• Histoire vraie écrite en 2010

    N'ayant pas eu le temps de composer un article, je ressors des extraits de ce" mémoire" de 2010. Avec mes excuses !

     

    MAMIE

    Cliquez sur l'image

    Défi n° 143 mené par ENRIQUETA (cliquez) qui nous propose ce thème : la MALADIE

     

    MAMIE

     

    MAMIE

     

    Dans sa mémoire, une blessure, une brisure.... Comme une flamme soufflée par un vent mauvais. Elle portera le poids de cette douleur toute sa vie.

    Dans son jeune âge, et pendant de longues années, la mort de sa grand mère la  plongea dans un gouffre de désespoir. 
    Les souvenirs la jetaient dans ce mauvais sentier où la pensée trébuchait !

    Ce noir barbouillage enflait sa tristesse. Comme le malade qui tousse avec fureur et exaspère sa gorge...

    ..........

    Cauchemar récurrent provenant de ses 15 ans : elle était au chevet de sa grand-mère mourante, seule, perdue au cœur de l'appartement, le cœur en résistance... On l'avait affectée à la garde de la malade !

    L'ombre de la mort les liait inexorablement !
    Rien n'avait préparé Alice au drame qui allait se produire. Une angoisse folle l'étouffait...
     

    Les mots de son livre perdaient leur consistance, flottaient devant ses yeux.

    La peur grignotait sournoisement ses jours... Parfois, une rage folle la possédait, une inextinguible souffrance d'amour....

    Alors elle épluchait un à un les mots de son livre, pour se rassurer... comme pour étouffer toute possibilité de pensée, comme pour prendre le large...

    Un gémissement la ramena à la dure réalité. Elle regarda alors sa grand-mère s'éloigner avec angoisse, ne pouvant franchir cette frontière qui exilait  la malade et la consumait des heures entières.

    Que devenait cette femme qui avait tant su faire vibrer son petit monde de sa joie de vivre et de ses éclats de rire... dans ce chemin de croix aux frontières du monde ?

    Elle maigrissait à vue d'œil, avec ce regard terrible qui basculait sans cesse...Ses lèvres livides s'étiraient en de longs gémissements qui se brisaient soudain, emportés dans une étrange transe... Les mains griffues s'enfonçaient sporadiquement dans les draps défaits... Elle gisait, inconsolée, agrippée à ses 5 années de calvaire, suspendue aux froides morsures de ses douleurs abyssales...

    Alice butinait, nostalgique, à rebours du Temps, les débris de sa mémoire .... instants d'innocence enracinés en elle de l'enfance souriante, douces fleurs encloses échappées du calice de la nuit....

    Son cœur palpitait pour cette femme, sa raison d'être, qui avait de son chant de tendresse bercé toute son enfance.... Une ode à la vie parfumée de violette ou de muguet qui s'épanouissait dans les champs de coquelicots, de marguerites et de bluets...

    C'était une femme simple et spontanée, émotive à souhait. Tout en elle respirait l'ordre que seul trahissait l'éclat fiévreux de ses yeux clairs, frémissants sous des vents contraires...

    Elle était comme une fée qui veillait au bonheur de sa couvée, devançant les désirs de chacun... proposant une activité avant le triste ennui annonciateur de querelles énervées...

    Ses enfants, grands et petits, n'avaient jamais assez d'elle !

    La petite Alice, émerveillée, buvait le ruisseau de miel qui coulait de ses lèvres.. elle gazouillait de plaisir sous les baisers en gouttes de rosée et se nourrissait du regard qui la couvait avec amour.
    La petite main potelée serrait fort le doigt de sa Mamie.

    Avant ces heures sombres, Mamie était son refuge, sa Maison d'Amour.... Auprès d'elle fleurissaient les déserts....

    Mamie, ménagère maniaque, était sans cesse plongée dans de grandes lessives qui claquaient dans le vent.... énergiquement savonnées sur une table de bois et rincées dans un baquet de bois constamment rempli d'eau alimenté par un tuyau, dans le Jardin, été comme hiver....  
    Solitaire, sans cesse en mouvement, elle n'aimait pas les mots inutiles. Elle leur préférait les câlins, les attentions... toute une symbolique qui conforte et rassure.

    Alice se souvenait des champignons que toute la famille allait chercher aux pieds humides des arbres dans la futaie serrée qui tamisait la lumière du soleil..
    Ou des folles équipées, tous entassés sur des bancs de bois ou assis sur le plancher dans la camionnette du Tonton, chantant à gorges déployées, vers un champs de jonquilles où pour la cueillette du muguet.

    Mamie savait régaler sa maisonnée de ses fromagers, de ses crêpes ou de ses fameux pets de nonne !

