n'est pas de ma part une tentative grossière de drague ! Pourquoi ne pas vous lancer dans l'ouverture d'une galerie d'art ou d'une Société de décoration... ?

    Votre oeil habitué au luxe discernerait très facilement tableaux de maîtres, tapis ou babioles de grande valeur  et autres objets d'art ? Et si j'en juge par la beauté de ce bureau, tapissé et meublé avec un goût exquis, vous avez d'heureuses dispositions qui feraient votre fortune... D'autant plus que vos carnets d'adresses doivent être remplis à craquer....

    Votre père est tout prêt à vous aider.... profitez en et vivez largement ! Pour parler franchement, il est raide dingue de vous, ma chère ! Vous êtes sa fille chérie dont il est très fier.... vraiment très fier ! Vous ne semblez pas en avoir conscience....  ???

    J'ai, de mon côté, un atout indéniable qui m'éclaire beaucoup, Louise. Je capte chez toute personne quelque chose dont elle n'a pas conscience elle-même...  je ne me trompe jamais.... enfin rarement.... 

    Ici, vous serez prisonnière, Louise, de la bonne marche de cette Agence dont vous ne maîtrisez rien, de sa rentabilité et de sa .... respectabilité malgré les frasques de votre mari, des dossiers, de tous vos engagements, de votre clientèle, des horaires invraisemblables qui ne vous permettront plus de vous occuper de votre fille.... etc....etc..... Réfléchissez ! Réfléchissez .... !"

    Fort dépitée, Louise convint en son for intérieur de la sagesse réelle des conseils de Stan.... Mais "Quelque Chose" à l'intérieur d'elle l'encourageait à se lancer dans cette voie impossible.... 

    Elle aurait tant aimé lui expliquer, mais comment énoncer l'invraisemblable ? Comment donner une réponse claire à cet arrogant qui l'appelait par son prénom sans son autorisation ? 

    Cependant, ce "Quelque Chose" en elle lui révélait que cet Inspecteur était un brave homme malgré qu'il l'exaspérait, qu'il était pourvu d'une générosité et d'un dévouement sans bornes.... Qu'il sera toujours là pour elle.... De cela, soudain, elle en fut certaine... Cet Homme caustique en apparence .... l'admirait bien davantage que la charmante Ophélie.... Elle en eut la certitude intérieure.... 

    Quelque chose se dénoua en elle et elle prit le parti de lui sourire avec sympathie.... 

    "Je me battrai, Stan, avec vous .... ou sans vous ! Cela ne tient qu'à vous ! Vous me demandez de changer, moi je vous ... ordonne, oui c'est bien le mot qui convient, de cesser de me traiter comme une gamine attardée et d'ironiser à tout propos ! Je vous aime bien, mais déteste cette causticité qui vous caractérise. Perdez cela en ma présence, je ne la supporterai plus... d'accord, Stan ?"

    Soufflé par la virulence du ton de Louise et de sa franchise brutale, il resta sans voix un moment, puis éclata d'un rire énorme qui le secoua comme un ver sur sa chaise.... Jamais de toute sa carrière il n'avait souvenance d'une pareille impertinence.... Cette jeune femme avait un sacré caractère... avec lequel il lui faudra composer.... Il en fut étrangement ravi, oui, ravi !

    Derrière l'apparence fragile se cachait un gant de fer.... : quelle bonne disposition ! 

    Ah oui, ravi, ravi ! profondément soulagé ! Il reprit son sérieux avec beaucoup de mal, mais l'ambiance avait soudain changé, comme assainie d'un coup par un grand vent d'intelligence... Ils étaient faits pour se comprendre ! Il en eut la révélation subite.... Et il crut en elle ! 

    "La sincérité vous va si bien, chère Louise ! Surtout, restez désormais aussi franche avec moi, mais seulement avec moi, hein !"

    "Parfait ! Alors, Stan, qu'est-ce que l'âme ?" 

    Il la dévisagea avec acuité... quoi, l'âme !!! quel rapport entre l'âme et leur affaire en cours ? Il se rembrunit : se fichait elle de lui ? Mais non, elle le toisait avec une drôle d'expression... Comme si cette histoire de l'âme revêtait pour elle une importance capitale.. Il n'en savait fichtre rien, de l'âme ! C'était hors de ses compétences... Faut voir un curé, ma petite.... Il souffla, mouché, et réfléchit doctement... si elle voulait un cours théologique, elle allait être servie...  

    "Expliquez moi d'abord, Louise : pourquoi vous intéressez  vous si vivement à cette idée de l'âme... Cette question vous tracasse-t-elle à ce point ?"

    "Oui, Stan, sans cette histoire de l'âme, je serais encore dans mon lit à délirer...et certainement pas à briguer ce poste aujourd'hui...."

    Et elle prit le parti de tout lui raconter, son rêve bizarre pendant son inconscience et ce réveil en pleine Lumière à laquelle elle ne comprenait rien...

    Touché par sa confiance en lui, il l'écouta attentivement, et promit d'aller voir un de ses amis qui était curé, un bon curé.... disciple du Curé d'Ars.... Il mettra Louise en relation avec lui... si possible.... 

    L'interphone vibra .... Louise appuya sur la touche verte qui clignotait et la voix d'Ophélie se fit entendre :

    "Mme la Baronne, j'ai devant moi un de vos amis qui demande à vous voir en urgence, un monsieur Dorian... mais il a l'air sérieusement amoché, Madame ! Que dois-je faire ?"

