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    Gare à l'eau qui dort n° 53

     

    Gare à l'eau qui dort n°53 - Les secrets d'Agathe

    Louise est en proie à une violente jalousie envers la sublime Agathe, 
    la toute jeune maîtresse de son défunt mari, Damien...qu'elle compare à Eve... ou Lilith ...

    Va -elle tenir sa promesse faite à Damien sur son lit de mort ?
    La toute jeune Agathe, maman d'une petite Daisy de deux mois, fille de Damien,
    est incapable de survenir à ses besoins et à ceux de son bébé....

    Louise arrivera-t-elle à dépasser ses répulsions et accepter de prendre chez elle la mère et l'enfant ?

    Quelle sera la réaction de ses riches Parents aristocratiques, fort repliés sur "leur Monde" et sur eux-mêmes ?

    Lou, douze ans, acceptera t-elle de cohabiter avec l'ex-toute-jeune-maîtresse de son père
    ainsi qu'avec sa petite demie soeur ?

    Une foule de questions à laquelle Louise devra répondre au plus vite ! 

     Le prêtre Romain tente de l'aider à y voir plus clair en elle.... 

    Louise découvre avec effroi les conditions de vie des adolescents dans la "Maison d'accueil"
    Réussira-t-elle à repartir avec les "petites" malgré les réticences du Directeur ?

     Elle rencontre enfin la jeune Agathe, dans sa chambre du CEF (Centre d'éducation fermé)

     

    LES SECRETS D'AGATHE 

     

     

    L'ovale de son visage était d'une finesse remarquable. Ses lèvres, magnifiquement ourlées, et la candeur malicieuse de ses grands yeux verts de manga lui donnaient l'air d'une enfant... Une femme-enfant aux joues roses mangées par les longues boucles blondes de ses cheveux en bataille la recouvrant jusqu'à la taille ! Cette petite avait besoin d'une bonne douche et d'un long brossage de sa splendide chevelure... 

    Ni Lilith, ni Eve ! Mais une adolescente mûrie bien trop tôt, qui ressemblait à une petite sauvageonne ! Louise, soulagée, lui sourit avec chaleur. presque avec tendresse.... (Episode précédent n° 52 - cliquez sur la phrase)

     

    Elles se regardèrent, soudain gênées, désorientées ! 

    Louise impressionnait Agathe... Elle l'intimidait ! Agathe était fascinée par son chic, son élégance, et sa beauté, par la force et l'énergie qui émanaient de sa personne, de son regard... Les vêtements impeccables de Louise devaient coûter un max !!! Ses bottines, son sac... une tuerie ! On dirait une de ces mannequins qui posaient sur les magazines  dont Agathe était friande !

    Gare à l'eau qui dort n°53 - Les secrets d'Agathe

     

    Le coeur d'Agathe battaient à grands coups. Dilemme ! Être obligée de rester ici ou enfin pouvoir partir de ce lieu maudit était l'une des choses les plus importantes de sa vie. Elle en perdit les mots, muette d'admiration, figée par la peur de décevoir, foudroyée par la sagacité du regard de Louise...

    Louise contemplait avec curiosité et une certaine anxiété cette gamine échevelée à qui elle faisait  manifestement peur...

    Etrange et lourd malaise !

    La jeunesse et la vitalité d'Agathe lui permirent de retrouver progressivement son assurance... Le regard de Louise était bienveillant ! Elle n'en revenait pas ! Elle se prit à douter que cette femme si belle, si racée et si gentille soit la femme de Mylord ! 

    - "J'ai peur d'pas bien comprendre, Madame. C'est vraiment vous, la femme de Mylord ?"

    - "Appelle-moi Louise, Agathe, ce sera plus facile ! Hé oui, je suis bien l'épouse de mon défunt mari, Damien Mayer... Alors, tu l'appelais Mylord ? Pour quelle raison ?"

    - "Ben, parc'qu'il était chic et choc, comme vous, et friqué ! ça m'impressionnait ! Il m'aimait bien, vous savez ! Qu'est c'que j'ai été dévastée d'savoir... enfin, tout, quoi ! Mais grave mortel, quoi ! Y'a eu les journaux à la télé... Tout le monde a dit qu'c'était d'ma faute ! Mais c'est lui qu'est venu m'chercher... Il était si gentil, alors ! j'avais pas l'habitude ! J'ai craqué, moi ! ...."

    Agathe se tut, horriblement déstabilisée de parler ainsi du mari à la si belle Dame ! Louise n'insista pas... 

    - " Adrienne m'a dit que tu refusais l'école ? C'était pourtant une très bonne chose pour toi, Agathe ..."

    - "Holàlà, non, Madame... heu... Louise ! ..."

    Elle offrit son unique chaise à Louise et alla s'asseoir en face d'elle en se laissant tomber sur le lit  qui grinça de tous ses ressorts ! La petite Daisy dormait toujours et émettait un léger bruit, comme si elle avait des difficultés à respirer ! Louise se leva, inquiète, et se porta vers le pied du lit pour examiner la petite...

    - "Faut pas vous inquiéter, Mada... Louise, elle fait toujours ça depuis qu'elle est née ! Elle ronfle, ma fille !"

    - "Es-tu certaine, Agathe ? A-t-elle été examinée par un médecin ?"

    - "Oh oui, sur toutes les coutures ! ça, l'Directeur a fait tout c'qu'il faut pour elle ! Mais elle est pas heureuse ici, elle sent bien comme j'suis mal ! C'est pas un endroit pour elle... C'est grave triste, pour elle... et pour moi aussi..."

    Louise revint s'asseoir face à Agathe, qui semblait toute disposée à se confier...

    - "Et pourquoi refuses-tu l'école ?"

    Agathe étala avec volubilité toutes les misères qu'elle avait enduré dans "La Primaire", puis dans "La Secondaire"... Elle avait éprouvé pour ses études un dégoût inquiétant... Les profs s'étaient moqués d'elle, l'ambiance était grave grave... les autres étudiantes des "garces" qui l'humiliaient à cause de son "incompétence".

    - "Pas d'ma faute si j'ai l'cerveau lent, tout d'même !" 


    Elle avait fait bloc avec Cathy, sa soeur de coeur, sa copine adorée, qu'on lui avait arrachée et jetée au service d'une famille étrangère qui la maltraitait et ne parlait même pas français ! ...... 

    Louise tentait de la suivre, et faillit éclater de rire devant son drôle de langage, sa volubilité et l'exubérance de ses sentiments. L'accent banlieusard, qui exprimait si bien la dure et violente réalité des cités, convenait mal à sa beauté ... 

    - "Quand Mylord m'a trouvée à son goût et m'a proposé de m'occuper d'lui, vous pensez si j'ai été soulagée... Le père n'était pas gentil avec moi, sa bonne femme me tapait et me criait dessus  ! Mylord leur a donné des sous, alors ils m'ont fichu la paix !"

    Les confidences désabusées d'Agathe atteignirent violemment Louise dans ce qu'elle avait de plus douloureux.... 

    - "La femme de ton père n'était pas ta mère, Agathe ?"

    - "Oh ça non alors, heureusement, sinon j'm'aurais suicidée ! Me rappelle pas d'ma mère... Elle est morte quand j'étais p'tite ! On m'a dit et redit qu'elle était au ciel ! J'ai beau l'appeler, j'l'entends pas, vous savez !... Même pas ici ! Elle m'aide pas ! P't'être qu'elle m'aimait pas, elle aussi !....

    Alors quand j'ai su la mort d'Mylord, ça été la fin de tout ! J'ai tellement vécu hors du monde, avec lui....tellement c'était un vieux c  ...  enfin j'veux dire avec des jalousies terribles ! J'ai paniqué grave, vous savez  ! Et encore, si j'avais su comment c'était ici .... C'est les gendarmes qui m'ont am'née dans ce trou à rat... Moi, j'étais enceinte ! J'avais pas la loi... Mon père n'a pas voulu d'moi... Des jours et des jours à croupir ici... J'aurais pas eu Daisy, j'm'aurais suicidée ! Elle le sait, Daisy, j'lui ai dit ! C'est pas humain de vivre comme des rats ! Des jours et des jours vides .... j'en peux plus ! 

    J'suis toute seule, dans c'te maison horrible... J'ai personne à aimer, sauf Daisy, et personne m'aime... J'sais pas quoi faire ! Les autres, y' m'cherchent tout le temps des poux.. Elles m'humilient, comme ça, pour l'plaisir ! J'crève d'solitude, ici, Madame... "

    Agathe se tut soudain et regarda intensément "Madame" avec de grands yeux suppliants...

    Louise comprit parfaitement l'allusion... Un déclic, une soudaine anxiété en elle l'alertèrent !

    Ainsi la jeune fille a connut la même misère qu'elle, l'absence de l'amour maternel, gouffre sans fond qui marque toute une vie !

    C'est une perpétuelle frustration qui réduit à rechercher l'amour par le biais de l'autre... Un besoin extrême de plaire à tout prix sans pouvoir s'en empêcher, avec l'impossibilité de maîtriser cette dévorante angoisse d'être aimé... Une urgence intérieure qui pousse à vouloir être le centre de toutes les attentions, à devoir s'adapter à tous les auditeurs, avec l'obligation de  jongler avec différents masques selon la personnalité de l'individu en face de soi....... 

    Louise connaissait bien tous ces jeux de séduction dont elle souffrait depuis l'enfance et contre lesquels elle se débattait souvent, ce besoin vital  d'être valorisée, consolée avec cet éternel sentiment d'être une victime.... 

    Damien en était également profondément affecté ! Mais sa pathologie le poussait toujours plus loin dans ses égarements... Afin de donner du poids à son existence, il manipulait, tirait son épingle du jeu à l'aide de mensonges permanents, de voltes faces insupportables, et toujours ce besoin vital de détruire l'autre... On ne pouvait guère compter sur lui ! Sensation qu'il absorbait les substances vitales d'autrui pour remplir le vide qui l'habitait !


    Louise savait que Damien n'avait trouvé qu'un seul moyen pour se tirer d'affaire face à ses mensonges : c' était de la maintenir dans un état proche de la folie, sans le moindre scrupule.... C'était sa survie, du moins le croyait-il, car s'il perdait tout contrôle sur sa victime, il perdait également tous ses repères, et sa vie lui devenait alors  insupportable ! 