    Elle était comme un contrepoids qui faisait échec aux sauvageries de la vie...

    Elle abritait toute sa couvée dans son appartement aux 3 chambres, sans salle de bain, après la Guerre 40. Elle y régnait, toute auréolée de mystère, très fière de son "Wécé" qui trônait au fond du couloir, chose rare à l'époque ! L'assemblée fort joyeuse s'agitait autour de l'imposante table aux pieds tournés encombrée de la belle vaisselle en porcelaine et des verres à pieds en cristal, autour d'une immense potée, d'un cassoulet ou d'une choucroute .... Les plaisanteries fusaient, les enfants criaient....

    Alice avait besoin de ces souvenirs qui racontaient le bonheur et l'amour des gens simples....

    Dès le dessert avalé, toute la marmaille se ruait dans le petit jardin du grand-père dans lequel s'étageaient des parterres de fleurs et les carrés de légumes. Un espace était réservé aux enfants, sous les arbres fruitiers...
    Les enfants guettaient la course des nuages jouant avec le vent... Les grands extatiques, racontaient leurs "visions" où se mêlaient religion et diablerie, au grand dam des petits qui se regroupaient serrés....

    La famille vivait repliée sur elle-même, refusant le monde extérieur........

    ...............

    Foudroyée, Alice respirait la douleur de sa grand-mère. Elle aurait tant voulu ne pas être là ! Elle se persuada que la vie était dangereuse et déjà, elle trébuchait dans la vieillesse...

    Depuis, son horloge interne déraillait  dans un constant dérapage du Temps et de l'Espace !

    Alice attendait les mots d'amour pour réconforter la mourante : ils ne venaient pas ! Sa bouche était scellée par la terreur...

    Soudain sa grand-mère voulut parler... Ses traits se creusaient sous l'effort et Alice entendait bruire ses lèvres comme feuilles frémissantes sous le vent où flamboyait l'agonie....

    Puis la vie s'est éteinte, brusquement !

    Elle était l'âme du Clan, la force vive, la dynamique, le lien.

    A jamais la famille se disloqua !

    Alice était devenue vulnérable ....

    "Le vrai Paradis est celui qu'on a perdu" Marcel Proust

     

    Luciole

    MAMIE

     

    MAMIE

     

     

     

    Très beau poème de ma fille Laly

     

    Je ne l'ai pas connue

    Cette grand-mère des temps enfuis

    Mais je garde le très net souvenir

    De sa photo sur une table du nuit

    Doux visage éclairé d'un grand sourire

    Infusant délicatement joie et calme absolus

     

    De ces quelques beaux instants lus

    Nait un sentiment de vécu

    Réminiscences de ce que j'ai entendu ?

    Réminiscences de lieux que j'aurais connus ?

     

    Je ne l'ai pas connue

    Cette grand-mère des temps enfuis

    Mais les fragrances ne se sont pas évanouies

    Violette et muguet traversent les temps

    Et avec délicatesse se mêlent au présent

    En vaporisant les petits-enfants à leur insu...

    Laly

     

    MAMIE

     

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  • Vangélis - Alpha

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALE

     Défi n° 142 proposé par LENAIG BOUDIG des "CROQUEURS DE MOTS"

    POUR LUNDI 6 MARS 2015

    UNE ETRANGE ATMOSPHERE

     

    VOYAGE DANS LE FUTUR

    Kristoffer Axén est né en 1984 à Stockholm

    Kristoffer Axén travaille ses images selon un minutieux processus de post-production où des ombres épaisses et des points lumineux viennent s'associer à une palette bleue quasi-monochrome. Certains éléments, voire des arrières plans entiers, sont enlevés ou réarrangés pour que les personnages - devenus anonymes - flottent dans un monde dénué de tout repère...
    Un univers d'angoisse feutré s'installe, où la peur de l'inconnu devient le sujet central...

     

    SEULS AU MONDE !

     

     Une immense douleur la terrifia, suivi d'un éblouissement.... Des éclairs dansaient devant ses yeux exorbités.
    Des décharges lumineuses jaillissaient du sol dans un fracas de tonnerre.

    Dans ses entrailles nouées coulaient un torrent de feu, une fournaise...
    Elle tremblait, secouée de nausées et de sanglots...

    Puis, soudain, silence absolu !

    Elle se retrouva dérivant dans une sorte de brouillard gris... Elle ne percevait plus rien ! Apesanteur ! Impossible de s'orienter ! Un froid sibérien dans tout le corps.... Panique ! Panique !

    Elle errait dans des limbes sans consistance, sans relief, sans lumière, sans objet... Le Temps était suspendu...