    "Faites le entrer de suite dans mon bureau, Ophélie et soyez gentille, ne m'appelez plus jamais Mme la Baronne, mais Mme de Montabert ou tout simplement "Madame" ! D'accord ?"

    "A vos ordres, Madame.... Je fais entrer Monsieur Dorian...."

    Luciole

    A suivre

     

     

     17/09/2020 : 7 144 pages lues et  130 visiteurs

     

    Nouvelle "Gare à l'eau qui dort" - cliquez sur les phrases ci-dessous :

     1ère Partie : Justine

    2ème Partie : Entretien d'embauche entre Damien et Justine

    3ème Partie : Damien

    4ème Partie : Louise

    5ème Partie : Justine

    6ème Partie : Lou (Louise-Hortense)

    7ème Partie : Lou

    8ème Partie : Le regard magique

    9ème Partie : l'Empreinte (1)  

    10ème Partie : L'Empreinte (2)

    11ème Partie : Le Plogging

    12ème Partie : Les enfants perdus

    13ème Partie : Quel carburant voiture ?

    14ème Partie : L'Etang

    15ème Partie : Lettres anonymes

    16ème Partie : Dorian, détective privé

    17ème Partie : Réminiscences - Tom.

    18ème Partie ; Filature

    19ème Partie : Le Poucave

    20ème Partie : Sous-marin (camion de filature) et pinholes (caméras minuscules)

    21ème Partie :Dignité bafouée 

    22ème Partie : La Charité fraternelle

    23ème Partie : Le Constat d'adultère

    24ème Partie : La road rage

    25ème Partie : le "Fouille-merde"

    26ème Partie ; Le Daron engraine

    27ème Partie : Choc émotionnel

    28ème Partie : Prodigieuse Lumière

    29ème Partie : Inspecteur Stan Faure

     

     

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     Gare à l'eau qui dort n° 29

     

    Gare à l'eau qui dort n° 29 -

     

    Inspecteur Stan Faure

     

    Impromptu de Claude Debussy

     

    Elle arriva tant bien que mal sur le parking désert de l'Agence et gara sa clio, puis, respirant à fond, sortit du véhicule , fourragea dans son sac, trouva le trousseau de clés de l'Agence, ouvrit difficilement la porte de verre, et s'engagea timidement dans le Hall désert de l'immense vaisseau de verre.......(Episode précédant n° 28 - cliquez sur la phrase) 

     Un vertige s'empara de Louise en arrivant sans encombre dans l'immense Hall de l'Agence d'Assurances, étrangement vide et silencieux à cette heure matinale.

    Seules ronronnaient les machines à boissons. 

    Armée de son trousseau de clés, elle ouvrit la porte du vaste bureau d'Adèle, une pièce chic et fonctionnelle aux murs d'un gris satiné mouluré égayé de tableaux résolument modernes et d'éléments de rangements bleus, dans laquelle le bureau bleu d'Adèle, flanqué de trois ordinateurs, prenait une place importante....ainsi que son fauteuil ergonomique en cuir gris clair, adapté au dos fragile de la Secrétaire de Direction... L'endroit sentait bizarrement la soupe et le désodorisant, le déodorant fleuri et le cuir du fauteuil et des chaises... Louise n'osa pas ouvrir les baies, tant elle eut peur de déclencher une alarme... 

    Puis , le coeur battant la chamade, elle ouvrit la porte du bureau de Damien, dans lequel flottait encore les fraîches  fragrances épicées de son parfum Bleu de Chanel qu'elle lui avait offert...

    Moment très difficile à vivre ! Une boule d'émotions violentes lui serra la gorge, lui comprima le coeur. Elle s'était tellement investie dans ce lieu.... en transformant d'une façon spectaculaire un immense espace blanc sans âme en une subtile harmonie de gris clair et de gris foncé, de gris foncé légèrement bleuté.

    Elle inspira profondément et entra dans ce lieu de vie agréable et confortable, véritable havre de paix où se libérait le mental, favorisant le calme et la concentration au coeur du vaisseau de verre contaminé par le stress et l'agitation.

    Intemporel et indémodable, le gris était sa couleur de prédilection, surtout lorsqu'il s'associait à des couleurs plus soutenues. 

    Pour capitaliser sur la lumière du lieu et briser l'uniformité, les murs s'habillaient de panneaux d'un gris bleuté, soulignés délicatement de bandes d'un gris nacré très clair, afin de créer des contrastes en résonance avec les panneaux muraux des châteaux.

    Des appliques murales élégantes et raffinées, dont la fine structure en épi de fils de laiton s'ornait de tulipes d'opaline, illuminaient un panneau sur deux... 

    Le tout avait un aspect feutré très "aristocratique"  dont raffolait Louise qui aimait mélanger les styles et les époques. 

    Sur les plans, Louise avait travaillé tout spécialement le plafond avec des encastrements appelés "caissons" au charme rétro qui apportait beaucoup de caractère à l'immense pièce. Dans les caissons, de superbes suspensions en fils de laiton et verroteries, entourées d'un abat-jour gris.... ajoutaient à l'élégance bourgeoise du lieu... 

    Pour dynamiser davantage la pièce, des leds s'encastraient discrètement dans les plafonds, et des lisérés de lumière douce soulignaient délicatement les encastrements. 

    Un meuble bibliothèque gris clair optimisait en partie le mur du fond et comportait deux parties... Sur chaque extrémité d'un meuble bas fermé où dormaient les dossiers importants s'élevaient deux colonnes bibliothèque qui formaient entre elles une niche éclairée d'un magnifique tableau-champêtre derrière lequel se dissimulait un coffre-fort.