    Louise, tout récemment, avait appris à quel point il n'hésitait pas à lâcher ses alliés quand son intérêt était en jeu ! Elle avait compris à quel point Damien avait été lui-même manipulé et violenté par son père et sa fausse mère durant toute son enfance. Voilà pourquoi il refusait d'être victime à nouveau !      

    Forte de ces expériences éprouvantes, Louise se posait des questions : où en était la jeune Agathe ! Etait-elle sincère ou bien jouait elle avec ses émotions ? Pour l'instant, la jeune fille ressemblait à une véritable cocotte-minute, et Louise s'attendait à ce qu'elle explose d'un moment à l'autre... le tout étant de savoir quand ! 

    - "......Vous savez, ça été terrible d'venir entre deux gendarmes.... Les autres m'regardaient en s'moquant de moi... y m'traitaient tous d'adultère, et qu'c'était d'ma faute si tout avait mal tourné ! y m'disaient que j'étais l'grain de sable qui avait tout fait foirer....Même l'Directeur et les matons !"

    Pauvre enfant qui s'enferrait dans sa profonde culpabilité ! Tous les évènements qu'elle avait subis lui renvoyaient une image d'elle peu glorieuse à laquelle elle n'était pas préparée, qu'elle refusait en niant toute implication de sa part dans le gâchis de plusieurs vies.... 

    - "Que veux-tu faire de ta vie, Agathe ?" tenta Louise avec compassion afin de la détourner de son obsession.

    Surprise, Agathe réfléchit, puis débita avec emphase sur un ton enjoué :

    - "J'voudrais r'tourner à la terre, Louise, planter des graines et les voir pousser... C'est un peu comme Daisy dans mon ventre. C'est beau, non ? Vous comprenez ? "

    Louise eut une illumination :

    - "Je comprends tout à fait, Agathe, tu veux retourner dans le ventre de ta mère et fusionner de nouveau avec elle... Ta maman te manque beaucoup, je vois bien ! Je suis certaine qu'elle t'aime, qu'elle te protège du haut de son ciel et qu'elle t'aide beaucoup plus que tu ne le crois !"

    - "Ah oui ? Et comment donc ?" ironisa la gamine, dubitative.

    - "Et bien, je suis là, non ? Est-ce une bonne réponse, Agathe ?"

    - "Vous allez nous emmener et nous garder, Louise ? c'est vrai ?" s'enflamma la jeune fille, aux bords des larmes... Question qui lui brûlait les lèvres depuis le début... 

    -"Mon but sera de chercher comment te venir en aide, matériellement et moralement, ainsi qu'à la petite Daisy... Tu peux encore avoir un projet de vie, tu sais ! Mais ce projet ne peut être que l'objet d'un travail d'équipe avec toi, avec moi et tous ceux qui habitent chez moi... 
    Je suppose que tous ces cartons t'appartiennent ?..... "

    Agathe lui sauta au cou fougueusement et se serra contre elle... Louise, surprise, soudain empêtrée dans les noeuds de ses principes éducatifs austères et froids, réussit cependant à l'enlacer... Mais avec une certaine distance qui ne permettait pas une réelle tendresse... Louise se gendarma, prise de remords... mais quelque chose empêchait son coeur de s'ouvrir à la gamine.... 

    Agathe, fort inquiète, se dégagea d'elle-même, déçue de ressentir la gêne de Louise à son égard.... Elle qui avait tant réalisé avec angoisse pendant des jours et des jours à quel point il ne lui restait presque plus rien de cette triste déroute, à part Daisy et ses cartons,  déroute qu'elle n'était pas prête à assumer seule.... 

    - "C'est tout c'qui m'reste, Louise, avec Daisy ! Y'a toute ma vie d'avant et pis rien d'autre... J'peux pas r'tourner à l'appartement, j'ai pas les lovés... heu les sous, pour payer le loyer ! Pis j'étais pas heureuse dans c't'appart ! Mylord était gentil au début, pis ça n'a plus été ! Il voulait que j'reste une p'tite fille et que j'lui obéisse ! Il m'enfermait !.....

    J'aimais bien quand les gens d'la rue s'r'tournaient sur moi ! C'était rigolo ! Et pis ça m'disait que j'étais belle.... Mais lui, ça l'fâchait tout rouge, il hurlait et m'ordonnait d'rester cloîtrée touuuute la journée.... C'était pas tenable ! J'en avais marre d'être traitée comme une enfant ! ..."

    - "Et Dirlo, Agathe, que représente t-il pour toi ?"

    - "Dirlo, c'était not'copain, à Cathy et moi, avant Mylord. IL était gentil, on s'amusait bien avec lui, y nous racontait des blagues et nous faisait rire...Y nous emmenait faire des tours en moto dans l'quartier de la Secondaire...  Y voulait qu'on parte avec lui et qu'on fasse équipe....Il avait trouvé un squat trop trop bien qui nous plaisait bien, à moi et à Cathy, mais j'avais peur d'mon père... Cathy a pas voulu m'laisser toute seule ! Du coup, elle est restée avec moi au Lycée... Elle avait une bourse, Cathy, elle vivait avec sa grand mère qu'est morte maint'nant... 

    Et pis y'a eu Mylord ! Alors Dirlo est venu en douce à l'appart et y m'a dit qu'il allait m'protéger ! y voulait pas coucher, mais m'protéger, comme un grand frère... On a pas compris tout d'suite, moi et Cathy... On a cru qu'c'était un bon bail... j'veux dire un bon plan... 

    Pis il est devenu mauvais, y nous battait et nous prenait tout not'fric... Il nous menaçait..... Il était pas content parc'que Mylord était pingre ! Mais Mylord avait des ennuis d'argent ! C'était pas d'ma faute ! Dirlo, y disait que j'savais pas y faire ! Alors y faisait le geste sur sa gorge, comme si y voulait m'égorger : en fait on a compris qu'c'était un mac  dangereux ! J'savais pas !. Non, j'savais pas ! .......

    On s'est fait avoir ! J'm'dis maint'nant que c'est une sacrée chance d'pas avoir été avec lui dans le squat. Y nous aurait vendues à  d'autres mecs, moi et ma pote! ...... 

    J'ai très peur de lui, c'est pour ça qu'les flics nous ont am'nées ici, moi et Daisy ! Pour nous protéger d'Dirlo, parc'qu'il fait partie d'une bande d'vauriens ! Le Directeur l'sait bien ! Lui aussi , y l'craint ! Alors il m'enferme,  pour pas que Dirlo m'r'trouve !

    Mais Mylord, lui, y savait pas pour Dirlo ! Heureusement, y'l'aurais tué ! Ou p't'être Dirlo l'aurait tué ? J'avais trop trop peur et Cathy aussi !"...........

    La petite, si stressée qu'elle en bégayait presque, analysait Louise avec une attention redoublée... Ses immenses yeux verts dissimulaient de profonds mystères... Ils la fixaient presque sans ciller...

    Louise eut brusquement la claire vision du serpent Kaa, du film "Le livre de la Jungle", visionné avec Lou durant ses jeunes années... "Aie confiansssse ... Crois en moi...." 

    Saisie, tendue, elle observa attentivement la gamine qui baissa instinctivement la tête et les paupières, se cachant derrière le rideau de ses cheveux...  Elle pressentit à quel point Agathe se voulait douce et soumise, persuasive, mais celle-ci tremblait de tout son corps....

    Son attitude  intrigua Louise... La gamine voulait elle provoquer en son interlocutrice un violent désir de protection ? Des manigances féminines qui impressionneraient peut être certains mâles, mais pas Louise qui se sentit agressée...

    Elle eut soudain une inspiration :

    - "Ce Dirlo, voulait il vous vendre de la drogue, Agathe ? Consommiez vous de la drogue, Cathy et toi ?"

    Touchée-coulée !  Agathe se ratatina, affolée, le coeur battant la chamade !

    "C'est la crème d'la crème*, c'te meuf !" pensa t-elle, soufflée par la vive intelligence de Louise  (* "l'élite", "une lumière ")

     

    Elle se débattit avec des mensonges tout prêts, mais le regard sagace de Louise la fouaillait, la démontait complètement... Elle sentit avec force que la redoutable vérité leur "sauvera la vie",  à elle et à Daisy... Son amour pour son bébé prit le dessus !

    - "Des fois, oui ! Mais pas toujours, Madame, parc'qu'on avait peur que Mylord s'en aperçoive, et parc'que c'était trop cher ! On avait pas les moyens ! Alors Dirlo nous battait ! Il voulait qu'on en vende, mais on pouvait pas, on pouvait pas ! et pis j'aurais pas su, j'sais pas bien compter, moi ! Cathy, j'sais pas ! Mais c'était pas dans ses principes, elle disait !....Elle avait des principes...."

    - "Madame, j'l'ai pas dit au Directeur, s'il vous plaît ! Il voudra pas que j'parte avec vous, s'il l'savait ! J'lui ai dit non ! J'en ai pu pris depuis que j'suis ici, j'vous l'jure ! Et pourtant, y z'en vendent, ici, et même qu'c'est pour ça qu'elles m'embêtent, les filles ! Des trucs à sniffer, ou des "bonbons", parc'que les piqûres, ça s'voit trop ! Les matons nous visitent, surtout l'Adrienne... Elle supporte pas ça ! Mais y'en a plein qui s'droguent, ici !..... 

    Mais moi, j'veux pas, à cause de Daisy ! Vous comprenez ? C'est pas bon pour Daisy, parc'qu'on perd la tête et j'pourrais faire du mal à Daisy...  Des fois qu'j'la lâche, ou que j'la batte, moi aussi ? On sait pu c'qu'on fait, avec ces trucs-là !"

    Agathe, épouvantée par ses confidences, la suppliait, le regard implorant !

    Voilà pourquoi les enfants se comportaient d'une façon si étrange !.... Louise soupira, et, la regardant droit dans les yeux, la crut ! Agathe était sincère, son regard le révélait ! Son amour pour sa fille la sauvait de l'enfer de la drogue...