    Elle ne respirait plus, son cœur ne battait plus.... Tout l'Univers semblait avoir disparu, comme dilué dans ces limbes horribles....

    Puis, quelque chose de grandiose gronda au plus profond d'elle, l'envahit toute entière avec une force redoutable qui .... ouvrit les portes de cet Enfer.... La Vie revenait !

    Elle luttait avec toute sa volonté pour émerger... Une douce chaleur tentait d'unifier son corps morcelé...

    Ses yeux s'ouvrirent sur un monde flouté, bleuté... Elle essaya d'organiser sa pensée, encore abrutie, perdue dans une sorte de rêve éthéré....

    Des émanations métalliques la réveillèrent totalement. Puis elle reconnut l'odeur de la géosmine (cliquer sur le mot), cette odeur très particulière qui suit l'orage, ainsi que des relents de suie ? oui, une nauséabonde odeur de suie froide...

    Elle humait frénétiquement l'air avec appréhension, mais finalement heureuse de respirer, respirer... et de sortir enfin de la prison embrumée de son cerveau...

    Des brèches s'ouvrirent dans sa mémoire anesthésiée.

    Des impressions fugitives qui cherchaient à la noyer dans la terreur.... Elle se souvint !

    Ils avaient traversé la Porte du Temps ! L'étrangeté roulait dans ses tempes douloureuses...

    Son mari ? où se trouvait son mari ???

    Des rafales de vent lui plaquaient une atmosphère fétide chargée d'humidité sur le visage.

    Puis elle reçut comme des vibrations venant de lui !

    Il se levait, non loin d'elle, avec difficultés. Il chancelait, comme ivre...
    Il se dirigea vers elle, lui agrippa les mains et l'aida à se relever.

    Ensemble, ils scrutèrent le FUTUR qui se déroulait sous leurs yeux angoissés...
    Le FUTUR venait de les capturer. FUTUR aux milliards d'inconnus !

    Le scientifique se réveilla en lui !

    Ils étaient partis à la recherche des trous noirs, au CERN....
    Ils avaient réussi !

    Ces minis trous noirs, générés par le LHC (cliquer sur le mot) (l'accélérateur de particules européen, près de Genève en Suisse) avaient permis  le transfert de sa Femme et Lui...
    Ils avaient réussi !!!

    Ce Physicien des accélérateurs de particules piaffait d'une joie sauvage !

    ..... Mais dans quelle dimension se trouvaient ils ???

    Il chercha désespérément tout son matériel : scientifique, sa console de contact avec l'équipe de Physiciens du CERN (cliquez), provisions, bagages, camping.... rien ne les avait suivis ???

    Luce avait déjà compris ! Son teint laiteux, encadré de cheveux auburn à la frange coupée nette reflétait la peur.

    Ils avaient eu conscience des risques qu'ils prenaient avant l'enclenchement des opérations nécessaires pour ce transfert !

    Mais la perte de leurs bagages les terrorisait !

    Son cerveau au QI élevé de physicien renommé.... stupéfié, étourdi, lui parut un vrai cloaque de trouille !

    Leur aventure prenait une tournure non prévue, devenait un pari énorme !

    Il contempla sa femme, honteux de l'avoir entraînée dans une pareille débâcle ... Vêtue seulement de sa petite robe rose et de ses collants bleus, elle claquait des dents.

    Mais son optimisme et sa raison de scientifique reprirent le dessus ! Ils survivront ! Il lui promit !

    Elle ne répondit rien, les yeux brouillés de larmes...

    Il lui parla doucement, avec tendresse....

    Ils avaient fuit la TERREUR qui régnait sur la Terre, la Sauvagerie de ces peuples enragés, dérangés, qui saccageaient tout, conduisant le monde vers sa destruction....

    Les physiciens les avaient envoyés jauger le FUTUR pour connaître les aboutissements de cette guerre atroce....puis pour sauver, le cas échéant, le plus possible de scientifiques et individus indispensables pour reconquérir la Terre avec une Humanité plus avisée, plus responsable, en espérant y rencontrer des descendants lointains conciliants ....

    Ils allaient retrouver leurs affaires, quelque part dans cette contrée inconnue... Allons, cherchons, courage !

    C'était un monde bleu, gris et vert !

    Il crispa sa main autour de son front et scruta l'horizon...

    D'énormes nuages noirs chargés de pluie obscurcissaient le ciel, qu'une flaque de lumière tentait de percer...

    Luce observait cet Homme sportif, si équilibré, si intelligent, qui avait pris leur destinée en main.... Ses épais cheveux courts grisonnaient déjà !

    Elle ne parvenait pas à l'imaginer déboussolé, perdu !

    Il prit soudain conscience qu'une grande quantité de cendres avait comblé toute la contrée sur une importante épaisseur, peut être même sur des centaines de mètres....