    Devant la bibliothèque s'alignait l'imposant bureau de Damien. Un plateau de bois gris clair reposait sur deux colonnes de tiroirs de la même teinte... Un panneau en claire-voix d'un gris foncé fermait discrètement l'espace extérieur entre les colonnes, afin de dissimuler les jambes de l'occupant.... Le bureau était flanqué du luxueux fauteuil cuir ergonomique au design moderne élégant gris foncé qui faisait face à deux fauteuils confortables en cuir de la même couleur prêts à accueillir les clients.

    L'immense espace servait d'écrin également à un coin-salon au look contemporain qui recevait collaborateurs et visiteurs en toute tranquillité, et s'intégrait parfaitement à l'ensemble.... 

    Louise avait joué avec toutes les différentes notes de gris pour cet espace empreint de douceur. Le canapé en cuir gris clair, s'agrémentait  de coussins dans toutes les teintes de gris. Le gris foncé et bleuté des fauteuils se mariaient avec élégance à l'anthracite de leurs coussins.

    La table basse en bois gris nacré, très lumineuse, apportait à l'ensemble une vive touche de gaîté.

    Les panneaux du mur du fond, de chaque côté de la bibliothèque, s'ouvraient discrètement côté gauche sur la salle d'eau avec douche et toilettes, côté droit sur une petite cuisine avec micro-onde, plaques de cuisson, machine à café et rangements intégrés.Les deux pièces communiquaient entre elles pour optimiser le confort.... 

    La salle d'eau et la cuisine reprenaient les codes couleurs de l'espace bureau-salon, pour apporter de la luminosité à ces espaces aveugles.

    Louise avait fini par bouder depuis des années ce lieu de vie chaleureux et cosy, où s'entremêlaient souvenirs délirants et joyeux de jeune mariée profondément amoureuse de son mari, la tête farcie de rêves et d'avenir, et souvenirs  pénibles d'une femme meurtrie par la cruauté et l'indifférence d'un mari infidèle.... 

    Refoulant les sanglots, elle s'effondra dans la banquette.... Solitude poignante devant l'irrémédiable de sa situation... Conscience profonde de l'humilité de sa position actuelle.... Elle était bien loin de l'ivresse des sommets ...

    Toute sa vie dépendait de la bonne marche de cette Agence...

    Elle s'ouvrit au silence comme à une nécessité... 

    Puis elle entendit des voix, des rires, des claquements de hauts talons. Le vaisseau de verre s'éveillait !

    Elle chassa vivement tous les relents de nostalgie et de marasme de son esprit, se leva et alla s'asseoir sur le fauteuil de Damien... qui était déjà le sien... et s'aperçut que les ordinateurs de Damien avaient retrouvé leurs places sur l'immense bureau... 

    Elle les alluma et supprima patiemment tous les codes confidentiels qui bloquaient les entrées dans les machines infernales... 

    Il était temps pour elle de faire de ce bureau luxueux un espace de travail productif, tout en étant entourée des meubles, d'objets, de couleurs qui la ravissaient.... 

    Elle éprouva soudain un étrange sentiment de gratitude qui la bouleversa, puis la calma et la rassura... La Lumière l'accompagnait, elle en était certaine ! 

    Il était temps de se vider la tête, de respirer tranquillement quelques instants, selon la méthode de Tom, afin de permettre à son esprit de passer plus facilement en mode travail...

    La porte s'ouvrit à grands fracas sur un duo de choc : un homme furibond, quadragénaire athlétique et svelte d'au moins un mètre quatre vingt dix, qui dégageait une autorité et une impression de force impressionnantes, ainsi qu' Adèle, profondément stupéfaite et réprobatrice :

    "Vous, Madame la Baronne ?..." bredouilla la Secrétaire dont le visage grimaçait une accusation muette "comment se fait-il ?" 

    Louise comprit de suite qu'entre cette femme sournoise, implacable, et elle débutait une lutte acharnée..... Elle la congédia d'un ton sec qui décourageait toute tentative de pérorer  plus longtemps :

    "Merci Adèle, je vous appellerai plus tard.... Monsieur ?" 

     

    Gare à l'eau qui dort n° 29 - Inspecteur Stan Faure

    "Inspecteur Stan Faure" répliqua l'homme aux cheveux bruns, courts et soigneusement laqués, qui la fixait de ses yeux verts virant par moment sur le jaune "Votre père, Madame le Baronne, m'envoie remettre de l'ordre dans cette Agence... Je ne m'attendais pas du tout à votre présence ici... Je vous croyais sévèrement malade et alitée....

    Est-ce raisonnable de votre part de venir si rapidement sans prendre le temps d'une convalescence indispensable à votre état ?......"

    L'ironie du ton et le sourire narquois frappèrent Louise en plein coeur... Cet homme était manifestement en colère et l'examinait sans aménité....  Elle ne s'était pas préparée à un rude combat aussi rapidement avec un inconnu déjà mis en place par son père... 

    Son rêve, avorté  avant même de naître, mourrait en elle... Père était diablement efficace ! La Lumière lui avait elle menti ? S'était elle illusionnée ? 

    Elle s'efforça de surmonter son désarroi et lui fit face. 

    L'homme, sans attendre sa réponse qui tardait, traversa tout le salon et vint s'asseoir en face d'elle.... 

    "Café, thé ?" le cueillit de plein fouet le ton autoritaire  mais bienveillant de Louise, qui opta pour la Lumière qu'elle sentait vivre en elle.... 