    Puis, il n'était plus temps de reculer, au contraire ! Elle téléphona au Directeur... Il fallait remplir toutes les formalités pour une adoption des deux enfants au plus vite... Cet endroit n'était pas fait pour elles.... C'était le seul moyen de les sauver de leur milieu malsain... 

    Agathe pleurnichait silencieusement en reniflant, la tête inclinée de côté, en regardant Louise du coin de l'oeil sous le couvert de ses cheveux, comme le font les chiens lorsque quelque chose les intrigue...

    Ah, comme elle avait eu raison de dire la vérité ! ça marchait ! Mais il fallait qu'elle soit toujours réglo avec cette meuf, c'était quelqu'un à ne pas doubler ! "Mortel : ça promettait dur ! grave compliqué, oui ! ça passe pas crème avec c'te daronne !" (ça passe mal avec cette mère !) De toute façon, ça marchait mal avec elle, la drogue, ça la rendait malade... elle devenait chèvre ! Et puis, elle ne voulait pas de ça pour Daisy, alors.....!!!

    Agathe avait la migraine.... Elle devait à tout prix caser la petite chez les bourges, pour la sauver de la misère... La petite pourra peut être devenir une lady ? 

    Mal à l'aise, nauséeuse, Louise se leva, fouilla dans son sac, lui tendit un paquet de kleenex, et appela Adrienne... Cliquetis de clés et la matrone se propulsa dans la chambre sans même frapper... Agathe avait instinctivement baissé la tête et se cachait le visage sous son épaisse chevelure...

     - "ça va bien Madame, pas d'embrouilles ?" s'enquit Adrienne, suspicieuse en balayant du regard la gamine, la chambre et "Madame"... "Dis donc, Agathe, tu pourrais pas vider tes poubelles ? ça schlingue, ici !"

    - "Oui, Madame ! " La jeune fille se leva, courut chercher sa lourde poubelle, passa entre les deux femmes interdites, et on entendit son pas résonner dans le couloir.... Elle revint en courant, reposa sa poubelle vidée sous le lavabo, y installa un grand sac plastique noir,  et se lava soigneusement les mains sous l'oeil réprobateur d'Adrienne... 

    - "Pas possible, ça ! Une grande fille comme toi, faut encore tout t'dire !" rouspéta pour la forme la matrone... "Faut de l'hygiène pour ta petite, tout de même !......."

    Louise lui fit signe... Elles sortirent dans le couloir.... Louise, la gorge serrée, lui expliqua qu'elle avait rendez vous avec le Directeur.... Adrienne soupira et murmura doucement :

    - "C'est pas clair, cette gamine ! Elle me perturbe ! Vous savez, j'l'aime bien quand même, mais y'a quelque chose qui va pas en elle ! Faudra vous méfier ! Vous êtes bien bonne, allez ! Sais pas si elle va s'adapter, mais vous, vous y serez bien obligée...Va vous falloir être psychologue.... 
    C'est grand, ce que vous faites, c'est grand !!!"

    Et soudain, timidement mais fermement, elle plaqua sa main sur le bras de Louise en le secouant fraternellement et lui sourit, un sourire qui la transforma.... Louise, émue par le regard aimant et bienveillant d'Adrienne, véritable révélateur de son être intérieur, s'illumina d'un grand sourire aussi ! Puis Adrienne, qui n'aimait pas les démonstrations affectives, travail oblige, se ferma, se retourna brusquement et, devançant Louise, s'engagea à grands pas dans le couloir vers l'ascenseur dans un grand bruit de clés..... 

     

    Luciole

    A SUIVRE 

     

    Gare à l'eau qui dort n°53 - Les secrets d'Agathe

     

    ROMAN : "Gare à l'eau qui dort" - cliquez sur les phrases ci-dessous :

     1ère Partie : Justine cherche un emploi

    2ème Partie : Entretien d'embauche entre Damien et Justine

    3ème Partie :Portrait de Damien MAYER

    4ème Partie : Louise, épouse de Damien

    5ème Partie : Justine, secrétaire de Damien

    6ème Partie : Lou, fille de Louise 1

    7ème Partie : Lou, fille de Louise 2

    8ème Partie : "Le regard magique"

    9ème Partie : l'Empreinte (1)  

    10ème Partie : L'Empreinte (2)

    11ème Partie : Le Plogging

    12ème Partie : Les enfants perdus

    13ème Partie : Quel carburant voiture ?

    14ème Partie : L'Etang

    15ème Partie : Lettres anonymes

    16ème Partie : Dorian le détective privé

    17ème Partie : Réminiscences

    18ème Partie ; Filature

    19ème Partie : Le Poucave

    20ème Partie : Sous-marin (camion de filature) et pinholes (caméras minuscules)

    21ème Partie :Dignité bafouée 

    22ème Partie : La Charité fraternelle

    23ème Partie : "Le Constat d'adultère"

    24ème Partie : La "road rage" à 200 km à l'heure

    25ème Partie : Le fouille merde

    26ème Partie ; Le Daron engraine

    27ème Partie : Choc émotionnel

    28ème Partie : Prodigieuse Lumière

    29ème Partie : Inspecteur Stan Faure

    30ème Partie : Etrange entretien

     31ème Partie : Révélations fracassantes de Dorian

    32ème Partie Adèle coupable ?

    33ème Partie : Enjeux autour d'un bébé

    34ème Partie : Duo de choc Louise et Justine

    35ème Partie : Coma Damien

    36ème Partie : Réveil Damien

    37ème Partie : Les trois mousquetaires

    38ème Partie : Une famille encombrante

    39ème Partie : La tornade blanche

    40ème Partie : Mutique imposture

    41ème Partie - Le bon curé 

    42ème Partie - Le bon curé suite

    43ème Partie : Révélations fracassantes  

    44ème Partie : Les prisons de l'âme

     45ème Partie : l'Assemblée Générale Extraordinaire

    46ème Partie : Mort de Damien

    47ème Partie : Baiser d'outre-tombe

    48ème Partie : Diners de Louise

    49ème Partie : Jour de traîne-misère

     50ème Partie : Eve ou Lilith ?

    51ème Partie - Self contrôle

    52ème Partie - La Maison d'accueil

    53ème Partie - Les secrets d'Agathe

     

     

     

     

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    Gare à l'eau qui dort n° 52

     

    Gare à l'eau qui dort n° 52 - La Maison d'accueil

    https://oip.org/analyse/les-centres-educatifs-fermes-antichambres-de-la-prison/

    https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/chronique-dun-echec-au-centre-educatif-ferme-3645501

     

    LA MAISON D'ACCUEIL

     

    Louise est en proie à une violente jalousie envers la sublime Agathe, 
    la toute jeune maîtresse de son défunt mari, Damien...qu'elle compare à Eve... ou Lilith ...

    Va -elle tenir sa promesse faite à Damien sur son lit de mort ?
    La toute jeune Agathe, maman d'une petite Daisy de deux mois, fille de Damien,
    est incapable de survenir à ses besoins et à ceux de son bébé....

    Louise arrivera-t-elle à dépasser ses répulsions et accepter de prendre chez elle la mère et l'enfant ?

    Quelle sera la réaction de ses riches Parents aristocratiques, fort repliés sur "leur Monde" et sur eux-mêmes ?

    Lou, douze ans, acceptera t-elle de cohabiter avec l'ex-toute-jeune-maîtresse de son père
    ainsi qu'avec sa petite demie soeur ?

    Une foule de questions à laquelle Louise devra répondre au plus vite ! 

     Le prêtre Romain tente de l'aider à y voir plus clair en elle.... 

    Louise découvre avec effroi les conditions de vie des adolescents dans la "Maison d'accueil"
    Réussira-t-elle à repartir avec les "petites" malgré les réticences du Directeur ?

     

    Monsieur le curé hocha la tête avec un air malicieux qui ravit la petite, sûre d'elle ! Elle lui plaqua une grosse bise sur la joue et s'en retourna vivement dans la Sacristie, auprès de sa grand-mère.... Il les entendit rire joyeusement !

    Une intense jubilation le jeta à genoux sur le "Prie-Dieu" non loin de lui et, s'appuyant sur l'accoudoir, la tête posée sur ses bras,  il loua le Seigneur avec ferveur.... (cliquez sur la phrase pour l'épisode précédent n° 51) 

     

    Louise arriva dans une terne banlieue aux rues jalonnées d'immeubles gris fort laids entourés de plantations d'arbustes rachitiques et desséchés... Les parkings sales, peu attirants, regorgeaient de voitures ressemblant à des épaves. 

    "Banlieue manifestement habitée par des personnes de condition très modeste ou en situation d'exclusion ???" compatit violemment Louise, peu habituée à la misère sociale....  "Pauvres gens qui doivent travailler beaucoup pour ne posséder que très peu... et encore, quand ils ont le bonheur de décrocher un emploi....ce qui ne doit pas être une mince affaire dans ce lieu concentrationnaire rejeté aux périphéries des villes, requérant des déplacements véhiculés et une autonomie domestique, fort mal adapté aux exigences de vie des banlieusards âgés..... 

    Elle avait rencontré sur sa route, à quelques kilomètres de la banlieue, un immense hypermarché aux vastes parkings bondés qui devait concentrer en lui-même toute la vie des banlieues autour de lui.

     

    La Maison d'accueil, barreaux aux fenêtres, triste comme une prison, écrasée sous le poids des cinq étages sans balcons, ne semblait occuper que tout le rez-de-chaussée d'un immense immeuble bétonné ??? Louise se gara prudemment dans un terrain vague à l'herbe rare, constellé de flaques d'eau et de détritus, non loin de l'immeuble, en espérant retrouver sa voiture intacte et bien en place en revenant... Elle fut grandement soulagée d'avoir choisi une voiture banale, bien que la clinquante Clio rouge dénotait furieusement en regard de la misère ambiante... 

    Suivant les conseils habituels de Romain, elle se concentra et envoya un SMS mental à Sainte Rita, la spécialiste des situations impossibles, la remercia vivement, hésita, et pour plus de sécurité, en profita pour alerter son Ange Gardien sensé la protéger.... Puis, rassurée,  se dirigea vers l'immeuble ! 

