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    GARE A L'EAU QUI DORT N° 41

      

     

    Gare à l'eau qui dort n° 41 - Le bon curé

     

    LE BON CURE

     

    Laudate Dominum - Mozart

     

    Il avait pris la douloureuse décision de ne jamais aller en prison... et de ne pas traîner ici bien longtemps ! Mais toute tentative de fuite était pour l'instant suicidaire.... 

    Tiens, le petit curé ! 

    (cliquez sur la phrase pour obtenir épisode précédent n° 40- Merci !)

     

    "Bonjour Damien. Je suis heureux de constater que tu vas mieux aujourd'hui" le salua avec bonhommie le vieil homme qui prit une chaise et la traîna auprès du fauteuil  roulant de Damien... Retira son manteau qu'il posa sur la table et s'assied en soufflant, son arthrose le faisait tellement souffrir. 

    Damien avait appris à l'apprécier... C'était un petit homme âgé, malingre dans son costume sombre de clergyman, bon et franc, jovial, simple comme un enfant de choeur. 

    Mais il craignait sa perspicacité  ! 

    Le regard pénétrant du père avait depuis longtemps deviné les tourments intérieurs qui confinaient Damien à simuler l'imbécilité. 

    Derrière la façade des yeux perdus dans un ailleurs se décelait une bonne dose de défiance. Les médecins avaient raison : cet homme était un imposteur ! 

    Le bon grand père soupira : la blessure de cet enfant était d'autant plus cruelle qu'il refusait d'en parler..., ce qui l'aurait pourtant bien soulagé ! 

    A n'en pas douter, cet homme se débattait comme un damné dans la toile qu'il s'était tissée, une horrible toile hérissée de sombres cauchemars... Il était prisonnier de la peur, une peur visqueuse qui l'engluait complètement dans une démarche absurde dont il ne sortirait jamais vainqueur, loin de là ! 

    Que faire pour lui ? 

    Le brave père ne l'en blâmait pas. L'Homme était imparfait de par sa nature, la Création étant encore fort loin d'être achevée ! 

    Il était donc normal que l'être humain faillisse ! Dieu s'était-Il trompé ? Pour sûr non, pensa le père affolé ! Il fallait être bien fou.... et bien téméraire...  pour affirmer une telle absurdité !

    La Genèse le rassura : "Et Dieu vit tout ce qu'Il avait fait et voici, cela était très bon !" (Genèse 1,31)... Le Créateur affirme Lui-même que sa Création est parfaitement bonne....

    Dans toute la Création, il y a l'ambivalence de la lumière et de l'ombre, des fruits et des épines, des riantes vallées et des gouffres... La douceur de l'air, le vent léger font place aux tempêtes, aux ouragans.... les plantes médicinales aux plantes vénéneuses....

    Malheureux celui qui fixe son regard sur le côté obscur de la Création, il peut sombrer dans la déréliction... (sentiment d'abandon et de solitude morale... personne qui se sent abandonnée et privée de tout secours), comme ce pauvre enfant insensé qui s'était vautré dans le Mal et ne savait plus en sortir....  

    Mais, mais .... l'Amour de Dieu est infiniment supérieur à la tendresse maternelle, à la sollicitude d'un père.... Un Amour que rien ne peut détruire !" médita le père avec engouement ... 

    "Alors, qui suis-je pour juger autrui, moi qui ne me connais pas moi-même  ?" se réprimanda t-il brusquement.

    Lui en faudra-t-il du courage à ce pauvre bougre pour surmonter tous les outrages qu'il devra subir, les dénonciations, les injures, le mépris et tout le reste.... Sa famille ne prenait même pas la peine de venir le visiter... La Société attendait son châtiment... un châtiment exemplaire, en rapport avec toutes ses fautes commises.... 

    Il le sentait fort mal à l'aise, derrière son air niais... Pas facile de lui faire lever le voile sur son âme déchirée, déroutée.... Pas facile ! 

    Damien perdait pied ! Le petit curé le regardait fixement de ses bons yeux qui larmoyaient sans cesse... Parfois, de grosses larmes s'échappaient  et roulaient sur ses joues que le prêtre essuyait machinalement avec son éternel mouchoir rouge à carreaux qu'il triturait nerveusement.... Damien s'efforça de se calmer... sa tension montait en flèche et la crise n'était pas loin.... Il tenait tant à sa tranquillité... La rage et l'impuissance l'envahirent ! Impossible de retrouver son sang-froid ! Il s'obligea à garder son calme... "Tout va bien, tout va bien.... C'est fini, c'est fini, c'est fini.... "

    Secoué de tics nerveux, son visage se marbrait de colère ! Le regard torve flamboya ! Il tremblait de tout son corps... Son aspect s'altérait et devenait menaçant.... Le petit curé, à qui rien n'échappait, prit peur ! Prenait-il des risques excessifs en venant lui rendre visite ? Les rumeurs sur son sujet allaient bon train, dans la Maison de repos : on le craignait tant qu'on l'enfermait, on le disait violent, criminel ! On avait remis une fiche au curé stipulant combien ce malade était dangereux, imprévisible, fourbe, mystificateur.....avec une brève liste de ses méfaits, de ses traits de caractère et de sa maladie mentale....  

    Il savait que la police, aux aguets, épiait  les moindres gestes ou les moindres améliorations de santé de cet homme étrange... 

    Une nausée lui broya l'estomac qu'il avait fragile.... Il ne tenta pas de dissimuler son épouvante !