    André inspecta la couche durcie, mais s'aperçut qu'à la moindre pluie violente, cette cendre risquait fort de provoquer des lahars (cliquer) dans lesquels ils s'enfonceraient inévitablement !

    La sueur perla à son front !

    Sa biologiste de femme avait compris cela dès les pieds posés sur cette drôle de couche de cendres... Ces poussières atmosphériques denses avaient certainement ensemencé les nuages lourds et noirs, pouvant provoquer de furieux orages ! Et les rafales de vent qui les tarabustaient le prouvaient  !

    D'une voix monocorde, elle lui expliqua....

    Il faudra des années pour reformer un écosystème riche et une vie animale....

    D'ailleurs, la végétation reprenait doucement, progressivement, sa place !

    La forêt, au loin, était jeune encore !

    Mais quelle catastrophe avait bien pu secouer la Terre ainsi ?

    Avec effroi, ils comprirent que toute vie avait disparue, hormis la vie végétale.... et eux !

    Ils étaient seuls au monde, seuls !

    Il admit enfin qu'il ne retrouverait plus toutes leurs affaires...

    Il leur fallait tout réinventer leur vie ! Comme au début de l'Humanité, mais avec leurs connaissances...

    Il eut soudain confiance en lui et en l'énergie et l'ingéniosité de sa femme...

    L'avenir était possible - Il le voulait !

    Sa femme sourit ....

     

    UNE ETRANGE ATMOSPHERE

    LHC (Grand Collisionneur de Hadrons) du CERN à Genève en Suisse - cliquer sur ce lien

    Le Pape François met en garde que le Grand Collisionneur de Hadrons pourrait "ouvrir les portes de l'enfer",

    car le CERN prévoient, dès Lundi 6/4/2015, de pousser "l'écraseur d'atomes" du LHC
    jusqu'au niveau le plus élevé au mois de Juin 2015

    dans un but de détecter des trous noirs miniatures
    et éventuellement ouvrir une brèche dans la fabrique de "l'Espace-Temps" !

     

    UNE ETRANGE ATMOSPHERE

    Vue d'un trou noir par un artiste
    DIPANY/SIPA

     

    UNE ETRANGE ATMOSPHERE

    Lahar sur les pentes du volcan Santa Maria, au Guatemala, le 17/08/1989

     

    UNE ETRANGE ATMOSPHERE

    Dépôts de Lahar dans une vallée du volcan Pinatubo (Philippines) du photographe Neureiter

    Le halar se défini comme une coulée volcanique, responsable de plus de destructions et de morts
    que les phénomènes volcaniques eux-mêmes !

     

     

    UNE ETRANGE ATMOSPHERE

     

     

     

     

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    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALE

    Cliquez sur l'image

    DEFI n° 141 mené par Enriqueta des "Croqueurs de mots"

    Pour LUNDI 23 MARS 2015 : "C'est dans les vieux pots......"

    J'ai choisi dans la liste proposée des défis,

    Le Défi n°28 de Tricotine :

     

    LE GRENIER

     

    (Cliquez sur les photos qui s'agrandiront)

     

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALE

     

    Sensation d'arrachement ! Cette maison aimante aux odeurs encore tenaces de cire, de roses, de géraniums et de plantes grasses, de cuisine et de pâtisserie... qui contient tant de souvenirs, de rêves et de liens... cette demeure rassurante close désormais des ses hôtes partis "au Ciel".... allait être vendue !

    Cet îlot où chacun pouvait venir déposer sa vie, lieu de rencontre ou lieu d'exil auprès de nos vieux parents.... Quelle difficulté de s'en séparer ! Tout un pan de vie qui s'écroule....

    Maison qui garde l'empreinte des grands parents maternels, des tantes et oncles, des cousins et cousines, des parents... Château de ma mère...

    J'allais de pièce en pièce écouter battre son cœur, à travers son histoire l'œil inquisiteur, pour en établir l'inventaire....

    Silence inquiétant ! La maison désertée s'était repliée sur elle-même... Allait-elle supporter des Etrangers ?

    Un escalier, interdit à l'enfance, m'attire soudain tout là-haut, vers son mystère....J'allais enfin pouvoir destabiliser le temps, le plier à mes envies, le forcer à révéler les secrets qu'il s'obstinait à protéger dans le giron du Grenier....

    Je grimpe une à une les marches étroites crasseuses de l'échelle de meunier... Une porte couine et s'ouvre....

    HAN ! j'ai le souffle coupé ! Un travail titanesque m'attend !

    Un fatras d'objets, de petits meubles, de chaises bancales, de bibelots occupent chaque centimètre carré...Des années conservées, entassées sous la dense poussière...