    Surpris, l'homme aux traits taillés au couteau sourit, étrangement séduisant... heureux de la diversion qu'elle lui offrait si vaillamment... Sa voix fut un peu moins assurée :

    "Café, je vous prie ! merci" 

    Louise avait gagné ! Elle jubila et une action de grâce monta vers la Lumière qui l'avait si bien inspirée.... Elle retrouva soudain une pleine maîtrise d'elle-même...

    Elle le terrassera de ses bonnes manières, cet ours mal léché, comme elle savait si bien le faire avec ses invités lors des repas mondains avec tout le gratin de la Société dans le Domaine pour le compte de Damien... Cette fois ci, ce sera pour elle ... et l'Agence ! 

    Luciole 

    A suivre 

    Gare à l'eau qui dort n° 27 - Choc émotionnel

     

     

    Nouvelle "Gare à l'eau qui dort" - cliquez sur les phrases ci-dessous :

     1ère Partie : Justine

    2ème Partie : Entretien d'embauche entre Damien et Justine

    3ème Partie : Damien

    4ème Partie : Louise

    5ème Partie : Justine

    6ème Partie : Lou (Louise-Hortense)

    7ème Partie : Lou

    8ème Partie : Le regard magique

    9ème Partie : l'Empreinte (1)  

    10ème Partie : L'Empreinte (2)

    11ème Partie : Le Plogging

    12ème Partie : Les enfants perdus

    13ème Partie : Quel carburant voiture ?

    14ème Partie : L'Etang

    15ème Partie : Lettres anonymes

    16ème Partie : Dorian, détective privé

    17ème Partie : Réminiscences - Tom.

    18ème Partie ; Filature

    19ème Partie : Le Poucave

    20ème Partie : Sous-marin (camion de filature) et pinholes (caméras minuscules)

    21ème Partie :Dignité bafouée 

    22ème Partie : La Charité fraternelle

    23ème Partie : Le Constat d'adultère

    24ème Partie : La road rage

    25ème Partie : le "Fouille-merde"

    26ème Partie ; Le Daron engraine

    27ème Partie : Choc émotionnel

    28ème Partie : Prodigieuse Lumière

     

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     Gare à l'eau qui dort n° 28

     

    Gare à l'eau qui dort n° 28 - Prodigieuse Lumière

     

    PRODIGIEUSE LUMIERE

     

     

    Demain, elle se lèvera de très bonne heure, beaucoup de travail l'attendait ! Louise s'enfouit dans ses oreillers et s'endormit en souriant, pleine de reconnaissance... (Précédent épisode n° 27 - cliquez sur la phrase)

     

    Se remettre en route dès le lendemain, comme le pensait Louise, était une vision simpliste :

     Elle dormit pendant presque 24 heures d'affilée.... entrecoupées de petites phases d'éveil pour les besoins du corps....

    Ce qui n'enchanta guère Toubib, car trop dormir après un traumatisme renforçait la mémoire, et donc les émotions négatives, favorisait les réminiscences douloureuses pendant le sommeil paradoxal (période où l'on rève).

    Son cerveau avait-il besoin de repos afin de réparer quelque chose ?

    Mécanisme de défense contre la réalité ? Fuite dans le sommeil ? 

     

    Elle fut réveillée subitement par une étrange sensation : une extraordinaire lucidité lumineuse l'habitait , la remplissait toute entière !

    Lumière qui avait chassé le chaos ténébreux des rêves et des peurs obscures ! 

    Pleine conscience de se trouver à un point de rupture, de bascule... La vie ne semblait plus soumise au cours habituel des choses....

    Révélation d'une exceptionnelle opportunité, propice à la réalisation de ses ambitions , à saisir de suite, à retenir rapidement avant que d'autres ne s'en emparent, s'offrant  à elle d'une manière si inopinée qu'il sembla à Louise ne devoir advenir qu'une seule fois dans toute son existence.... 

    Lumière éblouissante, Vérité étourdissante ! Quelque Chose l'aidait... bien malgré elle... C'était indicible, insaisissable.... mais bien réel ! Paix inhabituelle.... Sérénité.... Confiance....

    Cependant, comme reléguée à l'arrière-plan,  l'intelligence de Louise regimba :

    N'était-ce pas pure folie que de vouloir poursuivre l'oeuvre de Damien, désormais gangrenée par le scandale et les malversations ???

    Qu'importe ! Ce n'était pas totalement absurde... même au prix de mille difficultés.... Son atout résidait surtout dans sa jeunesse et cette extraordinaire faculté d'adaptation dont le destin l'avait dotée.

    "Courage, courage.... Louise ! Aie  confiance ! Aie confiance et tout s'accomplira !"

    Certitude brutale qu'elle plongera  au plus bas de l'échelle sociale et... dans la folie, si elle choisissait de rester ainsi immobile.... Le rêve ne pouvait se substituer à la vraie vie.....

    La Lumière crue la frappa comme le tranchant d'une épée. Il n'y avait pas d'échappatoire ! 

    Sentiment d'un Absolu jamais atteint jusqu'à présent ! La Lumière qui illuminait son esprit était Vivante...., Louise la percevait curieusement  comme "la  Lumière de la Connaissance qui se révèle Elle-même... " Elle ne comprenait pas, non, sa raison ne comprenait pas ! Mais c'était bien au-delà de la raison raisonnante.... 

    Lui vient le concept de l'âme ! Cette Lumière révélait tout le savoir nécessaire au salut de toute âme.... Mais qu'était-ce donc l'âme ? 

    "C'est le rayonnement de Dieu dans ton coeur, ma Chérie, à consommer sans modération !