    "Allons, allons... mon vieux, revêts donc l'armure du Christ ! Je suis un pauvre homme ! Lorsque je veux faire le bien, le mal me désarçonne ! Ma peur me rend esclave...  Il y va de la vie éternelle de ce malade.. Il a tant besoin qu'on le restaure... Il faut le remettre dans le droit chemin... l'entourer de tendresse paternelle, de sollicitude....  Dieu n'abandonne jamais ses brebis galeuses... Il continue de les éduquer,  avec une patience infinie, par ses bienfaits et même par ses châtiments.... Il sévit toujours avec une stupéfiante efficacité... La Sagesse de Dieu est toujours féconde, même dans les situations les plus désespérées..... L'Homme qui n'a pas été éprouvé est bien fragile...mais l'âme sans espérance dépérit... Elle a besoin de soin pour guérir......oui, mon petit vieux, n'oublie pas cela... n'oublie pas..... " s'encouragea t-il vivement...  

    L'aumonier parvint enfin à se ressaisir ! Il se rendit compte qu'il pleurait comme un enfant ! Le malade le regardait avec des yeux énormes, stupéfaits.... IL était bouleversé par la peur du petit curé... qui ne s'en cachait guère.... 

    Celui qu'on appelait "Padre" sourit, soudain jovial ! Sa faiblesse avait enfin réussi à percer l'armure du malade... 

    "Ma Grâce te suffit, avait dit l'Eternel à Paul (Corinthiens 2,12), car ma Puissance s'accomplit dans ta faiblesse... "

    Donc, c'est quand je suis faible que je suis fort ... avec la Grâce de Dieu ! 

    Il jubila ! Dans un élan de tendresse folle, il se mit à déclarer tout haut, sans se préoccuper des états d'âme de Damien :

    "Fortifie-toi et prends courage, mon frère ! Ne t'effraie pas, ne t'épouvante pas, car l'Eternel ton Dieu est avec toi dans tout ce que tu fais, dans tout ce que tu entreprendras" (Josué 1,9)... 

    Connais-tu l'histoire de Caïn et Abel, Damien ?" 

     

    Luciole

    A SUIVRE

    Gare à l'eau qui dort n° 41 - Le bon curé

     

     

    ROMAN : "Gare à l'eau qui dort" - cliquez sur les phrases ci-dessous :

     1ère Partie : Justine cherche un emploi

    2ème Partie : Entretien d'embauche entre Damien et Justine

    3ème Partie :Portrait de Damien MAYER

    4ème Partie : Louise, épouse de Damien

    5ème Partie : Justine, secrétaire de Damien

    6ème Partie : Lou, fille de Louise 1

    7ème Partie : Lou, fille de Louise 2

    8ème Partie : "Le regard magique"

    9ème Partie : l'Empreinte (1)  

    10ème Partie : L'Empreinte (2)

    11ème Partie : Le Plogging

    12ème Partie : Les enfants perdus

    13ème Partie : Quel carburant voiture ?

    14ème Partie : L'Etang

    15ème Partie : Lettres anonymes

    16ème Partie : Dorian le détective privé

    17ème Partie : Réminiscences

    18ème Partie ; Filature

    19ème Partie : Le Poucave

    20ème Partie : Sous-marin (camion de filature) et pinholes (caméras minuscules)

    21ème Partie :Dignité bafouée 

    22ème Partie : La Charité fraternelle

    23ème Partie : "Le Constat d'adultère"

    24ème Partie : La "road rage" à 200 km à l'heure

    25ème Partie : Le fouille merde

    26ème Partie ; Le Daron engraine

    27ème Partie : Choc émotionnel

    28ème Partie : Prodigieuse Lumière

    29ème Partie : Inspecteur Stan Faure

    30ème Partie : Etrange entretien

     31ème Partie : Révélations fracassantes de Dorian

    32ème Partie Adèle coupable ?

    33ème Partie : Enjeux autour d'un bébé

    34ème Partie : Duo de choc Louise et Justine

    35ème Partie : Coma Damien

    36ème Partie : Réveil Damien

    37ème Partie : Les trois mousquetaires

    38ème Partie : Une famille encombrante

    39ème Partie : La tornade blanche

    40ème Partie : Mutique imposture

     

     

     

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    Pour ce Défi n° 243, Colette (cliquez sur le nom), en toute simplicité,

    nous propose de rédiger un texte  sur le thème suivant :

    "Lipogramme sans A" 

    pour le Lundi 11 Janvier 2021

     

     

    L'ECUME DES JOURS 

    (sans A)

     

    Vous êtes l'écume qui roule sur mes jours,

    Déserteur ! Mon heureux printemps se flétrit.

    Dépourvu de tendresse, hors vous, il dépérit.

    Je subis votre loi et mon cri se noie.

    L'espoir en heures tristes lentement se déploie,

    Ô mon Prince, m'enivrer de votre présence, toujours ! 

     

    Je meurs ! L'Heure sonne en pleurs silencieux

    Le voile est levé : souffrent les cieux !

    En mon coeur pur est entrée une rosée,

    Infini bonheur des jeunes épousées.

    En mon sein convulse un Don mystérieux,

    Effroi d'une écervelée jeune et pieuse ! 

     

    Un bruit ! C'est le père qui vient, 

    L'ombre mortelle du père, 

    Le père et son coeur de pierre !

    L'oeil noir scrute le ventre indécent,

    Viole le lourd secret : quelle offense !

    L'Heure tinte en requiem,

    Un cri déchire cette nuit blême...

    Ô mort ! Fureur funeste du béotien !

     

    Les foules fourbes et insensées, impies,

    Que l'ennui des jours rend cruelles,

    Usent insolemment d'un pouvoir mortel,

    Becs et ongles, coeur sec, répudient....