    Une hésitation me tient en suspens dans l'air ouaté où danse la poussière dorée... D'énormes toiles d'araignées tendent leurs hamacs poussiéreux partout ! Une douce lumière émane d'une lucarne,  dans laquelle  tourbillonnent des évanescences scintillantes...

    Mes yeux s'habituent progressivement à la pénombre. J'attends, lovée dans la lumière diffuse... De vaporeux fantômes gémissent, se plaignent... Des soupirs, des petits cris, des craquements.. Le sifflement du vent entre les tuiles ... Mon insolite arrivée réveille la torpeur inviolée depuis tant d'années du Grenier !
    Ses entrailles ont une drôle d'odeur qui me fait plisser le nez ! Le parfum entêtant des branches de tilleul desséchées se mêle à la fragrance épicée ou douçâtre des touffes de plantes séchées et de roses fanées...suspendues têtes en bas aux poutres de chêne patinées par les ans d'une surprenante beauté malgré l'épaisse couche de crasse...

    Ce repaire brouillé d'ombres irréelles exerce sur moi une étrange fascination ! Le temps, un instant figé, se remet en marche.... Je me déplace avec précaution sur le plancher disjoint en bois brut qui grince, évitant soigneusement les toiles d'araignées...

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALEJ'ouvre avec beaucoup de difficultés la porte qui résiste, puis hurle d'une massive armoire... et reste émerveillée devant les piles jaunies de magnifiques draps de mariage en coton brodés main, assortis de leurs taies d'oreillers... Des napperons délicatement ajourés et bordés de dentelle.... véritables trésors du temps jadis !
    Mais déception en dépliant un drap couvert de poussière : seul le rabat brodé est resté intact, le reste est rapiécé, usé jusqu'à la trame, voir déchiré ! (Même constat par la suite pour les autres draps !)

     

    Je navigue d'un objet à l'autre, familier ou inconnu qui raconte la vie de la famille, en triant, jetant ou conservant selon l'état ou mon désir.

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALEUne boite à chaussures remplies de cartes postales fera le bonheur de mon mari, ainsi qu'une pile de disques vinyls aux pochettes surannées...

    Emotion vive devant un carton rempli de sécateurs rouillés, de bouts de ficelles que mon grand-père maternel gardait précieusement pour entortiller ses tuteurs dans son immense potager... ou devant la pile de journaux de la guerre 40 mangés par les souris... les vieux appareils photos hors d'usage... tout ce bric à broc qu'il faut jeter !
    Impression de violer l'intimité du Grenier ! J'entends chuchoter sa mémoire blessée dans le silence ouaté !

    Ici tout un carton de partitions illisibles qui incitent à la nostalgie : j'entends la voix de ténor de mon grand-père chanter des airs d'opéra. Il avait du quitter la scène et le théâtre pour nourrir sa famille... Faille insondable dans sa vie ! Partitions qui continueront de remplir les sacs de poubelle étiquetés "à jeter".... s'accumulant devant la porte. Je travaille vite dans la lumière tremblante...

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALE

    Une valise noire, blanche de poussière, me délivre son mystère d'où s'échappe une violente odeur d'encre et de renfermé.

    Battements de cœur ! Des lettres par centaines gisent là, en vrac ou soigneusement enrubannées... Avis de naissances ou de décès, lettres d'amour ou d'évènements tragiques ou joyeux.... de désillusions qui tordent le cou aux rêveries, aux envies... Ici, tous les mots se fondent en un TOUT qui se nomme la VIE !

    J'hésite ! Prémonition sourde ! Culpabilité ! ... mais la curiosité prend le dessus. Et puis, il faut bien trier !  

    Lettres banals, avis que je jette sans pitié !

    Dans le grenier, un pont enjambe la pénombre striée de rais de lumière comme des tuyaux d'orgue renversés scintillants.... et rejoint les âmes des défunts par ces mots lus déversés sur les papiers souvent quadrillés...

    Mots frémissants, légers comme des battements d'ailes...

    Ou mots acides qui, soudain, griffent, labourent et laissent des sillons douloureux ! Je jure de ne jamais garder mes courriers !

    Les poubelles se remplissent rapidement .... J'y jette tout un bric à broc à portée de main. Infinie solitude, au milieu de l'empreinte de mes pas sur le sol poussiéreux !

           ma grand mère maternelle

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALEUne commode baille ! Les tiroirs ne ferment plus... J'y soutire péniblement de longues boites colorées en carton, grosses de photographies, ou d'albums photos ... Les photos, surtout les sépias, ont une drôle de mine... Elles ont mal vieillies ! De magnifiques élégantes coiffées d'immenses et superbes chapeaux côtoient des hommes secs et fiers à moustaches, coincés dans d'étriqués costumes noirs.... Longues galeries d'ancêtres inconnus que j'entasse dans la grande valise noire dépoussiérée, vidée de son contenu...