    L'âme est le Principe de vie et d'unité dans un vivant.... La cause qui fait de ses différentes parties un être unique...  Elle ne peut se corrompre, ni se casser... car elle est immortelle : comprends-tu ?"

    "Difficilement !" soupira Louise, profondément interloquée.... Qui donc lui parlait ainsi dans sa tête ? Devenait-elle folle ?

    Les pensées continuaient ainsi d'affluer sans que son intelligence n'y prenne part.... Cette lumineuse lucidité la baignait avec une telle intensité que Louise ne pouvait que l'absorber  avec une avidité curieuse.... Cette Chose qui l'ébranlait au plus profond de son être l'aidait... On l'aidait....  Elle était foetus dans un placenta qui la nourrissait.... 

    Conscience de devoir se bouger, de prendre ses responsabilités, de trouver sa juste place dans ce monde éphémère insécure, dans ce monde essoufflé rempli d'incertitudes...

    Conscience aigüe de devoir se jeter à l'eau et d'apprendre à nager au milieu des requins..... 

    Prescience qu'elle avait l'intelligence, les capacités d'assurer efficacement la pérennité de l'Agence d'Assurances... par le truchement d'une volonté obstinée.... 

    Continuer de s'égarer dans les rêves, même les plus beaux, c'était retrouver l'amertume des vaincus, se victimiser indéfiniment aux yeux de tous, aux siens, à ceux de sa famille.... 

    S'ouvrir à l'Inconnu... Exaltation... Joie... Plénitude ! Suspension éblouie dans le Temps ! 

    La Lumière, doucement se retira d'elle... Louise resta immobile, bouleversée, hébétée, brusquement plongée dans le noir de la chambre. Elle attendit un moment le retour de la Lumière, nullement convaincue d'être vraiment réveillée... Puis le froid la saisit ! Elle se leva et la douche acheva de la sortir du vertige qui l'avait emportée si loin, si loin...

    Une page blanche s'ouvrait... 

    Songeuse, elle se posait mille questions.... Que s'était il passé ???

    Elle devina que la marque de ce Vertige incompréhensible s'imprimerait à jamais dans son corps, dans son coeur, dans son esprit.... 

    Elle se maquilla et s'habilla avec soin. Son miroir lui renvoya l'image de sa beauté. Sentiment d'euphorie... Elle avait tant maigri en si peu de temps ! Si seulement elle pouvait se défaire aussi rapidement de sa peur de déplaire, chevillée au corps depuis sa prime enfance... 

    Il faudra désormais se faire accepter par tout le personnel de l'Agence, l'apprivoiser, collaborer avec lui ... et s'imposer... au moins un minimum... 

    A la fois solidaire, mais tellement solitaire ! Désenchantement de la solitude... Elle avait tant à apprendre.. Elle sera tellement liée à tous ses futurs collaborateurs.. 

    Renforcer la cohésion de l'équipe n'était pas chose simple ! 

    La cuisinière Ida n'était pas encore arrivée. Louise, déboussolée, inspecta machinalement le contenu du frigidaire... Chercha une assiette dans l'immense placard mural, et se servit une assiette de viandes froides, d'un restant de crudités.... qu'elle posa sur le plan de travail de la cuisine sans avoir le courage de se rendre dans la salle à manger privée, trouva les couverts, un verre qu'elle remplit d'eau du robinet, retourna chercher un yaourt allégé et une pomme dans le frigo... et mangea tranquillement debout... 

    Sans doute n'aura-t-elle pas le temps de déjeuner au bureau... Valait mieux prévoir....

    La préparation du thé lui posa problème : impossible de trouver la boite de son thé préféré. fort coûteux.. Elle tomba sur une boite métallique remplit de sachets de thé et tisanes... sans doute celle des domestiques, et dut se contenter d'un sachet de thé ordinaire... 

    Elle se battit avec le fonctionnement du micro-onde pour chauffer l'eau dans un mug trouvé sur une étagère.. . et finit par obtenir un breuvage insipide et bien trop brûlant.. 

    Abîme de solitude dans la cuisine hostile, seule avec elle-même jusque dans les gestes les plus simples, les plus quotidiens !

    Un voile se leva sur sa servitude... Elle dépendait étroitement de ses domestiques ! Ils pouvaient fort bien se passer d'elle, se louer ailleurs... Mais que deviendrait-elle sans eux ??? Son incompétence dans les choses les plus anodines l'angoissa soudain.

    Tout ce train de vie onéreux ne dépendait plus que d'elle-même désormais ! Fallait-il envisager des économies drastiques de personnel ??? Elle comprit brusquement l'angoisse de Damien.... Qu'elle avait été sotte d'exiger tant de confort de vie !!! 

    Certitude intérieure qu'elle devra renoncer définitivement à toutes dépenses qui ne s'imposaient pas... Cette vision l'ébranla violemment et assombrit son bel enthousiasme matinal...

    Humiliation de la découverte : elle était enchaînée, dans le moindre de ses désirs, de ses besoins,  à la bonne volonté de ses domestiques.... tant qu'ils recevront leurs salaires !

    Elle prit le deuil instantanément du faste passé avant même d'envisager une complète restructuration de son mode de vie... 

    Tom avait raison : elle n'était pas prête du tout à quitter "son monde"... Mais l'épreuve l'imposait ! 

     

    Avec étonnement, Louise se rendit compte qu'elle devra se passer aussi de son chauffeur qui, n'étant pas prévenu, ne devait pas être disponible à cette heure si matinale... 

    Tout lui échappait ! Figée dans l'indécision, elle se demanda si elle savait encore conduire ? Et quelle voiture ? 