     

    Féroces foules théurgiques,

    Yeux peureux rivés sur des cieux iniques,

    Hurlent : " hors du nid, colombe éprise !

    Brûle en enfer, éhontée insoumise !"

     

    Hypocrites nuits de désir,

    Qui jettent sur le bûcher  se mourir

    les jeunes filles impudiques !

     

    Une ombre frissonne, horrible gouffre,

    L'indigne Prince exotique, s'enfuit et souffre,

    Spectre livide, lui, l'épicurien hier encore si chéri,

    Si redouté ! Depuis longtemps de ses frères l'égérie,

    Prophète durement mené du côté de ses hormones,

    Homme de prières sur qui tout repose, il s'époumone.

     

    Son désespoir tourné vers l'immensité bleue, il prie...

    Honneur et gloire sombrent  sur l'horizon nébuleux, muselés

    Douleur méritée, qui entre, pèse , scelle et cloue sur le pilori,

    Les vices de l'orgueilleux indocile envers toute censure imposée.

     

    Le besogneux temps défile, se consume et ne procure plus de joie,

    Vers l'impossible nul n'est tenu ! Le monde déteste les destinées grises...

    En funèbres mots, ivres de vin et de rêves sinistres, de terreurs sous emprise,

    Oublieux de toute Miséricorde Divine, en l'onde liquide il se jette et se noie !

    Sort clément pour qui trop endure ! 

     

    Luciole

     

    L'écume des jours

     

    L'écume des jours

     

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    Gare à l'eau qui dort n° 40 

     

    Gare à l'eau qui dort n° 40 -

     

    MUTIQUE IMPOSTURE !

    DAMIEN

     

    A peine l'ai-je quitté que ma vie redevient chaos, souffrances intolérables, solitude extrême.... 

    Pourquoi avoir pris une telle décision de revenir à la vie, dans ce corps glacé, fracassé ? Le doute, le dépit, la désillusion me terrassent autant que la douleur....  Pourtant, j'ai comme une certitude intérieure, celle d'avoir baigné dans un vaste Champ d'Amour, de félicité... qui pulvérise à jamais tous mes repères, mes certitudes antérieures....

    Non, je ne suis pas seul.... Ma paume repose dans une main chaude, palpitante...., une main féminine... tandis qu'une autre main de tendresse caresse doucement le dos de la mienne... Vibration d'amour ! Un Ange est à mon chevet ??? ( Episode n°36 Réveil de Damien cliquez sur la phrase)

     

    Comme chaque matin, il se réveilla difficilement de cet engourdissement narcotique infligé qui facilitait la vie des veilleurs de nuit.

    Combien de nuits noires devra-t-il encore subir dans cet univers carcéral, avant de pouvoir enfin aspirer à une vie normale? 

    Dans ce monde en flottaison dépouillé de toutes vicissitudes, il pleuvait des heures creuses et des matins vides où dansaient les chimères.... 

    La docilité apparente des paupières closes cachait des révoltes fâcheuses, des ivresses funestes, des ébranlements du corps qu'il fallait endormir sitôt éveillés.... Il ne fallait surtout pas succomber aux chants des sirènes.... L'abîme était à ses pieds ! 

    Il apprenait à fermer son coeur au bonheur... Pourtant, des perceptions exaltantes s'éveillaient dans tout son être.

    Il se sentait comme ces héros blessés, désenchantés, désillusionnés des contes épiques qui, après avoir occupés un moment la curiosité populaire, ne trouvaient plus le chemin menant aux fausses sécurités d'un paisible quotidien...  

    Il savait confusément qu'il avait côtoyé la mort. Souvenirs fugaces d'un Ailleurs baigné de Lumière et d'Amour.... Mais tout lui échappait ! Il ne pouvait plus se soustraire à cet étau de brume médicamenteuse dans lequel on le plongeait.... 

    Désagréable sensation d'être épié, surveillé... On décidait à sa place ! Où était donc la frontière entre le rêve et la réalité ? Dans son esprit cotonneux se succédaient des exaltations, des exubérances qui le sortaient soudain de sa léthargie. Il se retrouvait alors en proie à des énergies irrésistibles, à un besoin d'agir insupportable. Comme mû par un ressort, il se levait et se mettait à arpenter silencieusement le secret de sa chambre en remuant les bras, en remontant les genoux, ou dans des exercices périlleux, des pompes douloureuses... qui le jetaient ensuite exténué, tremblant de joie et de rires contenus dans son fauteuil roulant...., bientôt suivis par un état de malaise prolongé... qui le brisait... et le renvoyait dans l'indolence des heures inutiles..... 

    Ces crises de folie lui faisaient encourir de graves dangers ! Il fallait rester très prudent ! 

    Mais il ne renonça pas ! Ces curieuses épreuves, répétées jour après jour, portaient du fruit... Les forces lui revenaient.... qu'il devait dissimuler à tout prix au corps médical qui, pourtant, se posait des questions.... 

    Il exerçait son esprit à percer le brouillard et restait attentif à toute nouveauté ! On le laissait dans une solitude atroce dans sa chambre en dehors des heures de soins ou de repas.... 

    Damien avait choisi de se taire, de se cloîtrer dans cette solitude et de s'y résigner.... La dissimulation devint une seconde peau qui le protégeait.... Il acceptait les choses telles qu'elles étaient, mais il pressentait comme une Présence, une Force autour de lui et en lui qui lui permettra, un jour, de changer la donne....

    Et puis...., et puis, il était si consolant de sentir combien la mort pouvait mettre fin à tout, lui permettant de quitter la médiocrité des jours, de ne plus subir cette impression affreuse de vide, d'impuissance. Il deviendra alors un électron-libre happé par l'Amour, régénéré par cette Force mystérieuse qui le portait.... De cela, il en était certain ! 