    Le ciel n'était pas engageant ! Il fallait faire vite ! Elle craignait de s'embourber en cas de pluie soudaine... Le soleil anémique jouait avec les  nuages qui recommençaient à s'amonceler... Avril s'annonçait pluvieux ! Louise resserra frileusement son manteau de tricot marron autour de son cou, regrettant plus que jamais sa belle écharpe rose... 

    Elle n'était pas fière, l'endroit était franchement rébarbatif ! 

    Elle chercha l'entrée et se retrouva, surprise, devant une étroite porte métallique blindée, munie d'un juda grillagé... Elle hésita avant d'appuyer sur la sonnette fort discrète, encastrée dans le montant gauche en béton de la porte... et attendit... longtemps ! Le juda s'ouvrit brusquement et une voix rogue  vaguement féminine lui demanda :

    - "Oui, c'est pourquoi ?"

    - "J'ai rendez vous avec Monsieur Matois, le Directeur de cet établissement !" lui répondit calmement Louise, fort déçue de l'accueil... 

    - "Pas au courant ! Vous êtes certaine d'avoir un rendez vous ? A quelle heure ?"

    - "Monsieur Matois ne m'a pas donné un horaire spécifique ! Il m'a simplement demandé de venir chercher Agathe Simon et la petite Daisy courant de la matinée !"

    -" Vous ? Pour cette môme-là ? Mais pourquoi faire ?"

    Louis soupira, profondément agacée ! Elle attaqua avec fermeté :

    - "Veuillez appeler Monsieur le Directeur, je vous prie ! Je n'ai que faire de ses subordonnées !"

    La femme referma violemment le juda , ferrailla avec de multiples serrures, ouvrit la porte à la volée et se carra dans l'entrée, le regard dur et menaçant, en toisant Louise sans ménagement. C'était une forte femme  à la carrure impressionnante, campée sur des jambes épaisses comme deux piliers, moulées dans un jean serré.  Son tee-shirt blanc à manches courtes sanglait une poitrine généreuse et lourde, probablement emprisonnée dans un soutien gorge à coques visible sous le tissu. Sur sa poitrine pendait un sifflet, retenu par un cordon noir ! Un énorme trousseau de clés, au mousqueton accroché à un passant de la taille du jean, cliquetait sur sa hanche droite  à chacun de ses mouvements. 

    Dans le regard qui la balayait, Louise lut une condescendance jalouse et un jugement définitif... La matrone bougonna, assez haut pour que Louise l'entende :

    - "Qu'est-ce que vient faire ici c'te bourge ? Ma parole, elle me provoque ou quoi ?"

    Instinctivement, Louise se recula... Puis, courageusement, lui fit face ! Duel de regards mortifiants... La femme émit une sorte de son étrange, comme un énorme gloussement de rire étouffé, s'effaça, et, goguenarde, lui fit un signe impératif de passer de sa main gauche... Louise, avec témérité, se faufila entre elle et le mur grisâtre, en tâchant de ne toucher si l'une ni l'autre... 

    Ostensiblement, la colérique femme claqua la porte en acier à toute volée... Louise sursauta, inquiète de la savoir derrière elle...  Un effrayant bruit de clé l'avertit que la matrone s'échinait à fermer une à une les nombreuses serrures de la porte blindée. Prise au dépourvu, Louise se demanda si elle n'était pas tombée dans un guet-apens ? Elle se retourna brusquement et la regarda faire avec effarement...

    Sous le regard interrogateur de Louise, la matrone s'exclama avec fureur, les yeux au ciel :

    - "On ne sait jamais c'qu'ils mijotent, ces vauriens ! Y'en a qui s'barrent sans rien dire, malgré toutes nos précautions...  C'est pas bon pour notre réputation... Y'a des gens qui comptent sur nous, vous savez, y'a des comptes à rendre ! C'est pourquoi on n'est jamais assez prudent !" insinua t-elle, le regard inquisiteur braqué sur Louise... 

    Puis le trousseau de clés retrouva sa place et la femme s'ébranla derrière Louise en émettant des bruits de gorge inquiétants... Louise n'eut guère le choix que d'avancer devant elle, dans ce couloir étroit comme un goulet... 

    Elles arrivèrent enfin dans une vaste salle sans fenêtre, éclairée par des néons, jusqu'à une sorte de comptoir en bois clair, derrière lequel s'activait une standardiste-dactylo-concierge...

    La matrone, plantant Louise devant le comptoir, disparut derrière une porte et on entendit le bruit de ses pas décroître, suivi par le cliquetis agaçant du trousseau de clés...

     

    Quelques jeunes gens aux sexes, aux coupes et couleurs de cheveux improbables,  avachis sur des chaises en plastiques rouges, tous coulés dans des jeans déchirés et des tee-shirts bariolés, baskets bon marché délacés, attendaient d'être reçus par le "Patron".  

    Ils fanfaronnaient en  gesticulant et grimaçant, avec l'accent caractéristique des jeunes de banlieue...  Leurs attitudes insolentes ne laissaient aucun doute sur leurs intentions envers les employé(e)s de la Maison d'accueil ! Certains surjouaient l'idiotie la plus ravageuse et proféraient des discours incompréhensibles pour Louise... Il lui aurait fallu un décodeur !

    Dès qu'ils l'aperçurent, tous se turent brusquement en l'épiant, la détaillant, la disséquant.... puis, rassurés de ne plus entendre les clés de la matrone, se mirent à glousser entre eux avec des paroles obscènes, intraduisibles ici, filles comme garçons...

    La souris grise, derrière le comptoir, totalement absente, ne mouftait pas ! Elle ne daigna même pas lever la tête vers Louise..., Elle continuait de taper frénétiquement sur son clavier, le casque sur les oreilles ! 

    Alors fusèrent des flopées de remarques mystérieuses pour Louise, qui restait bouche-bée devant l'avalanche de mots bizarres, tétanisée par leurs regards mauvais, soupçonneux :

    - "Ouaaah ! visez la meuf ! l'sosie d'Barbie !"... criailla une voix féminine éraillée par un usage intensif de la cigarette... 

    - "Elle s'affiche, la belette ! j'kiffe ses air-bag !"... s'excita un gamin dont la voix muait
    (Elle se fait remarquer, la nana, j'aime ses seins !)

    - "A donf, mec (à fond, mec !)" lança une voix caverneuse

    - "Mortel, stylée la meuf ! elle ambiance !"... ironisa une petite boulotte aux cheveux ras, envieuse !

    - "La vie d'ma mère, j'la kiffe dur ! on s'assoce , la meuf ? J'suis ton Ken !"..... se leva un maigrichon tout en longueur, la figure ravagée par l'acnée... 

    "Hé, cé pas bagdad, ici ! De qué bled q'tu crèches ? Cé chelou d'venir dans c'ghetto...y'a un blème ? Nawak !" s'énerva un ado gris de colère, les yeux furibonds, avec de grands gestes inquiétants
    (c'est pas le bordel ici ! D'où tu viens ! C'est louche de venir dans ce quartier malfamé...il y a un problème ? N'importe quoi !)

    - "Hé belek , les potos, cé flouze et cie... tchi per ! sa s'enjaille grave, askip ; cé FDP ! walah !" re-criailla la voix éraillée. La gamine arborait une crinière rouge en balai brosse, les côtés du crâne rasés... et regardait Louise avec dédain...
    (Attention, les potes, c'est bourré de fric... tchi per (juron désapprobateur), paraît que ça fait la fête grave, ces filles de p... j't'jure !)

    - "z'entravez que dalle, les bouffons.. cé une Daronne friquée, pôv' trimards !" cingla tranquillement une "vieille" d'au moins 17 ans (???) qui agitait frénétiquement sa jambe croisée sur l'autre...  
    (vous ne comprenez rien, les rigolos ! c'est une mère pleine aux as, pauvres petits ouvriers  !)

    -"OSEF, l'zoulette ! Tekass ! bolek ! y'a boule auch ! j'gouave grave grave ! j'lai ken !" mima le "jour-sans-pain" avec des gestes sans équivoques....
    (on s'en fout, la fille, t'inquiète ! Je m'en bats les couil... , elle a le cu... chaud ! j'suis en forme grave grave ! je la veux !)

    Eclats de rire général ! Et les railleries, les grossièretés claquaient dans l'air raréfié ! Des gosses, émergeant de leurs brumes narcotiques, attirés par le bruit, arrivaient aux nouvelles par vagues.... La salle fut vite pleine d'un charivari qui inquiéta  vivement Louise, complètement désemparée... Etait-elle tombée dans un coupe-gorge ? Jamais de sa vie elle n'avait assisté à une scène pareille.... Elle s'était adossée contre le comptoir et faisait face, prête à se défendre ! Discrètement, elle avait sorti une bombe lacrymogène de son sac et la tenait cachée dans sa main droite fermée.... 

    La matrone revint au galop, les clés tintinnabulèrent d'une manière inquiétante... Elle siffla avec vigueur, et se mit à hurler d'une voix de stentor :

    - "Vos gueules, les mouettes ! C'est quoi, ce boucan ? Les "rendez vous", fermez là ! Les autres, dans vos chambres ! Sans blague ! Exécution !....."

    Les gosses s'envolèrent comme moineaux, les autres se tassèrent sur leurs chaises, le regard en dessous... en se retenant de rire... 

    - "Quand j'vous l'disais !" s'exclama t-elle en regardant Louise... "ça n'a pas de respect ! C'est mal éduqué... Quelle engeance !!!"

    Elle tapa vigoureusement sur le comptoir du plat de sa large main... La souris grise sursauta, et la regarda avec une fausse stupéfaction, retirant lentement ses écouteurs, et lui dit d'une voix innocente :

    - "Oui ? J'suis dans un travail urgent qui ne souffre pas retard, Adrienne... !"

    - "Alors, Cécile, t'es toujours pas foutue de les calmer ?" hurla d'énervement Adrienne "Occupe-toi donc de la Dame avant que ça dégénère ! Elle a téléphoné au Patron pour Agathe et sa gamine.... Prépare des bons de sortie ! Vois pour tous les papiers... Je reste pour surveiller ! J'peux pas partir cinq minutes sans qu'ça tourne à l'émeute... T'es vraiment nulle, ma pauvre fille !" 