    Elle se rendit dans le bureau de Damien, fouilla partout, s'énerva, repéra instinctivement un livre rouge-foncé au beau milieu d'un rayon de livres marron juste devant ses yeux,  l'ouvrit brusquement, et dénicha en creux la clé de l'immense armoire emmurée, cachée sous une épaisse tenture éclatante d'Aubusson, où se trouvaient toutes les clés de la maison... Encore une chance que Damien refusait toutes combinaisons, peu confiant en sa mémoire... Elle se surprit de remercier la Lumière qui, certainement, l'avait aidée dans cette recherche... 

    Les domestiques avaient chacun un double des clés qui leur étaient indispensables, mais elle était seule ! si seule ! 

    Dans l'armoire, les clés étaient soigneusement étiquetées... Elle n'eut donc aucun mal à trouver celle du garage... qui se révéla être une carte codée...

    Quel temps de perdu ! Elle qui désirait ardemment arriver la première à l'Agence.... 

    Elle se précipita en frissonnant dans la fraîcheur du petit matin vers la lourde porte blindée du Garage, cliqua sur la carte codée et la porte s'ouvrit lentement avec un chuintement fort désagréable.... 

    Etonnée, Louise aperçut une clio rouge parmi la collection de bolides de Damien... Son coeur battait à rompre : il fallait retrouver la clé de ce véhicule ! Elle finit par éclater d'un rire nerveux, frappée par l'étrangeté de sa situation depuis son réveil ! Non, elle ne rêvait pas ! 

    Elle retourna dans la maison, et à nouveau , fourragea dans l'armoire à clés... fort agacée ! Armée de la carte codée de la voiture, et de celles de l'entrée de l'immeuble et du bureau de Damien, elle saisit son énorme sac en cuir, le mit en bandoulière, ferma l'immense porte de l'entrée de la maison, et marcha posément, déterminée, vers le garage ouvert.... 

    Elle s'engouffra dans la clio, puis, s'armant d'une patience qui commençait sérieusement à lui faire défaut, retrouva les gestes de son adolescence en manoeuvrant le levier de vitesse, suivant scrupuleusement le dessin sur le pommeau... afin de mémoriser un minimum les différentes vitesses de cette petite voiture inconnue d'elle... 

    Elle trouva la fente dans laquelle elle encastra la carte codée... Les instructions défilèrent sur l'écran du tableau de bord... Parfait ! Il n'y avait plus qu'à suivre pour démarrer... Toute joyeuse, elle embraya, passa la première, et sortit sans peine du garage... dont elle referma soigneusement la porte blindée en cliquant sur la clé adéquate... Damien avait toujours une peur bleue qu'on ne vienne lui dérober un de ses magnifiques joujoux dont il raffolait .... 

    Un grand souffle de liberté balaya en un instant toutes les difficultés passées, présentes... et à venir... Accrochée à son volant comme à une bouée de secours, elle roula lentement sur l'allée .... 

    Le plein d'essence avait été fait ! Profond soulagement de Louise qui devra, malgré tout, apprendre à remplir le réservoir de cette clio toute seule.... Le rire la reprit... Incroyable matinée.... Elle s'enhardit à passer une vitesse, puis une autre et se retrouva à pleine vitesse devant le portail blindé... Tiens, les hommes de main de Damien... ou plutôt de Père, n'étaient pas à leur poste ??? 

    Elle pila net, fort mécontente, fouilla dans son sac et sortit le passe, le cliqua et attendit l'ouverture des portes... avec l'angoisse de se retrouver seule face à la meute habituelle des journalistes.... Personne ! Journalistes et policiers semblaient avoir désertés la rue... Elle respira en apercevant en face, non loin,  une voiture anonyme dans laquelle se tassaient quatre malabars...

    Profondément reconnaissante, elle leur fit un petit signe auquel ils répondirent.... L'un des hommes était déjà sorti de la voiture et se dirigeait droit sur elle.. Il lui demanda sa carte d'identité et ses fonctions dans le Domaine... Elle éclata d'un franc rire qui désarçonna le pauvre homme.... surpris de ne pas la trouver dans une voiture de luxe avec chauffeur... 

    "Je me rends dans l'Agence de mon mari" lui expliqua t-elle "je rentrerai dans la soirée.... certainement tardivement, je ne sais ? Bonne journée et merci à vous ..."

    "Avec mes profondes excuses, Madame...." bredouilla le policier

    Sans attendre la suite, elle embraya sans problème, à son grand soulagement, et partit lentement .... Concentrée sur ses vitesses et la circulation, elle retrouva une assurance oubliée depuis des lustres.... 

    Louise jubilait, prise d'une folle passion pour sa petite clio. 

    Finie la bienheureuse inconscience ! Il lui faudra désormais accepter sa faiblesse devant tout ce qui était le quotidien des gens normaux et y remédier au plus vite.

    Tom allait être si fier d'elle... Ah oui, elle jubilait ! Elle lui écrira, certaine d'éclater en sanglots au téléphone... 

    Elle arriva tant bien que mal sur le parking désert de l'Agence et gara sa clio, puis, respirant à fond, sortit du véhicule , fourragea dans son sac, trouva le trousseau de clés de l'Agence, ouvrit difficilement la porte de verre, et s'engagea timidement dans le Hall désert de l'immense vaisseau de verre....... 