    Puis la nostalgie d'un passé magnifié par la mémoire infaillible des albums de l'enfance où l'on retrouve avec joie les cris, les rires des cousins, cousines en courses folles à travers l'immense Jardin ou grimpés dans l'énorme tilleul... puis les parterres de rosiers, la façade couverte de vigne vierge de la maison, le rosier grimpant... Revient le goût des fraises sucrées et l'acidulé des groseilles, la douceur des framboises et l'acidité des pommes vertes...

    Ma petite mère en communiante

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALE

    Et voici même ma mère en jolie mariée dans sa magnifique robe de communiante à plis religieux et ruchers....

    Quelle était belle, ma mère, sur cette photo !

    Le Grenier cesse d'être solitude, le souvenir devient nourriture...

    Se tisse un dialogue entre Ciel et Terre !

    A travers ce souvenir, le sourire d'une vie, qui nous quitte, s'envole hors de l'espace et du temps, et nous revient...

    Fil ténu et sensible qui doucement s'affirmera..... Etrange sentiment d'unicité !


    Transparence de l'Amour qui nous protège et, d'un clin de lumière, doucement nous mène là où le pied peut se poser sans se blesser....

     

     

     

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALECoup de cœur devant ce minuscule service à café fleuri de bleu avec lequel ma mère servait le breuvage brûlant avec des gestes lents.... Il trouvera sa place sur l'une de mes étagères de la cuisine...

    Parmi tous les bouquins relégués dans une malle au dos bombé, ces fameux "Sélection du Livre" du Reader's Digest dont je me gavais, allongée sur mon lit... encastrés depuis dans ma bibliothèque bondée...

     

     

    Les ombres s'allongent dans le grenier pendant que les sacs poubelles s'amoncellent à l'entrée...

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALE

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALE

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALE

     

    Et dans le glissement de la lumière soudain se révèle l'insolite : l'antique machine à calculer de mon père, que seul mon mari ravi saura faire fonctionner... Elle rejoindra l'imposante machine à écrire "Underwood" noire de son père sur les étagères de son bureau !

     

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALE

    A même le sol dans un cageot s'amoncellent de mignons petits vases qui, débarrassés de leur gangue de poussière, garniront mes étagères de cuisine juste au-dessus de l'évier...

    Deux ravissantes Saintes Vierges soigneusement emballées communient avec les âmes des défunts qui se fondent dans l'ombre...

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALELE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALE

     

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALE

     L'une trônera dans la niche au-dessus du frigidaire dans la cuisine

    Pendant que l'autre Marie à l'Enfant Jésus touchera le cœur des visiteurs dans l'entrée de ma maison du Var...

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALELE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALE

     

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALE

     

      

    Dans le faux silence où tout craque et gémit caracole un service à orangeade en verre gravé de feuilles dorées, que ma mère gardait pour "les grandes occasions", qui retrouvera vie derrière la vitrine de mon buffet de cuisine...

    Ainsi que les précieux contenus de coffrets bleus : des vases de Cristal d'Arques délicatement ciselés..

    D'autres souvenirs toucheront le cœur de mes frères et sœur, et peu à peu le grenier balayé, récuré, retrouvera sa glaciale nudité.... Tristesse du regard balayant la poutraison en chêne, la grisaille des murs de pierres et la soudaine propreté des lames disjointes du plancher....

    Le Grenier renfermera désormais progressivement l'Histoire singulière, avec de nouvelles marques, d'une autre famille !

     

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALE

    Coucou, c'est moi, à 12 ans

     

    LE GRENIER DE LA MAISON FAMILIALE

     

     

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    Printemps, je t'attends ! >>

     

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    ELLE EST OU, MAMAN ?

    (Cliquez sur l'image)

     

    Défi n°140 de "FADOSI CONTINUE" pour les "Croqueurs de mots"

    (Cliquez sur les mots en bleus)

    "Titre à donner au défi à partir de ce que vous inspire l'image suivante.
    Vous donnerez au texte qu'elle vous suggère la forme que vous souhaitez (prose, vers, calligramme, etc)

     

    ELLE EST OU, MAMAN ?

     

     

    ELLE EST OU, MAMAN ?

    ELLE EST OU, MAMAN ? 

    Un battement de cils          - Abandon vif de la chair
    Une paupière se ferme       - Referme le Livre d'un coup sec
    La chambre se vide            - Des chuchotis dans l'air
    Les bouches se remplissent - Boivent un verre de larmes, cul sec ...