    La maigre Cécile, les traits fatigués, avait l'air d'une vieille fille usée, fripée, malgré sa jeune quarantaine... Louise eut pitié d'elle ! Comment pouvait-elle supporter une telle ambiance à longueur de journée ??? Elle téléphona au "Patron" pour annoncer "Madame ?" elle interrogea Louise du regard ... "Madame Louise de Montabert" qui vient chercher Agathe et Daisy.... oui, Monsieur !"

    Le "Patron", planqué dans son antre, vint saluer  mielleusement "Madame de..heu...".

    Complètement affolé par cette gravure de mode au nom impossible, il paniqua !  Allait-elle vouloir jeter un oeil sur "ses affaires" peu reluisantes ? Il prétexta être momentanément indisponible, espérant intérieurement que "les petites" ne plaisent pas à "Madame" et qu'elle reparte aussitôt...

    "Madame de.... " était bien trop friquée pour la "gamine"... Manifestement pas du même monde ! Pour un peu, il s'inquiéterait : qu'est ce qu'elle pouvait bien leur vouloir, aux petites ? Le fauteur de trouble, père du bébé, était un "Mayeur," pas un "de machinchose" ! S'était-il trompé d'adresse ? Pourtant, c'était bien celle indiquée dans le rapport de la Police ??? 

    Pour se donner contenance et le temps de reprendre ses esprits, de vérifier ses sources, il interpella la matrone  avec hauteur :

    - "Adrienne, veuillez emmener Madame dans la chambre des "petites"... et laissez les tranquilles, mais restez dans les parages  ! Madame de...heu..., appelez Adrienne en cas de besoin ! Je vous recevrai quand vous aurez pris une décision ferme et définitive... Vous pensez bien qu'on ne les reprendra pas si vous les emmenez avec vous, donc réfléchissez bien avant !...."

    Il appela par son prénom un des "rendez vous" qui se leva nonchalamment et traîna volontairement les pieds jusqu'au Directeur qui l'attendit patiemment, le fit entrer et referma la porte.... sans plus de façon !

    Louise, interloquée, suivit Adrienne dans un immense couloir où s'alignait un nombre incalculable de portes de chaque côté ! On entendait crépiter des claviers, de vagues sons curieux... Les ados devaient être devant des écrans avec des jeux vidéos... 

    - "Etes-vous seule, Adrienne, pour vous occuper des enfants ? s'inquiéta vivement Louise, effarée par ce qu'elle venait de vivre

    - "Oh non, Madame, pensez donc ! j'pourrais pas ! Nous sommes ben une dizaine !" mentit effrontément la matrone, par égard au "Patron" qui jonglait avec les finances comme avec les employés... Les gardiens étaient en réalité cinq, un nombre ridicule par rapport à celui des jeunes "résidents" !
    "Y sont répartis tout le long ! Moi, je m'occupe des occupants de ce couloir ! Puis y'a  les profs dans les ateliers pour les plus grands et les profs pour les cours des scolarisés... dans les étages... Les filles crèchent en haut ! Et nous, on nous a collés au dernier étage, au-dessus des filles, comme ça on peut les surveiller...Pis y'a une grande cour et un terrain de sport derrière l'immeuble... On l'voit pas de l'extérieur, à cause des hauts murs... Faudrait pas qui s'barrent, ces mômes, y r'tomb'raient vite dans des mains pas claires !

    "Y sont pas mauvais mauvais, ces pauv'mômes, faut les comprendre ! Y viennent d'un drôle de monde, bien loin du vôtre... Faut ben réfléchir, surtout... avant d'repartir avec les "petites", c'est pas rien, vous savez ! 
    Et sitôt l'Agathe partie, la chambre sera à nouveau en service... y'a sans arrêt des arrivées ! Enfin, vous verrez ! elle est mignonne, la gamine, mais pas facile ! Elle fait des manières...  Elle refuse et l'école et les ateliers...  Quoi faire d'elle ? Les gosses qui bossent ont un p'tit salaire... qui leur permet de s'acheter des bricoles. Elle, et ben nada, rien ! Remarquez, avec l'bébé, c'est pas facile non plus ! Surtout que l'bébé, c'est pas ça ! Je m'inquiète pour ce p'tit bout ! c'est pas vaillant ! La mère fait ce qu'elle peut, mais l'bébé....."

    Après une longue déambulation vers l'ascenseur au bout du couloir, une montée dans la cabine sale et puante, quelques pas dans un couloir identique à celui du rez-de-chaussée,  Adrienne frappa et, sans attendre l'autorisation, ouvrit la porte, fit entrer Louise et referma la porte aussitôt...

    Louise se retrouva dans une cellule sombre, encombrée de lourds cartons empilés le long des murs disponibles, à peine éclairée par un vasistas en hauteur fermé de barreaux et une lampe anémique au plafond... Dans la pièce étaient disposés un lit d'une personne recouvert d'un dessus-de-lit matelassé à fleurettes, d'un lavabo surmonté d'une glace, d'une armoire métallique étroite, d'une petite table  en bois clair, recouverte d'un petit matelas de change pour le bébé, tirée près du lavabo et d'une chaise en bois clair... Coincé entre le lit et le mur, un petit lit de bébé pliant en toile dans lequel dormait une minuscule poupée au bonnet de laine blanc, enfouie sous les couvertures... Le coeur de Louise s'affola devant le teint jaunâtre et la figure fripée de la petite chose endormie qui ressemblait davantage à un nouveau-né qu'à une petite de deux mois... 

    Dans cette cellule ridiculement petite, le présent devait peser lourd et l'avenir impossible à concevoir ! ça sentait le mauvais café, les couches sales entassées dans une poubelle débordante et l'urine... Pas de toilettes ni de douche ! Une colère foudroya Louise, écoeurée par l'odeur, écrasée par cet espace clos restreint et la lumière blafarde... C'était lugubre ! 

    Pensée émue pour tous les pensionnaires obligés de vivre dans un tel dénuement ! Juste un endroit destiné à cacher la misère des jeunes dépravés qui se trouvaient dans l'obligation d'oublier leur lourd passé réprouvé sans avoir la possibilité de vivre décemment le présent. Quel gâchis de vies ! Elle s'en voulut d'avoir tant tardé à venir voler au secours des deux petites, engoncée dans ses propres soucis qui paraissaient si dérisoires face à l'ampleur de la misère étalée devant ses yeux ! Si seulement elle avait vu cela plus tôt ! 

    Elle comprit brutalement la demande invraisemblable de Damien de prendre en charge sa petite maîtresse et sa fille... Du haut de son ciel, il devait affreusement souffrir de les voir ainsi moisir dans un tel endroit... 

    L'aisance naturelle de Louise se défaisait au fil des secondes passées dans ce lieu sordide... On deviendrait loque très rapidement ici !

    Soudain, elle sentit la présence d'Agathe plus qu'elle ne la voyait vraiment ! La jeune femme se cachait, accroupie entre le lavabo. et le mur. Elle avait placé devant elle le porte serviette sur lequel séchait une serviette grisâtre... Surprise, puis bouleversée,  Louise s'approcha d'elle et tenta de la rassurer :

    - "Ne t'inquiète pas Agathe, je suis Louise, la femme de Damien et je viens vous chercher, la petite et toi ! Pourquoi te caches-tu ainsi ?"

    - "Ben ça alors ! si j'm'attendais ! J'savais pas, Madame ! Pourquoi on m'a pas prévenue ? J'aurais un peu rangé... C'est pas gentil de pas m'prévenir ! Ben j'avais peur... Ici, c'est pas bien, vous savez, c'est l'enfer ! J'ai peur tout l'temps ! J'ai si peur... Puis il y a les autres, c'est pas des copines, ça fait la loi dans le couloir ! ça rentre dans les chambres... C'est méchant comme tout !" se lança la gamine, la voix creusée par l'angoisse.

    Louise eut un vertige ! Puis elle se reprit, retira avec répugnance le porte-serviette, et tendit ses mains à la jeune fille pour l'aider à sortir de sa situation inconfortable. La petite se cramponna puis se releva avec la souplesse d'un félin... C'était une splendide jeune femme de presque 18 ans désormais, toute menue mais bien proportionnée, aux longues jambes fuselées.

     

    Gare à l'eau qui dort n° 52 - La Maison d'accueil

    L'ovale de son visage était d'une finesse remarquable. Ses lèvres, magnifiquement ourlées, et la candeur malicieuse de ses grands yeux verts de manga lui donnaient l'air d'une enfant... Une femme-enfant aux joues roses mangées par les longues boucles blondes de ses cheveux en bataille la recouvrant jusqu'à la taille ! Cette petite avait besoin d'une bonne douche et d'un long brossage de sa splendide chevelure... 

    Ni Lilith, ni Eve ! Mais une adolescente mûrie bien trop tôt, qui ressemblait à une petite sauvageonne ! Louise, soulagée, lui sourit avec chaleur. presque avec tendresse.... 

    Luciole

    A SUIVRE

    Gare à l'eau qui dort n° 52 - La Maison d'accueil

     

    ROMAN : "Gare à l'eau qui dort" - cliquez sur les phrases ci-dessous :

     1ère Partie : Justine cherche un emploi

    2ème Partie : Entretien d'embauche entre Damien et Justine

    3ème Partie :Portrait de Damien MAYER

    4ème Partie : Louise, épouse de Damien

    5ème Partie : Justine, secrétaire de Damien

    6ème Partie : Lou, fille de Louise 1

    7ème Partie : Lou, fille de Louise 2

    8ème Partie : "Le regard magique"

    9ème Partie : l'Empreinte (1)  

    10ème Partie : L'Empreinte (2)

    11ème Partie : Le Plogging

    12ème Partie : Les enfants perdus

    13ème Partie : Quel carburant voiture ?

    14ème Partie : L'Etang

    15ème Partie : Lettres anonymes

    16ème Partie : Dorian le détective privé

    17ème Partie : Réminiscences

    18ème Partie ; Filature

    19ème Partie : Le Poucave

    20ème Partie : Sous-marin (camion de filature) et pinholes (caméras minuscules)

    21ème Partie :Dignité bafouée 

    22ème Partie : La Charité fraternelle

    23ème Partie : "Le Constat d'adultère"

    24ème Partie : La "road rage" à 200 km à l'heure

    25ème Partie : Le fouille merde

    26ème Partie ; Le Daron engraine

    27ème Partie : Choc émotionnel

    28ème Partie : Prodigieuse Lumière

    29ème Partie : Inspecteur Stan Faure

    30ème Partie : Etrange entretien

     31ème Partie : Révélations fracassantes de Dorian

    32ème Partie Adèle coupable ?