    Ces traits de lumière vive traversaient la nuit noire de son esprit comme étoiles filantes dans un ciel d'été.... 

    Il devait réussir à mettre en défaut la circonspection des médecins... en se contraignant à simuler l'aphasie et la paraplégie des membres inférieurs... 

    A vrai dire, il se rendit vite compte que les médecins décelaient confusément l'imposture.... bien qu'ils ne lui accordaient qu'un intérêt ironique, méprisant.... indifférent ! Parfait, qu'il en soit ainsi, cela le servait !

    On le laissa croupir dans sa chambre... On attendait qu'il se fatigue de jouer ainsi les momies... Un jour viendra où il lui faudra bien payer sa dette.... La Justice le rattrapera... 

     

    Les agitations du "dehors" vinrent frapper ses sens... Le couloir s'animait, devenait bruyant ! On traînait des charriots, des pas martelaient le sol.. Des voix joyeuses s'interpellaient .... Son coeur se mit à battre et sa respiration s'accéléra... Il sentit son sang cogner dans les veines... 

    Chaque matin, le même scénario, l'onde de choc foudroyait son corps, il haletait... Malgré sa laborieuse volonté de s'anéantir dans l'immobilité et l'indifférence, ses yeux s'ouvraient et son corps rebelle s'animait d'une vie toute instinctive qu'il ne pouvait maîtriser.... 

    Une armée d'aides-soignantes fit irruption dans la chambre sombre. Les volets roulants s'ouvrirent sur un matin pluvieux, les fenêtres sur une fraîcheur piquante... Les voix fracassèrent le silence ébloui.... 

    "Comment allez vous, Monsieur Mayer ? Avez-vous bien dormi ? Il fait frais ce matin ! On fait la toilette ? Allez, on vous met dans le fauteuil et on vous mène à la douche ! On y va ? ......etc, etc......"

    Damien se retrouva propulsé de son lit dans son fauteuil roulant, bousculé vers la salle de bain éclaboussée de blanc, déshabillé sans ménagement, cramponné puis balancé sur une chaise plastique blanche, vigoureusement savonné, douché  par un jet d'eau toujours trop glacé, rasé de près, et rhabillé, par une armée de bras, de mains tandis que d'autres arrangeaient son lit, lavaient sa chambre à grands bruits... 

    Il avait appris à leur sourire niaisement, en serrant les dents.... Puis venait l'heure des drogues... Il caressait toujours l'espoir vain d'échapper aux drogues, mais l'infirmier et les aides-soignantes le surveillaient de près....

    Et tous papotaient, le questionnaient.... et le persécutaient lâchement ! Bon sang, parler était périlleux ! Il se savait assis sur un siège éjectable... Les ruses de ces planqués étaient édifiantes.... remplies de lézards.... On provoquait le faux pas, la chute !  Il s'enveloppa de son sourire benêt et d'un épais manteau de silence... Leur babillage futile et mesquin se perdait dans le désert de ce silence aride.... Il se contentait de n'être plus rien... Sans blague ! Puisqu'il n'avait plus le pouvoir de décider, à quoi bon l'interroger ainsi ? Chaque mot, chaque pas le rapprocheraient inexorablement des foudres de la Justice.... Il fallait bien n'être plus rien ! 

    Son regard fixe, son air idiot les déconcertaient... Ils finissaient par le laisser tranquille et il en concevait une étrange jubilation... 

    Il avait fini par cesser de vouloir chercher un sens à sa vie ! Mais ne pouvait s'empêcher de penser sans relâche, malgré les neuroleptiques.... Comment avait-il pu devenir un libidineux capable du pire ? Le passé lui donnait le vertige, lui déclenchait des crises et des agitations, propices à des interventions musclées et médicamenteuses qui le clouaient au lit et le rendaient ridicule, surtout à ses propres yeux..... On lui avait envoyé un psychiatre, mais comment lui faire confiance ? N'était-il pas à la solde de la Justice ? Il aurait tant aimé faire partie du monde des parlants.... Communiquer son désarroi, comprendre l'inacceptable... 

    Damien ne parlait plus, mais il pensait, il inventait, il créait ... Cette vie intérieure anarchique, nébuleuse, occupait tout son temps libre... Il se reconstituait un monde bien à lui à partir de bribes "extérieures" entendues et thésaurisées, de souvenirs ou de rêveries éveillées.... Une manière d'exister malgré tout ! Peut être réussira t-il un jour à sauver les mots en les écrivant ? Il ne parlait plus, mais s'ingéniait à les sauvegarder  au plus profond de lui-même 

    Allait-il pouvoir continuer longtemps cette existence d'idiot surprotégé, immature, inutile ? N'allait on pas par finir le jeter dans un asile d'aliénés ? Son cerveau surchauffait : il  échafaudait mille hypothèses toutes aussi désagréables....

    Dans quel marasme la fornication l'avait il jeté.... Cette obsession l'emprisonnait bien davantage encore que la situation subie.... Les "Babé" n'étaient déjà qu'une forme de régression qui l'avait souvent laissé aux prises avec un profond sentiment de déshonneur... Pourquoi s'était il tant acharné à se refuser tout droit de prendre en considération les sentiments d'autrui ? Rien ne devait l'émouvoir ! Rien ni personne ! Pourquoi ? Il soupira... Son cynisme le chavirait ! 

    Puis il sourit : Agathe avait eu le génie de le ramener à son insouciant niveau de larve ... Il avait toujours été une larve insignifiante.... Elle l'avait instinctivement tutoyé sans ménagement, en passant joyeusement de "'Milord" à "mon biquet" avec une aisance enfantine qui l'avait désarçonné... Avec elle, il pouvait tout se permettre....