    ELLE EST OU, MAMAN ? 

    Elle est où, Maman ?
    - Partie !
    Partie où ?
    - Loin !
    Pour longtemps ?
    - Longtemps !

    ELLE EST OU, MAMAN ? 

    Une mauve glycine exhale des adieux
    En tordant, accablée, ses longs bras noueux
    Et coule en pleurs sur le front en deuil
    De l'Homme qui suffoque sur un banc affalé.
    Flot des ténèbres dans l'Heure décapitée !

     ELLE EST OU, MAMAN ?

    Naufrage de l'âme qui rêve de mourir,
    Levant les yeux au Ciel, vers Dieu gémir :
    "Seigneur, je veux céder aux ans
    Puisque Tu m'as pris mon Printemps !
    Je sais, j'étais un mari bien fade
    Pour cette coquette au cœur maussade
    Qui s'échappait en maintes escapades !

    "Femme étrange rongée de souffrances
    Esclave liée à son amant inconstant
    En lentes effeuillaisons se dépouiller
    Puis au fond du gouffre, nue, se jeter
    Âme ensevelie, au poison s'abandonner"
     

    ELLE EST OU, MAMAN ?

      

    Une mèche de ses longs cheveux frisés
    Brûle la paume de la main de l'Homme poignardé...

     

    Lorsque l'Enfant d'innocence paraît,
    Sa robe en frissons de deuil toute fraîche
    D'une douce haleine de fleurettes massacrées
    Gisantes dans un panier d'osier, à ses pieds...

     

    ELLE EST OU, MAMAN ?

    Elle est où, Maman ?
    - Partie !
    Partie où ?
    - Loin !
    Pour longtemps ?
    - Longtemps !

    ELLE EST OU, MAMAN ?

     

    Luciole

     

    ELLE EST OU, MAMAN ?

    Mort de Mme BOVARY, qui s'est empoisonnée au cyanure

     

    ELLE EST OU, MAMAN ?ELLE EST OU, MAMAN ?

    Gustave Flaubert (1821-1880)                                                                                                                    Charles Léandre (1862-1934)

     

    Quelques explications sur la peinture concernant le défi  de Jeanne :

    Cette illustration a été réalisée par Monsieur Charles LEANDRE (1862-1934) : peintre, lithographe, caricaturiste et dessinateur français de grande renommée.

    Elle représente Monsieur BOVARY effondré par la mort de sa femme - Emma BOVARY qui s'est suicidée en absorbant du cyanure.

    Roman de Gustave Flaubert paru en 1857, œuvre majeure de la littérature française et mondiale (malgré un scandale retentissant dans la Bourgeoisie de l'époque). Le roman connaîtra un immense succès en librairie.

    Emma, fille d'un riche fermier, enfermée dans un couvent pour son "éducation",  rêve d'une vie mondaine. Elle épouse Charles BOVARY, piètre officier de santé (qui exerce le métier de médecin, mais sans le titre) et s'enlise auprès de lui dans une vie monotone... elle finit par ne plus l'aimer, malgré la naissance de la petite Berthe, qu'elle rejette et donne en nourrice à une autre femme.

    Emma prend des amants, Rodolphe - clerc de notaire et surtout le libertin et inconstant  Léon - châtelain.
    Pour leur plaire, elle s'endette très lourdement auprès de son marchand de tissus, pour de somptueux vêtements... marchand qui réclame son dù !

    Ses amants refusant de lui donner de l'argent, désespérée, elle finit par se suicider en absorbant du poison, du cyanure (horrible mort !). 

    Monsieur BOVARY, Homme bon et mari généreux, en meurt de chagrin !

    Berthe est confiée à une tante très pauvre, et devra travailler dans une filature pour subsister. Sa vie sera une vie de misère !

      

     

     

    <<VOYAGE A ROME du 5 au 10/10/2014 : suite 4

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  • RESISTE, MON FILS, RESISTE !

    (cliquez sur l'image)

     

    Défi n° 139 d'ENRIQUETA : "RESISTANCE" pour les "Croqueurs de mots"

    (Cliquez sur les mots en bleu)

     

    RESISTE, MON FILS, RESISTE !

    http://faurillon.com/tranchées.html

     

     

    Résistance héroïque des poilus

    "RESISTE, MON FILS, RESISTE !"

    Ô ma mère, si tu me voyais !

    Je suis comme un naufragé, ta lettre sur mon cœur, allongé dans la boue... une boue qui digère tout, une boue gluante, épaisse, collante, semée de détritus, de boîtes de conserves, de papiers....

    Bauge puante, ignoble niche creusée à même la paroi de la tranchée....