    33ème Partie : Enjeux autour d'un bébé

    34ème Partie : Duo de choc Louise et Justine

    35ème Partie : Coma Damien

    36ème Partie : Réveil Damien

    37ème Partie : Les trois mousquetaires

    38ème Partie : Une famille encombrante

    39ème Partie : La tornade blanche

    40ème Partie : Mutique imposture

    41ème Partie - Le bon curé 

    42ème Partie - Le bon curé suite

    43ème Partie : Révélations fracassantes  

    44ème Partie : Les prisons de l'âme

     45ème Partie : l'Assemblée Générale Extraordinaire

    46ème Partie : Mort de Damien

    47ème Partie : Baiser d'outre-tombe

    48ème Partie : Diners de Louise

    49ème Partie : Jour de traîne-misère

     50ème Partie : Eve ou Lilith ?

    51ème Partie - Self contrôle

    52ème Partie - La Maison d'accueil

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  • Epaule d'agneau aux fruits secs

     

    RECETTE EPAULE D'AGNEAU AUX FRUITS SECS

    (Délicieux ! testée aujourd'hui même !)

     

    Ingrédients :

    Epaule d'agneau pour 4 personnes environ

    300 g de fruits secs : figues, abricots, dattes, raisins secs

    Bouquet de coriandre (pas trouvé, alors "Ducros" a pourvu !)

    Condiment "4 épices"

    Condiment "piment d'Espelette"

    Huile d'olive

    1 oignon (ou 2 si vous supportez !)

    1 gousse d'ail (ou 2 idem !)

    Cuisson :

    30 mn four 210°

    45 mn four 180°

    15 mn hors du feu sans ouvrir

    (et j'ai réchauffé le lendemain, c'est à dire aujourd'hui,  d'abord four 180° puis 100° pdt 1/2 H environ)

     

    Recette :

    1) Allumez four 210°

    2) Dans cocotte fonte allant au four : Mettre moitié oignon et ail émincés dans le fond, rajoutez moitié fruits secs

    3) Arrosez filet d'huile d'olive

    4) Poser épaule veau dessus

    5) Salez, poivrez, les 4 épices, le coriandre, et piment Espelette

    6) Mettre restant fruits secs, oignon et ail, un verre d'eau (1 verre 1/2 eau pour ma cocotte, à cause du "réchauffage" lendemain ! Heureusement, me restait 3 cuillères à soupe de jus environ !), un filet d'huile olive

    7) Couvrez cocotte  et cuire 30 mn four 210°

    8) Réduire à 180° et cuire encore 45 mn

    9) Laissez reposer 15 mn HORS DU FEU avant de servir

     

    (J'ai réchauffé lendemain pdt 1/2 H 180° d'abord puis 100 ° ensuite : excellent !, mais ça doit être meilleur le jour même quand on le peut !!!)

     

    La cuisine embaumait le soir de la cuisson ! J'avais déjà compris que "ça allait être délicieux !" et "ça l'a été !" Un régal ! La viande tendre, très goûteuse, et les fruits excellents... Attention de ne pas réchauffer trop fort, car quelques fruits sur le dessus un peu desséchés !

    Nous avons accompagné ce plat par quelques pommes de terre sautées (cuites à l'eau 10 mn, puis égouttées et ensuite passées à la poêle avec huile colza... )... pour mon mari, ch'ti sur les bords , et sautées par ses soins ! Ah, ses patates !

    J'aurais préféré une bonne purée de pommes de terre écrasées...  (Ou du riz, ou des pâtes ? voire même une semoule couscous ? ou mieux encore : une polenta)

    Et une salade ""Mélange" avec jolies fleurs dedans ! 

    Mauvaise idée d'avoir préparé 1/2 oeuf mimosa par personne avec mayonnaise maison, 1/2 avocat par personne, quelques asperges vertes, un peu de salade et petites fleurs, tomates cerises : c'était joli comme tout, très bon, mais fort indigeste...

    Estomacs en marmelade,  mon mari et moi... Holàlà ! D'ordinaire, c'est plat principal ou entrée composée... mais pas les deux ! Ce qu'on devient fragile, tout de même !!! Jamais n'avons réussi à nous régaler d'un menu complet au resto ! Et vous ???

    La prochaine fois, pas d'entrée ! Juste une salade avec pommes de terre !!!

    Heureusement que nous avons zappé le fromage.... d'un commun accord...  à cause du dessert... :-)) ! Quand on vieillit, il faut savoir faire des choix drastiques ! Du coup, j'ai du fromage pour au moins ... un mois... :-(( 

    Des mignardises, apportées par notre amie,  ont complété le repas ... 

    Ce soir, tisane  digestive... :-D !!!

     

    Bon appétit ! 

    Bisous

     

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  •  

    Gare à l'eau qui dort n°51

     

     

    Gare à l'eau qui dort n° 51 -

     

    Louise est en proie à une violente jalousie envers la sublime Agathe, 
    la toute jeune maîtresse de son défunt mari, Damien...qu'elle compare à Eve... ou Lilith ...

    Va -elle tenir sa promesse faite à Damien sur son lit de mort ?
    La toute jeune Agathe, maman d'une petite Daisy de deux mois, fille de Damien,
    est incapable de survenir à ses besoins et à ceux de son bébé....

    Louise arrivera-t-elle à dépasser ses répulsions et accepter de prendre chez elle la mère et l'enfant ?

    Quelle sera la réaction de ses riches Parents aristocratiques, fort repliés sur "leur Monde" et sur eux-mêmes ?

    Lou, douze ans, acceptera t-elle de cohabiter avec l'ex-toute-jeune-maîtresse de son père
    ainsi qu'avec sa petite demi-soeur ?

    Une foule de questions à laquelle Louise devra répondre au plus vite ! 

     

    Le prêtre Romain tente de l'aider à y voir plus clair en elle.... 

     

     

     

    LE SELF CONTRÔLE !

     

    Arrivés dans son bureau, toujours en ordre, il invita Louise à se caler confortablement dans un fauteuil de velours  beige, tira une chaise et s'installa tout près d'elle... Elle retira ses lunettes de soleil, mais garda son manteau et son chapeau, puis lui expliqua, vaguement essoufflée :

    - "Mal dormi ! Cauchemars... La nuit me plonge dans des souvenirs douloureux.. Besoin d'hurler, parfois ! La culpabilité me ronge bien trop souvent... et je suis très mécontente de moi ! L'impression de reproduire avec Lou le même comportement que Mère avec moi ! Mon quotidien est fastidieux, je cours après le temps libre ! Travail, ennuis de toutes sortes  s'accumulent.. Bien du mal à tout gérer, Romain, je m'essouffle à vouloir suivre ! 

    "Pourtant, un vide abyssal m'habite ! Sensation de gouffre !  Suis dévorée de regrets au sujet d'un homme que j'aie aimé et que j'aime toujours, mais pour l'instant, rien n'est possible ! Je me force à vivre, à rire, mais cache ma souffrance, mon désarroi, ma frustration sous de multiples masques... 

    "Mais là, je suis à bout de forces ! De plus, j'éprouve une vive répulsion pour Agathe, tout en ayant pitié d'elle et surtout du bébé... C'est d'autant plus impardonnable que j'aie vivement rabroué ma petite Lou, sans réfléchir à sa souffrance...

    "Romain, je fais tout de travers ! ... "

    Et elle raconta brièvement son rêve ! Romain, inquiet, cueillit au vol son regard fiévreux. celui d'une femme lasse de souffrir... Chaque parole de Louise lui broyait le coeur ! Son devenir était loin d'être résolu, malgré tous ses efforts ! 

    Un grand silence s'ensuivit ! Romain réfléchissait profondément, les yeux fermés... Louise regarda avec anxiété sa montre... 

    - "Ma chère Louise, il faut trancher dans le vif !
    Ce que tu ressens est surmontable.... Tu te sentiras mieux dans quelques jours.... Ne regrette rien, tu n'es pas en mesure de changer le passé ! 

    "Ta douleur s'en ira uniquement si tu acceptes de ne plus t'agripper au douloureux souvenir de la trahison...." lui conseilla vivement Romain "Pour y arriver, il te faut respecter une certaine discipline, même si ta peine est difficile à surmonter ! je te comprends, c'est parfois insupportable, mais avec un peu de maîtrise de toi, tu peux le faire !"

    "Il aurait fallu oser vous parler, ton mari et toi, de vos besoins respectifs ! Le mariage, c'est avant tout faire équipe ! Il n'a pas agi contre toi, mais tout simplement pour lui ! Il voulait répondre à ses besoins... D'autant plus qu'il avait appris la perversion avec l'exemple de son père : on prend et on jette, la femme étant un objet que l'on consomme et peu importe ce qu'elle en pense, ce qu'elle désire, ce qu'elle ressent !!! 

    Romain se redressa et la gronda soudain avec une sévérité inhabituelle qui traversa Louise comme un coup de poignard :

    "Louise, ne cherche pas à te venger sur la petite Agathe !"C'est une très mauvaise réponse à une crise de ton égo"...  Une vaine tentative d'espérer reconstituer ton narcissisme fracassé par la trahison, dans l'unique but de retrouver la confiance en toi... "Louise, Crois-tu pouvoir te guérir, en souhaitant à cette gamine le malheur et la souffrance ?...

    "Et pour quel résultat, dans ton for intérieur, au final ??? Repli sur soi, ruminations, mauvais estime de soi, sentiment de bassesse, de lâcheté...  tristesse infinie... dépression... ???

    "Combien de personnes souhaitent mourir ou se suicider, après s'être vengées ?  Prends bien soin de toi, et n'alimente pas ta haine envers l'autre. Sinon, la haine, le ressentiment, la rancune te pourriront  l'âme et le corps, et tu deviendras vite aigrie, invivable pour toi et pour les autres !