    Luciole

    A SUIVRE

     

    Gare à l'eau qui dort n° 27 - Choc émotionnel 

     

    4/08/2020  : 341 VISITEURS ET 2500 PAGES LUES

    Nouvelle "Gare à l'eau qui dort" - cliquez sur les phrases ci-dessous :

     1ère Partie : Justine

    2ème Partie : Entretien d'embauche entre Damien et Justine

    3ème Partie : Damien

    4ème Partie : Louise

    5ème Partie : Justine

    6ème Partie : Lou (Louise-Hortense)

    7ème Partie : Lou

    8ème Partie : Le regard magique

    9ème Partie : l'Empreinte (1)  

    10ème Partie : L'Empreinte (2)

    11ème Partie : Le Plogging

    12ème Partie : Les enfants perdus

    13ème Partie : Quel carburant voiture ?

    14ème Partie : L'Etang

    15ème Partie : Lettres anonymes

    16ème Partie : Dorian, détective privé

    17ème Partie : Réminiscences - Tom.

    18ème Partie ; Filature

    19ème Partie : Le Poucave

    20ème Partie : Sous-marin (camion de filature) et pinholes (caméras minuscules)

    21ème Partie :Dignité bafouée 

    22ème Partie : La Charité fraternelle

    23ème Partie : Le Constat d'adultère

    24ème Partie : La road rage

    25ème Partie : le "Fouille-merde"

    26ème Partie ; Le Daron engraine

    27ème Partie : Choc émotionnel

     

     

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  •  Gare à l'eau qui dort n° 27

     

    Le choc émotionnel, l'origine de toutes les maladies ? - WeMystic ... 

     

    CHOC EMOTIONNEL - LOUISE

     

    Un choc émotionnel est ce qui résulte d’un évènement traumatisant. Ce dernier empêche l’individu de faire face aux émotions au moment où celui-ci se produit et peut engendrer des répercussions à plus ou moins long terme sur son état psychique et physiologique.

     

    Retranché dans sa voiture, Tom ruminait sombrement en roulant un peu trop vite dans l'allée prestigieuse bordée de grands arbres séculaires....  Mais une petite voix obstinée tournait en boucle dans sa tête... lui serinant ....qu'il fallait continuer d'espérer, malgré tout..... quelque chose allait advenir.... il le fallait ! Il le fallait !

    Il attendra le temps qu'il faudra ! Il attendra.... Ce n'était qu'une question de patience ....  "Mon pote, ne flanche pas, elles auront besoin de toi, tu le sais.... Soit fort et prend courage ! "

    Il fallait se préparer à une véritable traversée du désert.... (Episode précédent - cliquez sur la phrase)

     

    Le vide la fascinait. Angoissante apesanteur ! Elle se débattait comme une noyée dans le chaos primordial.... Un néant sans fond où rôdaient des forces inconnues, où se répercutaient des voix étouffées ... 

    Le vide était matrice, rempli d'énergies, à l'origine de tout... 

    Des images confuses la hantaient, s'évaporaient... Tout lui échappait... Tout fuyait devant elle...

    Au plus profond du vide, un cri abominable la glaça :

    "Louise, réveille-toi ! m'entends-tu ? Louise... Louise... reviens !"

    Elle voulait accéder au Réel... pour gagner l'Infini.... et se retrouva parcourant les ruines d'une Cité inconnue ensevelie au beau milieu d'un désert aride... Dans cette Cité interdite se cachaient les "Choses du Monde", gardées par des molosses féroces montrant les crocs... 

     

    C'était un monde bavard et confus, un monde de révolte et de révolutions.... 

    Un monstre invisible, ondulant comme  un reptile, déchiquetait les âmes et mangeait le monde....

    Fulgurances, désarroi, nausée... Elle étouffait, étouffait, happée par les ténèbres.... Des chuchotements, des cris nauséabonds montaient de l'abîme....

    Un sorcier en ombre mouvante crachait des incantations péremptoires ;

    "Monsieur le Baron, je vous somme d'arrêter de crier ainsi, ou bien sortez ! ... Elle est sur le point de se réveiller et vous l'affolez ! Calmez vous !"

    Elle vit les "Choses du Monde" se composer, se décomposer jusqu'à la nausée... Elles étaient si terrifiantes qu'elle refusa d'ouvrir les yeux.... 

    Etourdie par les appels de l'Infini, elle se réfugia derrière les paupières closes. Les paupières closes gouvernaient le monde, contrôlaient la Terre.... 

     

    Des choses glacées, comme tentacules de poulpe, s'agrippaient à son bras...

    "Mummy, Mummy chérie... Je vous aime si fort.... C'est Lou... votre petite fille qui vous aime... N'ayez pas peur... revenez.... Que deviendrai-je sans vous ?"

    Les mots tracés dans la fièvre qui l'habitait filèrent comme lumière jusqu'à son coeur, comme bulles irisées dans la brisure du vide... 

    Son coeur était en feu... Rattraper la Vérité... Ressusciter les âmes broyées. Le monde dort... Dérobade des âmes brisées qui refusent la Vérité... Le monde dort comme hypnotisé par lui-même... Nous sommes tous en état de léthargie volontaire....  Nous dormons tous et refusons de nous réveiller.... La Réveil est là, qui nous ouvre les bras... Mais l'homme formaté, accoutumé à sa prison, enchaîné à ses passions futiles, par paresse, refuse le Réveil....

    "Le faux est évident, mais l'évidence est fausse !", mots qui agirent  comme une clé... La réputation ouvrit les yeux sur un monde de brume, un chaos ouatiné... 

    Autour d'elle, des masques s'affrontaient, des entités très anciennes ;

    "Elle ouvre les yeux... Chérie, chérie, m'entends-tu, c'est Papa... Toubib, ses yeux sont vitreux, est-ce normal ?"