    Homme enfoui dans les entrailles de la Terre croulante, ruisselante... Une eau glacée qui suinte de partout... Humidité de tombeau.... Relents de cave...

    Ô ma mère, si tu me voyais !

    J'ai perdu toute apparence humaine. Voilà bien 15 jours que je croupis dans mes vêtements dégueunillés, sans pouvoir les enlever, godillots vissés sur mes pieds glacés entortillés de chiffons mouillés.

    Statue de glaise ensevelie sous une toile de tente, chevelue, barbue, crasseuse, rongée de poux.... Enormes "rats de cadavres" courant partout.... je remâche les ténèbres.

    Il y a tant d'années que je mords ainsi la poussière dans ce pays étranger. Derrière moi, j'ai tout laissé, fermé la porte... et je n'ai plus la clé pour rentrer...

    Combien de pneumonies, de pieds gelés, de pieds pourris qu'on évacue chaque nuit par dizaines....

    Dans ce jour miteux sous une eau morne qui s'abat sans cesse sur la terre transie, j'essaie de dormir... Aujourd'hui je ne suis pas de garde !

    Ô ma mère, ma contrée, elle est si loin cette miche de pain que nous partagions, le père, toi et moi, sur la table de pin !

    Au "Résiste, mon fils" de ta lettre chérie, obstinément je me nourrie... car sur mon chemin des traces de folie !

    Ton cri est sur mon cœur. Je porte ta longue prière dans ma chair....

    "A ta naissance, j'ai pleuré, émerveillée devant la grandeur du Don, mon fils !

    La guerre m'a pris le père ! Va t-elle me prendre aussi le fils ?

    Genoux rompus, agenouillée, je te supplie :

    "RESISTE, MON FILS, RESISTE !

    Je sais, mon petit, combien est rude la montée, lourde d'un vent de haine, de hurlements, de souffrances, de sanglots de sang ; mais un jour se briseront les chaînes... et tu retrouveras le frais sourire d'un ruisseau qui chante au milieu d'humbles violettes.... Comme la vie te semblera belle ! mon cœur le sait !

    RESISTE, MON FILS, NE COMPTE PAS LES JOURS DE FOLIE !

    Agrippe-toi à l'amour de ta mère comme à l'arbre l'opiniâtre lierre qui, sans cesse, cherche la lumière !

    Ne laisse pas la terre marâtre te prendre dans ses bras trompeurs... Elle est rouge du sang de tes frères...

    Je ferai le pain et garderai au frais le vin !

    A gué, tu traverseras la méchante rivière. Ecoute le cri de joie de l'hirondelle qui, déjà, vole en plein ciel...

    Vas-tu rester ? la table est mise, mon fils...

    RESISTE, ET REVIENS VOIR TA MERE !"

    Ô ma mère, la guerre a tué "l'autre", le moi d'avant, passionné et sincère...

    Tout mon être se vide en ruisseaux de lassitude !

    Les Heures sont vaines : quelle est ma raison d'être ? ...

    Voici l'Heure du Soir, celle qui verse le sang des damnés sur la boue affamée !

    Le casque enduit de boue pour éviter les rayons de lune, nous allons doucement, étouffant nos pas.

    Epuisantes diverses corvées de la nouvelle race des  "Hommes de tranchée", mal nourrie d'un maigre repas froid à minuit. Assoiffée, car l'eau est rationnée. Ici pullulent des milliers d'énormes rats, vecteurs de maladies, que nous tuons par centaines....  

    Toutes les nuits, résistant à la succion de la boue, nous pelletons la gadoue, régiment de terrassiers, pour la jeter par-dessus les parois de la tranchée..

    Pour nous retrouver à plat ventre à chaque fusée éclairante, puis ramper dans nos trous, abasourdis par le vacarme, sous le déluge de bombes, d'obus, de fusées à ailettes, voir de gaz asphyxiants....

    Un homme sanglote... je grelotte... il agonise... j'hallucine !

    Giclent des geysers de boue ! Le ciel flambe, l'air crépite, des grenades hurlent ...

    Le sol s'ébranle, la terre tremble... les parois de la tranchée s'éboulent sur des fantassins ensevelis dans leurs niches...

    Tumulte et agonies ! Mon cœur devient cendre ...

    Et puis, soudain, le silence, un silence assourdissant, un silence de cave !

    C'EST FINI ! C'EST FINI ! Je suis une fois de plus encore en vie !

    "RESISTE, MON FILS, RESISTE !"

    Luciole

     

    RESISTE, MON FILS, RESISTE !

    RESISTE, MON FILS, RESISTE !

    RESISTE, MON FILS, RESISTE !

     

     <<HISTOIRE LOUFOQUE ROSE FASHION

     

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