    "Cherche plutôt à revivifier la confiance en toi ! Ne te vautre pas dans la boue, mais reconstruis toi en t'élevant !!! Regagne encore davantage ton indépendance en dégageant le charisme qui est en toi, Louise, et tu retrouveras l'estime de toi, malmenée depuis ton enfance ! 

    "Pardonne à cette petite, qui n'a été que l'objet de la perversion de Damien. et surtout celle de ce maquereau, Dirlo ! Elle est avant tout une victime, surtout à son âge... Elle sortait à peine de l'adolescence, Louise ! Refuse de ne voir en elle que ses noirceurs !  Tu finiras bien par la sauver d'une existence mauvaise... Je sais que tu en as les capacités ! Tu en as les capacités, Louise ! 

    "Fais attention à ton émotivité ! Elle peut te rendre imprudente, irréfléchie ! C'est une faille dans laquelle se faufile le serpent afin de te tenter sans cesse ! Il te fera perdre la tête et te pousseras à la faute, à la haine, au doute, au repli sur soi ! 

    "Tu sais, la Connaissance du Bien s'allume dans la Conscience comme jaillit la flamme d'une bougie.... Il te suffit d'allumer la bougie  et de la garder allumée !
    "Elle guidera tes pas hors de la Caverne, royaume du serpent, dans laquelle l'Humanité git et patauge encore... Il faut te sortir des ténèbres de la Caverne pour accéder à la Lumière... c'est la seule façon de pouvoir contempler le Soleil, Louise ! 

    - "Pardon Romain" s'impatienta Louise... "De quoi parles-tu ? Quelle caverne ?"

    - "La fameuse Caverne de Platon (clic).... Ta Caverne, c'est le lieu où grouillent toutes tes peurs, tes illusions, tes manques de confiance en toi et en l'autre... tes manques d'amour... bref, tout ce qui te plonge dans ses profondeurs, dans ses ténèbres...
    Une discipline stricte est la seule issue possible pour te sortir de ta Caverne. Elle te permettra d'accéder à la Lumière.... Comprends-tu ? ....

    - "Une discipline stricte ?" s'enquit Louise, soudain plongé dans ses souvenirs... Tommy lui disait la même chose... "Seule la discipline sauvera le monde !" Elle eut brusquement envie de pleurer et de se lover contre sa poitrine si musclée et accueillante... Qu'il est bon et beau, son Homme ! Comme elle le regrettait violemment ! 

    Le prêtre, soucieux, l'observait attentivement... Une larme coula sur la joue de Louise sans qu'elle en prenne conscience... Elle semblait bien loin ! 

    - "Que se passe t-il, Louise ?" souffla t-il doucement

    Violemment émue, Louise lui répondit, les yeux perdus dans un ailleurs :

    -" Mon très cher Tommy me disait la même chose que toi, Romain ! C'était si bon de l'entendre !!!"

    Romain se promit d'aller voir cette Merveille qui avait tant bouleversé le coeur de Louise... Il se hasarda tranquillement, conscient de la bousculer un peu :

    "La Prière fait partie de cette discipline à acquérir !!! .... La Prière est souveraine, elle t'aidera d'une façon radicale, tu verras ! Fais confiance au Seigneur, Il est ta Lumière et ton Salut ! Lui seul prend en pitié nos égarements !
    "Un jour tu verras toutes les bontés du Seigneur  qui, sans cesse, viennent éclairer ta route !  Espère et prends courage, sois forte, Louise !

    "Reviens me voir quand tu seras prête, je t'expliquerai !!!"

     

    Louise piaffait ! La seule chose dont elle avait bien besoin en ce moment, c'était de s'étourdir avec une bonne coupe  ou deux de champagne et de partir vite chercher Agathe et le bébé ! Trop tard pour le champagne et il fallait conduire... Elle se rattrapera en rentrant..... 

    Elle se leva, lui déposa à la volée, avec beaucoup de tendresse, un baiser sur le front et sortit rapidement sans répondre en remettant ses lunettes...

    Romain soupira de fatigue ! Il avait planté les graines, elles germeront, et porteront du fruit, il en était certain ! Il se rendit à la Chapelle pour prier, remettant sa promenade méditative à plus tard.... Il n'avait plus le temps, c'était bientôt l'heure de la Sainte Messe...

    Adèle et Lou étaient déjà là, préparant le service... Son vieux coeur se dilata en les entendant papoter doucement... Lou s'était enfin trouvée une grand-mère selon ses voeux... Maminou était transformée par l'amour qu'elle portait à sa petit fille....

    La Chapelle s'illuminait de splendides bouquets de fleurs à profusion...   Il s'installa près de l'Autel de la Sainte Vierge au pied duquel s'épanouissaient des roses blanches .... Lou et Maminou s'étaient données beaucoup de peine, c'était magnifique ! .... 

    Ce Samedi ne sera peut être pas de tout repos, mais il promettait d'être beau aux yeux du Seigneur ! 

    "Espère le Seigneur, sois fort et prends courage... Espère le Seigneur !
    "J'en suis sûr, je verrai les Bontés du Seigneur sur la terre des vivants......"

    - "Romain ...." l'appela doucement Lou... 

    Il ouvrit les yeux et sourit à la petite qui s'enhardit brusquement , le prit par le cou et lui souffla à l'oreille :

    - "Je voudrais le Baptême, Romain, tu veux bien m'aider ? Va falloir lui expliquer, à Mummy ! Et puis à mes grands parents ! Ce n'est pas gagné, Romain !"

    - "J'en suis sûr, je verrai les Bontés du Seigneur sur la terre des vivants......" lui répondit joyeusement Romain... "Bien certainement, Louise-Hortense, j'en serai ravi ! Et qui sera ton parrain et ta marraine ?"

    - "Pour le parrain, je ne sais pas encore ! Mais pour la marraine, Maminou ! C'est ma grand-mère ! Nany est d'accord....." 

    - "Il te faudra bien étudier les Saintes Ecritures, Lou ! Dans un an peut être le pourrions-nous ?"

    - "Oh, bien avant, Monsieur le curé, c'est promis, j'apprends vite...  Nany et Maminou m'aideront !" 

    Monsieur le curé hocha la tête avec un air malicieux qui ravit la petite, sûre d'elle ! Elle lui plaqua une grosse bise sur la joue et s'en retourna vivement dans la Sacristie, auprès de sa grand-mère.... Il les entendit rire joyeusement !

    Une intense jubilation le jeta à genoux sur le "Prie-Dieu" non loin de lui et, s'appuyant sur l'accoudoir, la tête posée sur ses bras,  il loua le Seigneur avec ferveur.... 

    Louise

    A SUIVRE

     

     

    Gare à l'eau qui dort n° 51 - Self contrôle

     

     

    ROMAN : "Gare à l'eau qui dort" - cliquez sur les phrases ci-dessous :

     1ère Partie : Justine cherche un emploi

    2ème Partie : Entretien d'embauche entre Damien et Justine

    3ème Partie :Portrait de Damien MAYER

    4ème Partie : Louise, épouse de Damien

    5ème Partie : Justine, secrétaire de Damien

    6ème Partie : Lou, fille de Louise 1

    7ème Partie : Lou, fille de Louise 2

    8ème Partie : "Le regard magique"

    9ème Partie : l'Empreinte (1)  

    10ème Partie : L'Empreinte (2)

    11ème Partie : Le Plogging

    12ème Partie : Les enfants perdus

    13ème Partie : Quel carburant voiture ?

    14ème Partie : L'Etang

    15ème Partie : Lettres anonymes

    16ème Partie : Dorian le détective privé

    17ème Partie : Réminiscences

    18ème Partie ; Filature

    19ème Partie : Le Poucave

    20ème Partie : Sous-marin (camion de filature) et pinholes (caméras minuscules)

    21ème Partie :Dignité bafouée 

    22ème Partie : La Charité fraternelle

    23ème Partie : "Le Constat d'adultère"

    24ème Partie : La "road rage" à 200 km à l'heure

    25ème Partie : Le fouille merde

    26ème Partie ; Le Daron engraine

    27ème Partie : Choc émotionnel

    28ème Partie : Prodigieuse Lumière

    29ème Partie : Inspecteur Stan Faure

    30ème Partie : Etrange entretien

     31ème Partie : Révélations fracassantes de Dorian

    32ème Partie Adèle coupable ?

    33ème Partie : Enjeux autour d'un bébé

    34ème Partie : Duo de choc Louise et Justine

    35ème Partie : Coma Damien

    36ème Partie : Réveil Damien

    37ème Partie : Les trois mousquetaires

    38ème Partie : Une famille encombrante

    39ème Partie : La tornade blanche

    40ème Partie : Mutique imposture

    41ème Partie - Le bon curé 

    42ème Partie - Le bon curé suite

    43ème Partie : Révélations fracassantes  

    44ème Partie : Les prisons de l'âme

     45ème Partie : l'Assemblée Générale Extraordinaire

    46ème Partie : Mort de Damien

    47ème Partie : Baiser d'outre-tombe

    48ème Partie : Diners de Louise

    49ème Partie : Jour de traîne-misère

     50ème Partie : Eve ou Lilith ?

    51ème Partie - Self contrôle

     

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  • Gare à l'eau qui dort n° 50

     

    Gare à l'eau qui dort n° 50

     Louise est en proie à une violente jalousie envers la sublime Agathe, 
    la toute jeune maîtresse de son défunt mari, Damien...qu'elle compare à Eve... ou Lilith ...

    Va -elle tenir sa promesse faite à Damien sur son lit de mort ?
    La toute jeune Agathe, maman d'une petite Daisy de deux mois, fille de Damien,
    est incapable de survenir à ses besoins et à ceux de son bébé....

    Louise arrivera-t-elle à dépasser ses répulsions et accepter de prendre chez elle la mère et l'enfant ?

    Quelle sera la réaction de ses riches Parents aristocratiques, fort repliés sur "leur Monde" et sur eux-mêmes ?

    Lou, douze ans, acceptera t-elle de cohabiter avec l'ex-toute-jeune-maîtresse de son père
    ainsi qu'avec sa petite demi-soeur ?

    Une foule de questions à laquelle Louise devra répondre au plus vite ! 

     

     

    EVE ou LILITH ?