    "Chut, Monsieur le Baron, chut... elle va reprendre conscience... Laissez lui le temps, que diable !"

    Diable ? Le mot fit mouche dans sa tête... Elle ne l'aimait pas, ce serpent visqueux qui se nourrissait des âmes mortes.... Elle le haïssait ! Elle refusa le mot... Se réfugia en elle-même... Le diable était là, prêt à en découdre avec elle... Elle hurla....

    Un frais petit minois, ne représentant aucun danger pour la réputation, se pencha vers elle...

    "Mummy chérie, c'est Lou ! Ne craignez rien, nous sommes là ! Nous vous aimons et voulons vous protéger... Ne craignez rien !"

    La brume se déchira ! Louise reconnut l'adorable visage de Lou, sa fille chérie... Un petit visage torturé par l'angoisse  qui l'embrassa doucement sur le front brûlant.... 

    Louise remonta lentement vers la vie.... 

    "Mummy chérie, je suis si anxieuse" murmura toute une pluie de petites larmes sur son front

    Les petites larmes allégèrent le coeur de Louise d'un grand poids... "Les Choses du monde" s'éloignèrent peu à peu de sa conscience enflammée.... 

    Le masque ébranlé de Père, creusé par une intolérance profonde, entamait un lent processus d'abdication... La fièvre de Louise avait eu raison de son intransigeance .. intransigeance obsédée par le Paraître et les Convenances.... 

    Le coeur de Louise sourit, le corps savait comment dégripper l'indéboulonnable caractère du Père.... 

    Mais elle comprit qu'elle devra être très calme, très patiente, pour ne pas enrayer cet état ambigu de lente maturation... 

    Le mental du Père bégayait ;

    "Ma petite Chérie, ne te tourmente plus : tu peux compter sur mon soutien... Je pourvoirai à tous tes besoins les plus urgents... " tenta encore le paternel

    "Chut ! cessez vos sottises !" s'insurgea sourdement le médecin, ce gros monsieur bienveillant qui veillait sur elle depuis l'enfance et la comprenait si bien, très au fait de ses révoltes et indignations...

    Père était décidément doté d'une forte personnalité et d'un sens aigu de ses prérogatives... Il était si bêta , si buté, qu'il mettra un certain temps à renoncer à toute autorité sur elle... 

    Et Louise ne voulait plus jouer... L'homme est aveugle et dort... Qu'est-ce qu'un homme ? La mort rôde... L'homme est en transit sur cette Terre, soumis au mensonge et à l'erreur, enchaîné à son égo, à sa libido... 

    Louise refusera désormais de tricher ! Ce n'était pas charitable, ni pour elle, ni pour l'autre... 

    L'Enfer était sous ses pieds ! Elle devait tout faire pour s'en dégager....

    L'homme devrait se méfier : quelle brutalité que l'infini ! Quelle terreur ! L'homme n'est rien, l'infini est tout, parce que l'homme rumine et se nie, l'homme se ruine.... La paresse de l'homme le ruine... le brise.... le déchire.... Le serpent monstrueux a encore de beaux jours devant lui.... 

    Louise se réveilla tout à fait... La fièvre, qui n'avait plus d'utilité, amorça une lente décroissance.... 

    Toubib était content, il avait fait du bon boulot ! Les calmants étaient souverains sur l'état de Louise... Elle était tirée d'affaire.... 

    Louise pensa à Tom... Il fallait le prévenir, lui donner des nouvelles... Il devait se ronger les sangs, et ça, elle ne le voulait pas, ne le devait pas !

    "Cher Docteur, merci !" lui souffla-t-elle "Auriez vous.... la gentillesse.... de téléphoner à Tom ? Ce .... serait fort indécent... de le laisser ruminer... " 

    Le bon médecin tiqua, embarrassé ! Puis se ravisa : si ça pouvait la soutenir, après tout ! Il opina en la regardant d'un oeil malicieux... Il ira le voir, tout bonnement !

    Demain, elle se lèvera de très bonne heure, beaucoup de travail l'attendait !

    Louise s'enfouit dans ses oreillers et s'endormit en souriant, pleine de reconnaissance... 

    Luciole

    A SUIVRE

     

    Gare à l'eau qui dort n° 27 - Choc émotionnel

     

     Une fois de plus sans ordinateur.... en panne.... Suis sur le petit portable mari... Désolée de cette interruption .....

     

    Nouvelle "Gare à l'eau qui dort" - cliquez sur les phrases ci-dessous :

     1ère Partie : Justine

    2ème Partie : Entretien d'embauche entre Damien et Justine

    3ème Partie : Damien

    4ème Partie : Louise

    5ème Partie : Justine

    6ème Partie : Lou (Louise-Hortense)

    7ème Partie : Lou

    8ème Partie : Le regard magique

    9ème Partie : l'Empreinte (1)  

    10ème Partie : L'Empreinte (2)

    11ème Partie : Le Plogging

    12ème Partie : Les enfants perdus

    13ème Partie : Quel carburant voiture ?

    14ème Partie : L'Etang

    15ème Partie : Lettres anonymes

    16ème Partie : Dorian, détective privé

    17ème Partie : Réminiscences - Tom.

    18ème Partie ; Filature

    19ème Partie : Le Poucave

    20ème Partie : Sous-marin (camion de filature) et pinholes (caméras minuscules)

    21ème Partie :Dignité bafouée 

    22ème Partie : La Charité fraternelle

    23ème Partie : Le Constat d'adultère

    24ème Partie : La road rage

    25ème Partie : le "Fouille-merde"

    26ème Partie ; Le Daron engraine

     

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