    Il lui fallait reconnaître que sa vie d'alors l'effrayait totalement.... Il avait eu besoin de décompresser ! Sa garce de femme l'avait désagréablement découragé avec ses airs guindés de bourgeoise préhistorique.. Même le langage poudré de son épouse, réclamant un fastidieux décodage, si éloigné des hardiesses de son propre jargon familier, le déconcertait... Tout en elle le rebutait ! Il avait encore en mémoire les bouleversantes stupeurs indignées de sa femme pendant leur nuit de noce qui l'avait foudroyé....lui d'ordinaire si fier de ses performances. Elles avaient déclenché en lui une fureur qui l'avait poussé à massacrer sa femme... Il l'avait clouée comme une vulgaire prostituée.... Elle et lui ne s'en étaient jamais remis.... Un malaise qui les poursuivra toute leur vie... Il n'en était pas fier, la honte flamba à ce souvenir crucifiant, prit une importance capitale ! Toute leur vie de couple en avait été affectée.... 

    Puis une frontière sociale les séparèrent  définitivement...

    Sa mauvaise humeur contre Louise s'enfla... prit des proportions effarantes qui l'épouvantèrent ! Sa colère le surprit... Secoué d'appréhensions, il tenta de se calmer... On allait le bousculer, le coucher, l'attacher à son lit, l'ensuquer...
    Sa rancune ne s'effacera qu'avec le temps.... Il fallait patienter... tranquillement patienter... patienter..... C'est fini, c'est fini, c'est fini... Il haleta comme une femme en couche... Ses tremblements convulsifs cessèrent progressivement... Voilà, il avait réussi à juguler la crise.... tout seul... Il jubila et fit soudain un bras d'honneur... à l'encontre des autorités médicales, judiciaires... au monde entier.... Il s'en sortira... Tout seul ! 

    Cet épouvantable souvenir avait il une importance capitale ? 

    Il tenta de réfléchir, de percer le brouillard qui affectait et affaiblissait son intelligence... 

    En fait, son mépris se fondait surtout sur une différence de condition sociale qui le désavantageait formidablement, le dé-sa-van-ta-geait, le mortifiait profondément !!! voilà tout ! Tout étonné, il considéra avec attention cette affirmation qui jaillissait de son cerveau malade... Bien sûr, ce n'était que cela ! Il ne parviendra jamais à son niveau.... Il ne l'égalera jamais ! Il s'était illusionné sur lui-même... Le seul moyen de se faire respecter, de se respecter  était tout simplement d'être lui-même ! 

    Dépité, il se mit à rire silencieusement ! Ce n'était guère le parti à prendre en ce moment.... lui qui se travestissait volontairement pour mieux leurrer la Justice... Quelle gabegie ! Son manque de clairvoyance lui coûtait cher.... Savait il seulement ce que signifiait ce mot qui s'enflait de lui-même en lui si soudainement et ébranlait son narcissisme : Respect ??? Un mot presque incongru qui cherchait à enjamber des abîmes d'insensibilités perverses.... ? Une clé parmi des milliers de clés d'un immense trousseau qui ouvrait des portes vers des rives inconnues ? 

    D'où lui venait cette sensation que l'histoire était déjà écrite ?...........

     

    Un bruit infernal le tira de sa studieuse mélancolie... Le chariot des petits déjeuners ! Rire : seul l'instant présent le rendait vivant.... La porte s'ouvrit à la volée et une plantureuse aide-soignante tira la table roulante devant Damien, pendant qu'une petite souris posait déjà furtivement le plateau...

    Il se contentait de ce qu'on lui donnait... Les éternels et insipides yaourt nature et compote de pomme allégée, deux toasts de pain rassis, une portion de beurre, un jus de fruit tiède et un bol de déca-chicorée fumant.... 

    Les repas, toujours servis dans sa chambre pour son plus grand soulagement, étaient tout aussi frustrants... Les petits morceaux de viande baignaient dans une sauce immonde, les poissons caoutchouteux dans de la margarine et les légumes se faisaient rares, en dehors des pâtes, riz et pommes-de-terre.... invariablement suivis d'un yaourt et fruits de saison.... 

    Il avait pris la douloureuse décision de ne jamais aller en prison... et de ne pas traîner ici bien longtemps ! Mais toute tentative de fuite était pour l'instant suicidaire.... 

    Tiens, le petit curé ! 

    Luciole 

    A SUIVRE

     

    Gare à l'eau qui dort n° 40 -  Mutique imposture

     Grand corps malade

     

     

    ROMAN : "Gare à l'eau qui dort" - cliquez sur les phrases ci-dessous :

     1ère Partie : Justine cherche un emploi

    2ème Partie : Entretien d'embauche entre Damien et Justine

    3ème Partie :Portrait de Damien MAYER

    4ème Partie : Louise, épouse de Damien

    5ème Partie : Justine, secrétaire de Damien

    6ème Partie : Lou, fille de Louise 1

    7ème Partie : Lou, fille de Louise 2

    8ème Partie : "Le regard magique"

    9ème Partie : l'Empreinte (1)  

    10ème Partie : L'Empreinte (2)

    11ème Partie : Le Plogging

    12ème Partie : Les enfants perdus

    13ème Partie : Quel carburant voiture ?