     

    La beauté juvénile de la blonde Agathe lui revint en mémoire.... Un désir fou de la voir la saisit. Elle consulta son réveil ...

    6 H du matin ! Un jour de traîne-misère ! En soupirant, Louise se leva et se doucha... Elle s'habilla et se maquilla avec soin, puis alluma son ordinateur...  5Episode n° 49 - cliquez sur la phrase)

     

    Sur l'écran se profilait le sosie, le vivant portrait de la Eve mythique primaire et libertine, dont la longue chevelure d'or formait comme un habit de lumière sur son corps gracile... Agathe possédait indéniablement un redoutable pouvoir de séduction ! 

    Même coup violent au coeur, ressenti pour la première fois, il y a maintenant presque deux ans,  sur l'écran du portable de Dorian ! Cette petite ingénue, qui s'était appuyée sur la fortune de Damien pour vivre, était radieuse...  Caresse des yeux de biche de la gamine, ardents et passionnés, bien loin de la pureté enfantine, reflétant des passions sauvages fort dommageables, tant elles piétinaient la vie de Louise... et bouleversaient l'innocence de Lou... 

    Damien, en souhaitant expier sa faute à travers Louise, afin de laver la honte qui retombait sur toute la famille, les exposait à une redoutable épreuve ! Agathe était un risque émotionnel d'importance qui pouvait fracasser l'harmonie de la Famille recomposée en faisant revivre le passé.... 

    Tout comme Eve, en croquant le fruit défendu, la petite Agathe s'était commise dès ses quinze ans,  avec un homme en âge d'être son père.... 

     

    Eve ou.....  Lilith ? 

    Surprise, Louise eut un doute ? Réminiscences d'un passé estudiantin vaguement penché sur l'étude obligée des religions... Elle interrogea Internet !

    Ah tiens, du point de vue rabbinique, Lilith aurait été la première femme d'Adam ?! Le pouvoir de séduction de cette figure mythique aurait été maléfique, démoniaque, et ce mythe trouverait sa source dans les mythes suméro-babyloniens...

     

    Agathe, un démon femelle ? Tout de même ! Une gamine fragile et dévoyée, tout au plus ! Voyons cela de plus près :

     

    Dans la version élohiste (Genèse 1), Le Créateur aurait conçu simultanément l'Homme et la Femme à partir de l'argile. Lilith, l'égale d'Adam, refusant de se soumettre à la domination sexuelle du "glébeux", aurait pris la fuite pour rejoindre les Enfers ! 

    Apparemment, le "glébeux" devait se comporter comme un mufle ! Louise soupira, importunée par des souvenirs fort déplaisants... Sans trop comprendre pourquoi, elle continua sa lecture :

    Comme tout démon, cette femme maligne, classée sorcière par les judéo-chrétiens, pouvait prendre diverses formes : chat, serpent, vipère, hibou... et même la figure d'un ange... 

    La figure d'un ange ?

    Cette petite Agathe avait cette particularité si l'on exceptait ses yeux pervers ! 

    "Lilith traduirait le côté sombre, ténébreux, du psychisme traduisant une féminité inquiétante et dérangeante, possédant à la fois des caractéristiques positives et négatives".... modèle archétypal de la mauvaise mère et de la femme maudite..." 

    En quelque sorte le double noir d'Eve !

    Voilà qui n'était guère rassurant ! Louise se prit à sourire, enfin, et retrouva sa fougue estudiantine en approfondissant ses recherches... 

     

    Dans la version Yahviste (Genèse2), Adam aurait été façonné le premier, puis s'avisant de la solitude de celui-ci, le Créateur lui aurait créé une compagne à partir d'une des ses côtes....nommée par Adam, Eve, la Vivante.

    Autrement dit, la création de la première femme d'Adam aurait été un échec et Eve serait donc la deuxième femme du premier Homme ???

    Cependant, Eve se trouvant reléguée à la deuxième place, aurait perdu l'égalité Homme-Femme, et renvoyée définitivement dans une position de soumission envers son époux ! 

     

    Une idée subite traversa l'esprit amusé de Louise ... Lilith, jalouse, aurait elle pris la forme d'un serpent pour aller titiller la curiosité et la vanité de cette cruche d'Eve, sa rivale,  pour la faire "chuter" ???

     

    Les hommes, effarouchés par leurs propres désirs, redoutent le pouvoir de séduction des femmes qu'ils assimilent à une tentative d'utilisation de leurs personnes, à une manipulation !

    Même de nos jours, la Société rechigne toujours  à accepter une femme qui assume sa sexualité ! 

    "Un homme volage est un "Don Juan", dont on se moque gentiment , quelques fois même avec jalousie ! La femme frivole ? une "coureuse", ou pire encore une "putain", rejetée, méprisée, souvent châtiée dans nombre de pays !

    Voilà pourquoi la femme est irrémédiablement coupable !" s'enflamma Louise, dont les sentiments de colère envers la "gamine" retombèrent comme un soufflé.... 

     

     

    Gare à l'eau qui dort n° 50

     

    Son réveil la rappela brusquement à l'ordre... Déjà presque huit heures ! Elle arrêta son ordinateur, accrocha à ses oreilles de jolies boucles argentées et strassées, enfila sur son jean skinny bleu clair et son pull à col rond gris, un manteau en tricot marron.. Choisit des bottines en daim olive, des lunettes de soleil noires et posa sur sa tête un chapeau en laine beige à larges bords... Elle compléta sa tenue chic et choc par un sac-bourse en cuir rose, dans lequel elle fourra prestement tout son bric à brac habituel... 

     

    L'aspirateur d'Elsa bourdonnait déjà quelque part dans la Maison.... La "Suite" des Parents de Louise ! Elle pensa brièvement à eux avec un gros pincement d'angoisse au coeur ! Comment allaient ils prendre les choses ? 

    Elle descendit lestement les escaliers, se rendit à la cuisine, surprise de ne rencontrer personne à cette heure de la journée... Ida était sans doute partit en courses ! Elle ne prit pas le temps d'avaler un petit déjeuner, se contentant de saisir une barre de céréales et de boire un verre d'eau... 

     

    Les nuages  gris s'effilochaient lentement et  l'on voyait poindre un mince rayon de soleil dans le voile déchiré de la grisaille... Elle frissonna sous son manteau... L'humidité la glaçait toujours ! La terre absorbait lentement les flaques d'eau boueuse avec un curieux bruit de succion... Quelques oiseaux courageux s'ébattaient déjà en trilles joyeuses dans les ramures des arbres... 

    "En Avril ne te découvre pas d'un fil !" C'était si vrai ! Elle resserra son manteau sur son cou largement exposé, regrettant son écharpe en laine rose qu'elle avait négligé de mettre, par stupide coquetterie... Tant pis, elle fera sans ! 

     

    Elle se buta droit dans Romain en se rendant en courant vers le garage ! 

    "Holà, Louise ! Te voila bien pressée ! Où cours-tu donc si vite, tête baissée, en bousculant les vieillards ! " la salua en riant le bon curé qui tutoyait toujours chaleureusement ses fidèles... 

    "Hello Romain ! Désolée ! Je pars vite chercher Agathe avant l'arrivée de mes Parents, et surtout, avant de changer d'avis !"

    "Tes Parents n'arrivent que ce soir, pour le dîner, Louise ! Prends donc un peu de temps pour m'expliquer ce qui ne va pas ! Cela t'évitera de regretter ton geste par la suite !" s'inquiéta soudain Romain, conscient de la nature impulsive de Louise et de ses sautes d'humeur imprévisibles qui la rongeaient souvent.... 

    Louise hésita, consulta discrètement sa montre, puis se rangea à l'avis de Romain... 

    "Viens donc chez moi, tu grelottes !" la tira doucement par le bras Romain... 

     

    Luciole

    A SUIVRE

     

     

    Gare à l'eau qui dort n° 50 - Eve ou Lilith ?

     

     

     

     

    ROMAN : "Gare à l'eau qui dort" - cliquez sur les phrases ci-dessous :

     1ère Partie : Justine cherche un emploi

    2ème Partie : Entretien d'embauche entre Damien et Justine

    3ème Partie :Portrait de Damien MAYER

    4ème Partie : Louise, épouse de Damien

    5ème Partie : Justine, secrétaire de Damien

    6ème Partie : Lou, fille de Louise 1

    7ème Partie : Lou, fille de Louise 2

    8ème Partie : "Le regard magique"

    9ème Partie : l'Empreinte (1)  

    10ème Partie : L'Empreinte (2)

    11ème Partie : Le Plogging

    12ème Partie : Les enfants perdus

    13ème Partie : Quel carburant voiture ?

    14ème Partie : L'Etang

    15ème Partie : Lettres anonymes

    16ème Partie : Dorian le détective privé

    17ème Partie : Réminiscences

    18ème Partie ; Filature

    19ème Partie : Le Poucave

    20ème Partie : Sous-marin (camion de filature) et pinholes (caméras minuscules)

    21ème Partie :Dignité bafouée 

    22ème Partie : La Charité fraternelle

    23ème Partie : "Le Constat d'adultère"

    24ème Partie : La "road rage" à 200 km à l'heure

    25ème Partie : Le fouille merde

    26ème Partie ; Le Daron engraine

    27ème Partie : Choc émotionnel

    28ème Partie : Prodigieuse Lumière

    29ème Partie : Inspecteur Stan Faure

    30ème Partie : Etrange entretien

     31ème Partie : Révélations fracassantes de Dorian

    32ème Partie Adèle coupable ?

    33ème Partie : Enjeux autour d'un bébé

    34ème Partie : Duo de choc Louise et Justine

    35ème Partie : Coma Damien

    36ème Partie : Réveil Damien

    37ème Partie : Les trois mousquetaires

    38ème Partie : Une famille encombrante

    39ème Partie : La tornade blanche

    40ème Partie : Mutique imposture

    41ème Partie - Le bon curé 

    42ème Partie - Le bon curé suite

    43ème Partie : Révélations fracassantes  

    44ème Partie : Les prisons de l'âme

     45ème Partie : l'Assemblée Générale Extraordinaire

    46ème Partie : Mort de Damien

    47ème Partie : Baiser d'outre-tombe

    48ème Partie : Diners de Louise

    49ème Partie : Jour de traîne-misère

     

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