    14ème Partie : L'Etang

    15ème Partie : Lettres anonymes

    16ème Partie : Dorian le détective privé

    17ème Partie : Réminiscences

    18ème Partie ; Filature

    19ème Partie : Le Poucave

    20ème Partie : Sous-marin (camion de filature) et pinholes (caméras minuscules)

    21ème Partie :Dignité bafouée 

    22ème Partie : La Charité fraternelle

    23ème Partie : "Le Constat d'adultère"

    24ème Partie : La "road rage" à 200 km à l'heure

    25ème Partie : Le fouille merde

    26ème Partie ; Le Daron engraine

    27ème Partie : Choc émotionnel

    28ème Partie : Prodigieuse Lumière

    29ème Partie : Inspecteur Stan Faure

    30ème Partie : Etrange entretien

     31ème Partie : Révélations fracassantes de Dorian

    32ème Partie Adèle coupable ?

    33ème Partie : Enjeux autour d'un bébé

    34ème Partie : Duo de choc Louise et Justine

    35ème Partie : Coma Damien

    36ème Partie : Réveil Damien

    37ème Partie : Les trois mousquetaires

    38ème Partie : Une famille encombrante

    39ème Partie : La tornade blanche

    40ème Partie : Mutique imposture

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    Il faut cliquer sur "Regardez sur Youtube" dans la vidéo ! 

     

     

    Meilleure année possible à tous les aminautes

     

    Sans pandémie, sans confinement et en pleine forme

     

    Tous mes voeux de bonheur, de prospérité et de santé !

     

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  •  Gare à l'eau qui dort n°39 - La tornade blancheGare à l'eau qui dort n°39 - La tornade blanche

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Adèle, AVANT .....                                                                                                                                                                                                                                            Adèle, APRES  transformation                                                                                                  

                                                      

    GARE A L'EAU QUI DORT N° 39

     

    Gare à l'eau qui dort n°39 - La tornade blanche

    Louise

    "LA TORNADE BLANCHE"

     

             Concierto de Aranjuez - Joaquín Rodrigo II.
    Adagio / Pablo Sáinz-Villegas 

                                                     

    Chaque information, note, courrier ou contrat devaient faire l'objet d'une analyse approfondie avant d'atterrir sur son bureau, impérativement suivie d'une courte synthèse en vue d'y consigner tous les éléments à retenir.... le tout d'une manière pertinente et transparente.... Or, les notes illisibles et bâclées d'Adèle s'attirèrent les foudres de Louise qui, exaspérée, explosa avec une franchise redoutable. 

    Adèle, empêtrée dans ses vieux schémas, en fut terriblement dépitée.... La nervosité lui tenaillait le ventre. Elle déglutissait avec difficulté, elle qui n'avait jamais douté de ses capacités... On s'acharnait contre elle ! .........
    (Episode Précédent n° 38 - cliquez sur la phrase)

     

    "Votre travail est aberrant, Adèle ! " la cingla Louise "Il est une insulte non seulement envers votre interlocuteur, mais également envers votre Directrice....

    "Le défaut d'information est extrêmement préjudiciable pour la bonne marche de l'Agence. L'analyse de vos fiches de renseignements est un moyen qui permet de prendre des décisions rapides en connaissance de cause.... Elle est un point d'appui aux propositions que l'Agence est amenée à prendre.... 

    "Vos informations doivent être complètes, claires, précises.... et parfaitement lisibles !!!

    "Vos post-it nuisent à la compréhension et à l'exécution des tâches, Adèle... et sont un facteur de stress pour moi !"

    "Monsieur Damien se contentait de fiches succinctes, Madame, afin de me libérer d'une grande charge supplémentaire... ! Il avait une bonne connaissance de tout ce qui concernait l'Agence, de nos dossiers comme de nos clients, ainsi que des contrats... " se défendit vivement Adèle, furieuse, qui sous-entendait ainsi que "Madame" était incompétente..... 

    "Je galère toute la journée entre téléphone, clients et courrier, litiges et contrats...... plus toutes ces recherches que vous m'imposez pour votre compréhension... Je ne m'en sors pas, Madame...
    "Je vous suggère de trouver une autre personne pour effectuer vos recherches, pour aller chercher les dossiers dont vous avez besoin, puis les  reclasser ensuite... Je n'ai plus le temps nécessaire pour vous rédiger des fiches complètes de synthèse en tout genre.... 

    "Tout est ainsi expédié, car je n'ai pas assez de mes journées pour tout faire ! 

    "Vous m'en voyez navrée.... Madame... "

    Louise, qui avait parfaitement compris l'allusion, profondément stupéfaite de la réplique d'Adèle, maîtrisa ses bouffées de colère violentes, respira posément et préféra dépasser les causes de blocage engendrées par les habitudes de l'une et les innovations de l'autre.... Puis elle se rallia progressivement aux doléances d'Adèle... Elle n'avait pas tort, au fond ! 

    "Bien, Adèle... Je vous présente mes excuses ! Je vis tellement comme un ours solitaire dans mon antre que je ne me rends pas toujours compte de la charge imposée... Cependant, il serait bon que nous adoptions, vous et moi, un langage clair, exempte de tout sous-entendus ! 

    "Je vais réfléchir à votre proposition... Si vous pensez à une personne précise, qui pourrait vous aider correctement, dites le moi de suite... Nous éviterons les pertes de temps !"

    Adèle, profondément rassurée par le ton radouci de Louise, prit le temps de la réflexion, mais ne trouva personne.... Quoique ??? Peut être .... 

    "Peut être la petite Ophélie ? Elle est fort dégourdie et intelligente, Madame... Je ne vois qu'elle ! Elle vient souvent nous aider au classement des dossiers lorsque nous sommes surchargées, Justine et moi.... "

    Louise sourit ... Ophélie... Mais oui !!! 

    "Merci Adèle, c'est une excellente idée ! Je suis ravie de votre proposition... 

    "Bien, revenons à nos moutons ! Le plus simple serait d'élaborer un schéma de travail préétabli adapté à chaque situation, qu'il faudra suivre, précisant toutes les questions à aborder et les résultats trouvés, afin de collecter et de résumer les informations utiles... 

    "Nous allons former un groupe de travail, Justine, Ophélie, vous et moi, pour les concevoir.... Et si vous pouviez vous joindre à nous, cher Stan, afin de nous éclairer de vos lumières.... Vos compétences seront les bienvenues...."

    Stan, qui ne pipait mot dans son coin, le nez dans ses dossiers inconfortablement étalés sur la petite table du salon depuis que Louise lui avait piqué le bureau, ne perdait rien de tout ce qui se passait entre Louise et Adèle... Louise réagissait vite pour résoudre les problèmes rencontrés, même les plus élémentaires.... Une très bonne chose, mais tellement balayée par son côté soupe au lait... Une chance qu'elle savait reconnaître ses erreurs... Cependant, elle risquait de passer pour une gourde auprès de ses employés ! 

    "Mais oui, bien entendu !" répondit-il distraitement, douloureusement courbé sur son travail, tout à son idée... Il allait devoir la mettre en garde ... Sapristi ! C'est qu'elle n'était pas facile à aborder, cette bleusaille ! 

    Puis, comme Louise le regardait fixement, il se redressa et affirma ironiquement avec une conviction feinte, tout sourire :

    "Parbleu, je serais enchanté de contribuer à ce projet innovant !"

    La réunion se déroula sans anicroche... Chacun apporta de l'eau au moulin, Stan souffla fort sur les ailes et le grain fut promptement moulu... Les formulaires préétablis furent rapidement tapés, imprimés, polycopiés et Stan se crut sauvé de toute cette paperasse qu'il jugeait fort inutile... Ce en quoi il eut tort, car les progrès de Louise furent fulgurants dans les jours suivants....

    Ophélie, ravie de prendre du galon, très surprise et reconnaissante d'avoir été choisie par Adèle... décidément, il y a du bon dans toute personne.... officiait avec une compétence qui stupéfia tout le monde, y compris elle-même ! Elle échappa au travail servile d'Hôtesse et ne servit le café ou le thé qu'au petit groupe dont elle faisait partie désormais...

    Et ô surprise, Madame lui enjoignit vivement de se chausser avec des talons plus raisonnables, en conformité avec la santé de sa colonne vertébrale ... et de quitter cet uniforme, fort seyant, certes, mais incompatible avec son nouveau job.... Un jean correct et de jolis baskets seront autorisés, car plus pratiques pour monter et descendre les dossiers, courir chercher ou dispatcher le courrier, tenir les registres dans la salle des archives........!

    Dès le lendemain, Ophélie éblouissait avec une tenue clinquante très djeune  composée d'un jean bleu tendre aux côtés chamarrés de broderies pailletées, d'un époustouflant sweat-shirts bleu ciel aux motifs perles et paillettes, et de mignons baskets du même bleu ciel et ....pailletés...  Elle avait dénoué le strict chignon en arborant une splendide chevelure  qui retombait en boucles d'or sur ses épaules, à peine domptée par un petit serre-tête argenté. 

    Louise éclata de rire, émue par la beauté sublime de la toute jeune femme qui lui rappelait sa petite Lou.... Stan et Adèle grommelèrent en choeur...

    "Tiens, un sapin de noël !" siffla Stan

    "C'est une tenue correcte, ça ?" s'insurgea Adèle

    "Waouuuh ! ce que tu es belle, Ophélie !" s'écria la tendre Justine qui en aurait bien fait autant..... Mais bon, avec les clients !!! 

    "Bien d'accord avec toi !" la tutoya soudain Louise sans y prêter garde, pour le plus grand plaisir de Justine...  "Mais pour faire plaisir à Stan, peut être un peu moins de paillettes, ma petite Ophélie, non ? Ou le jean ou le sweat ? Vous y gagnerez en élégance ! Mais gardez les baskets, ils vous vont à ravir !"

    "Suis désolée, Madame" s'embua soudain Ophélie, interdite.... 

    Louise lui sourit tendrement et retourna à son bureau, les bras chargés de documentation, de dossiers.... Ophélie se précipita et attrapa au vol une pile branlante qui menaçait de s'écouler... et la suivit... 

    Stan n'avait pas fini d'en voir de toutes les couleurs ! Louise partit en guerre contre la "gabegie" bureaucratique à tous les niveaux ! Elle s'aperçut très rapidement que chacun travaillait selon sa fantaisie... et décida d'y mettre bon ordre.... La rumeur s'enfla ! Un vent de panique souffla sur l'Agence... 

    Elle fut promptement surnommée "la tornade blanche !"

    Stan s'inquiéta fort et remarqua que, souvent, les femmes de caractère, sous une apparence fragile, vulnérable, n'ont de cesse de vouloir résoudre tous les problèmes en cours et à venir elles-mêmes tambour-battant !!! Et pourtant, elle restait très impressionnable... Un rien la contrariait... la rendait anxieuse... Il savait combien elle attachait beaucoup de prix à l'opinion publique... 

    Elle lui promit de rester très chaleureuse. 

    "Je sais parfaitement être diplomate quand la situation le permet !" le rassura-t-elle

    "Mais avant de se faire aimer, d'abord se faire respecter, mon cher Stan !" s'obstina t-elle en riant.

    "C'est fou ce qu'elle ressemble à son père" constata Stan, fort surpris... "Et finalement aussi tranchante que lui... Elle respire l'autorité... Obstinée et autoritaire !" 

    Louise simplifia au maximum toutes les tâches de l'Agence... C'était une vraie guerrière que ses manières cordiales, son sourire et la douceur de sa voix masquaient mal... Chacun comprit vite qu'elle exigera le meilleur d'eux-mêmes. D'ailleurs, elle-même ne se ménageait guère... 

    De petits groupes s'organisèrent pour plancher sur chaque nouveau projet proposé. Beaucoup redoutaient le changement, mais ses innovations fascinaient, même ses adversaires...

    Pénétrer dans l'univers de l'Agence était fort compliqué. Il fallait sans cesse motiver les troupes. C'était si difficile de faire simple ! 

    Justine était constamment sollicitée... Cependant, elle se rendait disponible à tous moments, lorsqu'elle n'était pas en clientèle, afin de répondre à toutes les interrogations anxieuses de Louise.

    C'était la meilleure collaboratrice de Louise. Stan fut l'interlocuteur idéal pour se charger de toutes les questions juridiques liées à l'Agence. 

    L'esprit de décision, l'attitude visionnaire de Louise, son extraordinaire capacité de travail engendraient des révolutions au sein de l'Entreprise. Ses compétences en informatique lui furent d'un grand secours. Le marketing tenait une grande place dans la réussite de l'Agence.... 

    Louise  semblait déborder d'assurance....

    Sa dernière trouvaille : inviter Ophélie, toute rougissante, et Adèle, fort émue, à les rejoindre à la "Cantine" pour le déjeuner.... Elle avait besoin de la chaleur de ce petit groupe pour combler le vide de sa vie.... Justine s'enthousiasma.... Stan calculait... "La dépense, Louise, la dépense... "

    Louise balaya toute notion budgétaire et estima "qu'elles le méritaient bien !"

    Depuis ce jour, Adèle fut toute dévotion envers sa..... belle-fille ! Son coeur se défripa doucement.... Son visage s'épanouit, ses rides s'estompèrent comme par magie et son teint jaune se colora.... Elle ne se jeta plus sur ses infectes viandox, prit des rondeurs sympathiques, s'habilla avec beaucoup de goût, se parfuma discrètement... 

    Et surtout, elle riait ! Justine et Ophélie, stupéfaites, s'en réjouirent.... Stan finit par la trouver... avenante, ma foi oui, avenante.... Quelle transformation en si peu de temps ! Louise était profondément bouleversée... et commença à entrevoir la belle-mère derrière la secrétaire...

    Une compréhension mutuelle engendra un respect réel qui les soudèrent progressivement  L'une était comme le miroir de l'autre... Des femmes mal aimées, maltraitées, qui s'étaient inconsidérément engagées sur un chemin infernal.....l'une avec le père, l'autre avec le fils... 

    Adèle n'en revenait pas : elle avait des ami(e)s.... des ami(e)s.... Même Stan la plaisantait amicalement... Il lui prenait galamment le bras pendant le trajet, du bureau vers la "Cantine".. Non, vraiment, elle n'en revenait pas... C'était comme si le ciel s'ouvrait enfin pour elle... 

    Et chacun se rendit compte à quel point cette femme était une terre assoiffée.... Les regards, les comportements envers elle changèrent.... Une réelle amitié se fortifia entre eux avec le temps ! 

    Mais il ne fût plus question d'aller visiter Damien... Adèle, fidèle à ses Weekends auprès de son fils, en souffrait silencieusement ! Que sa femme soit toute colère envers son mari, passe. encore.. mais sa fille, tout de même ! 

    Luciole

    A SUIVRE

     

    Gare à l'eau qui dort n°39 - La tornade blanche

     

    ROMAN : "Gare à l'eau qui dort" - cliquez sur les phrases ci-dessous :

     1ère Partie : Justine cherche un emploi

    2ème Partie : Entretien d'embauche entre Damien et Justine

    3ème Partie :Portrait de Damien MAYER

    4ème Partie : Louise, épouse de Damien

    5ème Partie : Justine, secrétaire de Damien

    6ème Partie : Lou, fille de Louise 1

    7ème Partie : Lou, fille de Louise 2

    8ème Partie : "Le regard magique"

    9ème Partie : l'Empreinte (1)  

    10ème Partie : L'Empreinte (2)

    11ème Partie : Le Plogging

    12ème Partie : Les enfants perdus

    13ème Partie : Quel carburant voiture ?

    14ème Partie : L'Etang

    15ème Partie : Lettres anonymes

    16ème Partie : Dorian le détective privé

    17ème Partie : Réminiscences

    18ème Partie ; Filature

    19ème Partie : Le Poucave

    20ème Partie : Sous-marin (camion de filature) et pinholes (caméras minuscules)

    21ème Partie :Dignité bafouée 

    22ème Partie : La Charité fraternelle

    23ème Partie : "Le Constat d'adultère"

    24ème Partie : La "road rage" à 200 km à l'heure

    25ème Partie : Le fouille merde

    26ème Partie ; Le Daron engraine

    27ème Partie : Choc émotionnel

    28ème Partie : Prodigieuse Lumière

    29ème Partie : Inspecteur Stan Faure

    30ème Partie : Etrange entretien

     31ème Partie : Révélations fracassantes de Dorian

    32ème Partie Adèle coupable ?

    33ème Partie : Enjeux autour d'un bébé

    34ème Partie : Duo de choc Louise et Justine

    35ème Partie : Coma Damien

    36ème Partie : Réveil Damien

    37ème Partie : Les trois mousquetaires

    38ème Partie : Une famille encombrante

    39ème Partie : La tornade blanche

     

     

     

     

     

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